content pas content : Les critiques !

Les Experts Compétences se demandent comment les organismes de formation peuvent reprendre la main, sur la Formation Professionnelle Continue, qui fait l’objet d’une OPA par le gouvernement. Certes c’est un milieu économique subventionné et des contrôles sont nécessaires mais, est-ce nécessaire d’étouffer les acteurs de la formation. La principale fédération professionnelle du secteur devrait monter au créneau mais elle peine à résister, préférant des collaborations dangereuses. 

  1.  Qui peu défendre les OF contre les instances ?
  2. Histoire d’une fédération vue de l’extérieur
  3. Content vs pas content : Les critiques
Les Acteurs de la Compétence occupent aujourd’hui une place centrale dans la filière… mais cette centralité suscite aussi des critiques et un certain nombre de réserves chez des organismes de formation, surtout les plus petits et les plus « périphériques » au cœur du business.
 

content pas content : Les critiques !

Une fédération puissante… et perçue comme très « cœur de marché »

La fédération revendique plus de 1 000 adhérents, 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé, et un ancrage dans les réseaux patronaux nationaux (Syntec, Medef, CPME, GPS).
Elle rassemble des entreprises de formation, CFA, écoles, acteurs du digital learning, certificateurs et même des acteurs institutionnels (OPCO, régions, France Travail) dans une organisation collégiale.

Vu des OF, cela nourrit deux perceptions ambivalentes :

  • d’un côté, une capacité réelle d’influence et de représentation ;

  • de l’autre, le sentiment que la fédération parle d’abord au nom des acteurs les plus installés du marché, avec des priorités parfois éloignées de celles des petites structures.

 


Critique 1 : une représentation jugée « incomplète » du terrain

Depuis 2019, la fédération a ouvert ses portes à « tous les acteurs de la chaîne de valeur du développement des compétences » et non plus seulement aux organismes de formation déclarés.
Dans les faits, cela signifie que :

  • de grands groupes de formation, des CFA, des écoles, des éditeurs de plateformes et des certificateurs pèsent fortement dans la gouvernance et les prises de position ;

  • des acteurs publics ou para‑publics (OPCO, régions, France Travail) peuvent aussi être partie prenante de la fédération, avec voix au chapitre dans certains collèges.

Pour une partie des OF, surtout indépendants ou petites structures :

  • la fédération est perçue comme peu représentative de leurs réalités économiques (trésorerie fragile, dépendance à un ou deux financeurs, manque de moyens pour se digitaliser massivement) ;

  • le fait d’intégrer des acteurs qui financent, régulent ou labellisent (OPCO, institutions) dans la même maison que des opérateurs privés brouille la frontière entre « représentés » et « partenaires/contrôleurs ».


Critique 2 : une fédération très proche des logiques de régulation qu’elle commente

Les Acteurs de la Compétence se présentent comme un pilier de l’écosystème, impliqué dans la régulation du CPF, la promotion de chartes déontologiques, la RSE, la qualité, etc.
Exemples :

  • charte de déontologie des prestataires CPF en 2021,

  • charte d’engagement pour les certificateurs en 2023,

  • prise de position sur la « régulation du CPF » depuis le point de vue des OF.

Pour certains acteurs du terrain, cela pose deux limites :

  • la fédération est parfois perçue comme coproductrice d’un cadre réglementaire et déontologique qui, en pratique, pèse surtout sur les plus petites structures (coûts de conformité, lourdeur administrative) ;

  • en étant partie prenante des dispositifs (chartes, référentiels, engagements), elle peut être vue comme « trop proche » des logiques de régulation pour incarner une opposition frontale quand les textes deviennent intenables pour les petits OF.

Autrement dit : elle défend un cadre plus éthique et plus régulé, mais une partie du terrain y voit aussi une forme de sur‑normalisation qui favorise surtout les acteurs déjà bien dotés en back‑office.

 


Critique 3 : un coût d’adhésion et un « seuil d’accès » ressentis comme élevés

Les informations publiques indiquent que la cotisation annuelle varie selon la taille et la nature de l’organisation, avec une fourchette typique de plusieurs centaines à plusieurs milliers d’euros par an.
Même si ces montants restent dans la norme d’une fédération patronale, plusieurs limites pratiques sont souvent évoquées par des dirigeants de petits OF :

  • rapport coût / bénéfice perçu : pour un OF de 2–5 personnes, sans responsable dédié aux relations institutionnelles, l’accès au réseau et aux commissions est peu exploitable ;

  • difficulté à dégager du temps pour participer aux groupes de travail, événements, commissions, ce qui renforce de fait la visibilité des gros acteurs qui, eux, ont les ressources pour s’y investir.

Résultat : la fédération apparaît comme indispensable pour les gros et moyens acteurs structurés, mais beaucoup moins accessible ou rentable pour le « bas de la pyramide » des OF.

 


Critique 4 : une voix parfois jugée trop « consensuelle » vis‑à‑vis des pouvoirs publics

Les Acteurs de la Compétence affichent une stratégie de dialogue et de co‑construction avec l’État, France Compétences, les régions, les OPCO, etc.
Ils sont régulièrement associés aux consultations (CPF, apprentissage, pactes sectoriels compétences, RSE dans la formation).

Sur le terrain, certains dirigeants d’OF formulent cependant deux reproches :

  • la fédération serait parfois trop conciliante sur des réformes perçues comme destructrices ou instables (ré‑réformes successives du CPF, durcissement des contrôles, complexification administrative), en privilégiant la négociation technique plutôt qu’un bras de fer politique ;

  • les prises de position publiques sont souvent nuancées et techniciennes, moins « offensives » que ce qu’espèrent des OF en grande difficulté, qui voudraient des messages plus clairs du type « stop à l’instabilité » ou « moratoire sur certaines mesures ».

Ce décalage tient en partie au positionnement : une fédération de filière qui veut rester autour de la table doit composer avec les contraintes politiques et budgétaires du moment, ce qui peut frustrer les adhérents les plus exposés.

 


Critique 5 : un risque de dilution de la spécificité « organisme de formation »

Depuis l’ouverture à tous les acteurs de la chaîne de valeur (CFA, écoles, solutions technologiques, certificateurs, acteurs institutionnels), la fédération revendique une approche « écosystème ».
Pour certains OF, cela pose une question simple :

  • qui porte spécifiquement la réalité économique et opérationnelle d’un organisme de formation soumis à Qualiopi, aux contrôles, aux appels d’offres, aux baisses de prise en charge, etc. ?

Le risque perçu :

  • que les priorités des grandes écoles, des plateformes ou des certificateurs, parfois mieux armés financièrement, pèsent plus lourd dans l’agenda que celles des OF « classiques » ;

  • que le discours se déplace progressivement de la « survie du métier de formateur / OF » vers une vision très macro de la compétence, de l’innovation et de la filière, moins connectée au quotidien des petites structures.

 


Pour un dirigeant d’OF : comment se positionner face à ces limites ?

Malgré ces critiques, la fédération reste aujourd’hui l’interlocuteur patronal le plus structuré de la filière.
Un dirigeant d’OF peut en tirer quelques repères :

  • Adhérer en connaissance de cause

    • pour bénéficier de la veille, du réseau, de la capacité de lobbying ;

    • tout en gardant conscience que la fédération défend une filière diversifiée, pas uniquement les petits OF.

  • Compléter par d’autres espaces de représentation

    • chambres de formateurs (CSFC), réseaux associatifs, collectifs régionaux, ou même réseaux informels, qui peuvent porter des discours plus radicaux ou plus ciblés sur le quotidien des petites structures.

  • Peser de l’intérieur

    • en s’impliquant dans les collèges, commissions et délégations régionales, pour que les positions officielles reflètent davantage la réalité des OF « de terrain ».

En résumé, Les Acteurs de la Compétence sont à la fois un atout collectif pour la filière et un objet de frustration pour une partie des organismes, qui attendent une représentation plus « alignée » sur leurs contraintes quotidiennes.

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