AFPA : que faut-il vraiment sauver ?

AFPA : que faut-il vraiment sauver ?

Les Experts Compétences n’ont jamais cessé de collaborer avec l’Afpa, même s’ils ont été souvent concurrents.

Maintenant, la question n’est désormais plus de savoir si l’AFPA va devoir se transformer.

Elle se transforme déjà.

Ce 15 septembre 2026, les annonces faites aux représentants du personnel confirment ce qui était redouté depuis plusieurs mois : fermetures ou regroupements de centres, réduction des effectifs et nouvelle réorganisation d’un établissement qui avait déjà engagé, six ans auparavant, un important plan de transformation.

Les organisations syndicales parlent d’un plan d’une ampleur exceptionnelle. La CGT rappelle que la diminution des effectifs et les fermetures ou regroupements de centres avaient été annoncés dès janvier 2026 par la nouvelle direction générale.

Pour ceux qui suivent formations-conseils.com, la situation ne constitue malheureusement pas une surprise.

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Depuis 2024, nous avons consacré plusieurs articles aux difficultés financières de l’AFPA, à ses problèmes structurels, aux conséquences de l’ouverture à la concurrence et aux différents scénarios pouvant aller de la réorganisation profonde à une forme de démantèlement.

En juin 2025, nous posions encore cette question : « AFPA : perte de financements, rumeur de fermeture ? »

La rumeur est aujourd’hui devenue restructuration.

Mais une autre question devient beaucoup plus importante :

que les pouvoirs publics doivent-ils absolument préserver de l’AFPA ?

Car réduire le débat à la défense ou à la condamnation d’un organisme déficitaire serait passer à côté de ce que représente réellement cette institution dans l’histoire et dans l’écosystème français de la formation professionnelle.

AFPA : que faut-il vraiment sauver ?

L’AFPA n’est pas née sur un marché

Il faut revenir à son histoire pour comprendre le problème actuel.

Créée en 1949, l’AFPA est directement issue des besoins de la France de l’après-guerre. Le pays devait reconstruire ses logements, ses infrastructures et son industrie et manquait de travailleurs qualifiés.

Il fallait former vite et massivement des adultes à des métiers immédiatement opérationnels.

Maçons, ouvriers du bâtiment, métallurgistes et professionnels de nombreux métiers techniques ont ainsi été formés par ce qui allait devenir l’un des principaux instruments de qualification professionnelle du pays.

L’AFPA n’a donc pas été conçue comme un organisme de formation devant simplement trouver des clients et équilibrer chaque session.

Elle a été construite comme un outil national au service de besoins économiques, industriels et sociaux.

Et cette différence est fondamentale.

Car former un développeur informatique, un manager ou un utilisateur d’un logiciel et former un chaudronnier, un soudeur ou certains professionnels du bâtiment ne nécessitent pas les mêmes infrastructures.

Dans le deuxième cas, il faut parfois des milliers de mètres carrés, des machines, des ateliers, des équipements de sécurité, des consommables, de la maintenance et des formateurs possédant une véritable expérience du métier.

Ces investissements ne sont rentables que si les volumes sont suffisants.

Or, sur certains territoires, ils ne le seront jamais.

 

Un plateau technique n’est pas une salle de formation

C’est probablement l’une des erreurs que nous devons éviter dans la restructuration actuelle.

Un centre de formation ne peut pas toujours être analysé uniquement à partir de son taux d’occupation ou de sa rentabilité immédiate.

Prenons un territoire dans lequel l’AFPA dispose du seul plateau permettant de former correctement à un métier industriel en tension.

Le centre peut être déficitaire.

Le fermer améliore donc, sur le papier, les comptes de l’établissement.

Mais que se passe-t-il ensuite ?

Un organisme privé va-t-il investir plusieurs centaines de milliers d’euros dans un plateau technique pour former quelques dizaines de personnes par an ?

Peut-être.

Mais peut-être pas.

Et si personne ne le fait, ce n’est pas seulement un centre AFPA qui disparaît.

C’est une capacité de formation qui disparaît du territoire.

Voilà pourquoi l’une des demandes formulées aujourd’hui par les représentants des salariés mérite d’être examinée attentivement : la fermeture d’un bâtiment ne devrait pas automatiquement entraîner la disparition de l’offre de service correspondante.

Le problème n’est donc pas de conserver chaque mètre carré du patrimoine AFPA.

Le problème est d’identifier les équipements, les compétences et les implantations dont la disparition laisserait un vide que le marché ne comblera pas.

 

Pourtant, les OF ont aussi de bonnes raisons d’avoir la mémoire longue

Il ne faudrait pas davantage réécrire l’histoire dans l’autre sens.

Pour beaucoup de dirigeants d’organismes de formation expérimentés, l’AFPA n’a pas toujours été seulement ce magnifique outil de service public.

Elle a également été un concurrent particulièrement puissant.

Je l’ai personnellement vécu.

J’ai travaillé avec l’AFPA sur différents projets, notamment dans les Hauts-de-France. J’ai également énormément collaboré avec les équipes intervenant autour des Titres professionnels depuis leur développement au début des années 2000.

Certaines de ces collaborations ont été extrêmement enrichissantes.

Mais nous nous retrouvions aussi concurrents.

Et il y a quelques décennies, la concurrence était pour le moins particulière.

Des organismes privés pouvaient développer une offre, investir dans des formateurs et ouvrir des sessions tout en constatant que des demandeurs d’emploi étaient orientés prioritairement vers l’AFPA dans le cadre des politiques régionales.

J’ai moi-même dû fermer certaines formations faute de stagiaires alors que la demande existait, parce que les flux étaient orientés vers l’opérateur historique.

Le souvenir reste amer.

L’ouverture progressive à la concurrence et la fin de cette situation privilégiée ont profondément changé l’économie de l’AFPA.

Ce qui était une bonne nouvelle pour l’équité entre opérateurs a simultanément révélé une faiblesse fondamentale du modèle : une structure dimensionnée pour des volumes importants et relativement sécurisés devait désormais gagner ses marchés.

 

Le paradoxe de la mise en concurrence

C’est là que l’histoire devient intéressante.

L’ouverture à la concurrence n’a pas créé à elle seule les difficultés de l’AFPA.

L’établissement avait et conserve des problèmes de coûts, de patrimoine immobilier, d’organisation et d’adaptation que nous avons largement documentés dans nos articles précédents.

Mais elle a changé radicalement les règles du jeu.

Notre article de 2024 sur la situation financière rappelait qu’après la régionalisation de la formation des demandeurs d’emploi en 2004 et l’ouverture à la concurrence en 2009, la part de l’AFPA dans la commande des Régions était passée de 42 % en 2010 à 25 % en 2016.

La protection disparaissait.

Mais les coûts historiques demeuraient.

  • Les bâtiments étaient toujours là.
  • Les plateaux techniques également.
  • Les salariés aussi.

C’est un peu comme si l’on avait demandé à un paquebot conçu pour accomplir une mission nationale de participer soudainement à une régate commerciale.

 

Là où l’AFPA a peut-être perdu sa frontière

La concurrence était relativement facile à comprendre lorsque l’AFPA intervenait là où ses infrastructures et son expertise étaient difficilement remplaçables.

Elle devenait beaucoup plus contestable lorsqu’elle arrivait sur des marchés tertiaires déjà largement couverts par des organismes privés.

  • Bureautique.
  • Management.
  • Tertiaire.
  • Informatique.
  • Réseaux.
  • Développement.
  • Et aujourd’hui intelligence artificielle.

L’AFPA propose désormais elle-même des formations d’initiation à l’intelligence artificielle en contexte professionnel.

Pourquoi pas ?

L’IA transforme les métiers et l’une des missions de service public confiées à l’AFPA consiste précisément à anticiper les compétences et métiers émergents.

Mais il faut distinguer deux choses.

Anticiper un métier émergent, construire son ingénierie, expérimenter une formation et préparer une future certification relève pleinement d’une mission stratégique.

Vendre une journée d’initiation à l’IA sur un marché où des centaines d’organismes privés peuvent intervenir relève d’une logique beaucoup plus classique de concurrence.

C’est précisément cette frontière que les pouvoirs publics devraient clarifier.

 

Car il existe une AFPA que les OF utilisent sans toujours le savoir

C’est probablement l’une des dimensions les moins visibles de l’établissement.

L’AFPA réalise pour le compte du ministère du Travail une partie essentielle de l’ingénierie des Titres professionnels.

Elle contribue à l’analyse des métiers, à l’élaboration et à la révision des référentiels, à la conception des épreuves, à l’appui aux DREETS et aux jurys ainsi qu’à différents travaux liés à la certification.

Or ces Titres professionnels ne sont évidemment pas réservés aux stagiaires de l’AFPA.

Des centaines d’organismes privés préparent des candidats à ces certifications.

Autrement dit :

l’AFPA peut être concurrente d’un OF le matin et contribuer l’après-midi à l’infrastructure de certification dont ce même OF a besoin.

Pour avoir travaillé avec ce système depuis les premières années de développement des Titres professionnels, je peux témoigner de l’importance de cette ingénierie.

Derrière un Titre professionnel, il y a beaucoup plus qu’un numéro RNCP.

Il faut observer le métier.

  • Identifier ses activités.
  • Décrire les compétences.
  • Construire les référentiels.
  • Préparer les modalités d’évaluation.
  • Faire évoluer le titre lorsque le métier change.
  • Former et accompagner les acteurs de la certification.

Ce travail est peu visible.

Il est pourtant essentiel.

 

Tout n’est donc pas à sauver

Dire cela ne signifie pas qu’il faudrait sanctuariser l’AFPA dans son organisation actuelle.

Ce serait probablement reproduire les erreurs du passé.

Un bâtiment sous-utilisé n’a pas vocation à être conservé éternellement au seul motif qu’il appartient à une institution historique.

Une organisation inefficace doit pouvoir être réformée.

Une activité concurrentielle qui perd durablement de l’argent doit être interrogée.

Et l’État ne peut pas simultanément demander à tous les acteurs de la formation professionnelle de rechercher l’efficience et considérer que l’opérateur public échapperait à cette exigence.

Mais l’inverse serait tout aussi dangereux.

Une ligne comptable déficitaire ne signifie pas nécessairement qu’une activité est inutile.

C’est précisément le principe d’une mission de service public.

 

Il faut enfin séparer trois économies

C’est peut-être la décision la plus importante que les pouvoirs publics devraient prendre.

L’AFPA exerce aujourd’hui des activités qui relèvent de trois logiques économiques très différentes.

La première relève clairement du service public national : ingénierie des Titres professionnels, prospective sur les métiers et compétences, accompagnement de certaines politiques publiques.

La deuxième relève de l’aménagement territorial et stratégique : maintien de plateaux techniques, métiers rares ou industriels, formations nécessitant des investissements que le marché privé ne peut pas toujours rentabiliser.

La troisième relève du marché concurrentiel : formations que de nombreux organismes privés sont parfaitement capables de proposer dans des conditions normales de concurrence.

Ces trois activités peuvent parfaitement coexister.

Mais elles ne devraient probablement pas être financées, pilotées et évaluées de la même manière.

Et surtout, leur comptabilité et leurs finalités doivent être suffisamment lisibles pour que les organismes privés sachent lorsqu’ils concourent face à un opérateur commercial et lorsqu’ils travaillent avec un opérateur chargé d’une mission publique.

 

La crise de l’AFPA concerne donc aussi les OF

Certains dirigeants d’OF pourraient être tentés de regarder les difficultés actuelles avec une certaine distance.

Après tout, un concurrent qui ferme une implantation libère potentiellement un marché.

Ce serait une vision à très court terme.

Si l’AFPA quitte une formation tertiaire déjà proposée par vingt organismes sur un territoire, le marché saura probablement absorber la demande.

Si elle ferme le seul plateau de chaudronnerie d’un bassin industriel, le problème est totalement différent.

Si elle réduit l’ingénierie permettant de maintenir et d’adapter des Titres professionnels utilisés par des centaines d’OF, la conséquence dépasse largement ses propres centres.

La question n’est donc pas :

« Faut-il sauver l’AFPA ? »

Elle est :

« Quelles fonctions de l’AFPA les pouvoirs publics doivent-ils garantir ? »

 

Cinq leçons pour les dirigeants d’OF

Et l’histoire de l’AFPA devrait également nous faire réfléchir sur nos propres entreprises.

Première leçon : aucune position n’est définitivement acquise. Un acteur dominant peut perdre très rapidement une partie de son marché lorsque les règles de financement changent.

Deuxième leçon : les coûts fixes finissent toujours par compter. Bâtiments, salariés, équipements et structures administratives deviennent extrêmement difficiles à absorber lorsque les volumes diminuent.

Troisième leçon : dépendre d’un donneur d’ordre ou d’un mode de financement est dangereux, même lorsque celui-ci paraît durable.

Quatrième leçon : la valeur d’une expertise ne garantit pas la viabilité de l’organisation qui la porte. On peut produire d’excellentes formations et disposer d’un modèle économique fragile.

Cinquième leçon : il faut savoir ce que l’on fait que les autres ne savent pas faire.

Cette dernière question est probablement la plus importante.

Car c’est précisément lorsqu’on regarde ses métiers historiques, ses plateaux techniques, son ingénierie et son expertise de certification que l’on comprend le mieux ce qui rend encore l’AFPA différente.

 

L’État doit maintenant choisir

Depuis deux ans, nous écrivons que l’AFPA approche d’un moment de vérité.

Nous y sommes.

Les restructurations annoncées en septembre 2026 montrent que les ajustements successifs n’ont pas suffi.

Il appartient maintenant à la Direction générale, au Conseil d’administration et surtout à l’État, qui exerce la tutelle de l’établissement, de définir clairement ce qu’ils veulent conserver.

  • Pas simplement combien de postes supprimer.
  • Pas simplement combien de bâtiments vendre.
  • Pas simplement combien de centres regrouper.

Mais quelles capacités de formation la France veut encore posséder dans dix ou vingt ans.

L’AFPA a peut-être commis une erreur lorsqu’elle a voulu devenir un organisme de formation comme les autres.

Nous commettrions aujourd’hui l’erreur inverse en considérant qu’elle n’est plus qu’un organisme de formation comme les autres.

Tout n’est probablement pas à conserver.

Mais tout n’est certainement pas à démanteler.

Les pouvoirs publics doivent maintenant identifier les murs porteurs : l’ingénierie des Titres professionnels, les expertises rares, certains plateaux techniques, les capacités industrielles et les implantations indispensables à des territoires que le marché ne peut pas servir seul.

Puis financer clairement ces missions comme telles.

Pour le reste, si l’AFPA intervient sur un marché concurrentiel, elle doit pouvoir le faire selon des règles qui garantissent une concurrence équitable avec les organismes privés.

Après plus de soixante-dix ans d’histoire, le véritable enjeu n’est donc peut-être plus de sauver l’AFPA telle qu’elle était.

Il est de préserver ce dont la formation professionnelle française aura encore besoin demain.

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SOURCES

  • AFPA, Les missions de service public de l’EPIC Afpa : ingénierie de certification professionnelle, métiers émergents, prospective territoriale et accompagnement des publics.
  • AFPA, présentation du groupe et histoire de l’établissement : création en 1949 pour répondre aux besoins de la France en reconstruction.
  • AFPA, documentation sur les services d’ingénierie : conception des référentiels des Titres professionnels et des épreuves de validation.
  • CGT AFPA, communiqué relatif aux annonces de la Direction générale du 15 septembre 2026.
  • Formations-conseils.com, série AFPA : Une situation financière critique ; Défis structurels et organisationnels ; L’impact des réformes publiques ; Scénarios d’avenir : réorganisation ou dissolution ? ; Perte de financements, rumeur de fermeture ?

Mini FAQ : AFPA : que faut-il vraiment sauver ?

L’AFPA va-t-elle disparaître ?

Les annonces de septembre 2026 concernent une nouvelle restructuration avec des fermetures ou regroupements de centres et une réduction des effectifs. Cela ne signifie pas, à ce stade, la disparition de l’établissement. La question porte plutôt sur son périmètre futur, son organisation et son modèle économique.

Pourquoi l’AFPA connaît-elle des difficultés ?

Les causes sont anciennes et multiples : perte progressive d’une partie des commandes publiques, ouverture à la concurrence, coûts immobiliers et structurels importants, évolution du marché de la formation et difficultés à équilibrer missions de service public et activités concurrentielles.

L’AFPA est-elle toujours utile aux organismes privés ?

Oui, notamment par ses missions d’ingénierie réalisées pour le compte de l’État autour des Titres professionnels. Elle dispose également de plateaux techniques et d’expertises métiers qui peuvent compléter l’offre d’autres opérateurs.

Pourquoi maintenir des centres déficitaires ?

Il ne s’agit pas nécessairement de maintenir tous les centres déficitaires. Mais la rentabilité d’un site doit être mise en regard de son utilité territoriale et de la possibilité réelle pour d’autres opérateurs de maintenir les formations et équipements correspondants.

L’AFPA doit-elle encore intervenir sur le marché concurrentiel ?

Son statut d’EPIC permet la coexistence de missions de service public et d’activités concurrentielles. La question essentielle est celle de la séparation, du financement et de la transparence entre ces activités afin de préserver à la fois les missions publiques et l’équité avec les autres organismes de formation.

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Les Organismes formations entrent en turbulence

Les Organismes formations entrent en turbulence

Les Experts Compétences se rappellent que pendant plusieurs années, le marché français de la formation professionnelle a donné l’impression que la croissance pouvait durer.

L’apprentissage progressait à une vitesse spectaculaire. Le CPF faisait entrer de nouveaux publics sur le marché. De nouveaux organismes apparaissaient. Les entreprises étaient incitées à former. Les financements publics accompagnaient largement cette dynamique.

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Cette période a profondément transformé le secteur.

Elle a aussi créé des modèles économiques qui fonctionnaient parfaitement tant que les volumes augmentaient.

Mais que se passe-t-il lorsque les volumes stagnent, que les financements sont davantage régulés et que les coûts, eux, continuent d’augmenter ?

C’est peut-être la question que doivent désormais se poser les dirigeants d’organismes de formation.

Car les signaux qui remontent du terrain sont de plus en plus difficiles à ignorer : baisse des entrées, trésoreries plus tendues, difficultés à remplir certaines sessions, arbitrages plus sévères des entreprises, financements moins généreux, CFA fragilisés.

Il serait excessif de parler d’effondrement général du marché.

Mais il serait probablement tout aussi imprudent de considérer que nous traversons simplement un mauvais moment avant le retour des années de croissance.

Quelque chose de plus profond est peut-être en train de se produire : le marché de la formation professionnelle change de nature.

Les Organismes formations entrent en turbulence

La grande expansion touche-t-elle à sa fin ?

Pour comprendre la situation actuelle, il faut se souvenir du chemin parcouru.

La réforme de 2018 a libéralisé l’apprentissage et profondément réorganisé le marché. Entre 2018 et 2023, le nombre d’entrées en apprentissage est passé de 321 000 à 852 000. Dans le même temps, la dépense nationale consacrée à la formation professionnelle et à l’apprentissage a fortement progressé : elle atteignait 32 milliards d’euros en 2022, soit une augmentation de 51 % depuis 2020 selon l’IGAS et l’IGF.

Une telle croissance ne pouvait pas être sans conséquences.

Elle a permis le développement de nombreux CFA et OFA, l’arrivée de nouveaux acteurs et la création de nouvelles offres. Elle a aussi installé une forme d’habitude : celle d’un marché dans lequel la progression des volumes était largement soutenue par la dépense publique.

Or le changement est désormais visible dans les chiffres.

Entre 2021 et 2024, le nombre de nouveaux contrats d’apprentissage dans le secteur privé est encore passé de 719 000 à 896 000, soit une progression de 25 %. Mais, dans le même temps, les engagements financiers correspondants sont passés de 16,1 à 15,6 milliards d’euros.

Autrement dit : davantage de contrats, mais moins d’argent au total.

Le coût d’un contrat, hors rémunération de l’apprenti, est ainsi passé de 22 478 euros en 2021 à 17 404 euros en 2024, soit une diminution de 23 %.

Le message est difficile à manquer.

L’apprentissage reste massivement financé. Mais nous sommes entrés dans une période de régulation de la dépense.

 

Les CFA découvrent la pression sur les marges

La situation des CFA illustre particulièrement bien cette évolution.

France compétences évalue à 8 825 euros le coût de revient annuel moyen d’un apprenti pour un OFA en 2024. Ce coût a augmenté de 2,7 % en un an.

Dans le même temps, le taux de marge moyen des OFA est tombé à 5,1 %, en recul de 3,5 points par rapport à 2023.

France compétences précise toutefois que les situations sont très hétérogènes selon la taille des structures, leur statut, les certifications préparées et la part de l’apprentissage dans leur activité.

C’est une précision essentielle.

Il n’existe pas « un CFA moyen ».

Une grande structure mutualisant ses locaux, ses fonctions administratives et ses moyens pédagogiques n’a pas la même capacité de résistance qu’un petit CFA accueillant quelques dizaines d’apprentis.

Or une grande partie des coûts d’un CFA ne disparaît pas parce que dix apprentis manquent à l’appel.

  • Les locaux restent.
  • Les salaires restent.
  • Les équipements restent.
  • Les fonctions administratives restent.
  • Les obligations réglementaires restent.

Mais les recettes, elles, peuvent diminuer immédiatement.

C’est ainsi qu’un modèle parfaitement viable avec 80 apprentis peut devenir extrêmement fragile avec 50 ou 60.

 

Les OF ne sont pas davantage protégés

Le problème dépasse largement l’apprentissage.

Les organismes de formation continue rencontrent une autre forme de pression.

Les entreprises arbitrent davantage. Les enveloppes ne sont pas extensibles. Les financeurs recherchent l’efficience. Les achats de formation sont davantage questionnés.

Et paradoxalement, le niveau de service demandé aux OF ne diminue pas.

Il augmente.

Positionnement en amont, individualisation des parcours, adaptation aux situations professionnelles, suivi des bénéficiaires, preuves de réalisation, évaluation des résultats, exigences qualité…

Nous avons récemment consacré un article à cette contradiction : on demande de plus en plus d’individualisation au moment même où les moyens permettant de la financer deviennent plus difficiles à mobiliser.

Le problème finit nécessairement par devenir économique.

Un organisme ne peut durablement produire davantage de service pour un prix qui diminue ou stagne.

À un moment, quelqu’un doit payer la différence.

L’entreprise, le bénéficiaire, le financeur…

Ou l’organisme lui-même.

Et lorsque c’est systématiquement l’OF qui absorbe cette différence dans sa marge, la situation finit par devenir dangereuse.

 

La baisse d’activité ne crée pas toujours la fragilité

 

Elle la révèle.

C’est probablement l’un des points les plus importants pour les dirigeants d’OF.

Pendant une période de croissance, beaucoup de faiblesses sont invisibles.

Une structure dépendant à 70 % d’un seul dispositif peut afficher d’excellents résultats tant que ce dispositif progresse.

Un catalogue très généraliste peut trouver des clients lorsque la demande est abondante.

Des locaux surdimensionnés ne constituent pas un problème lorsque toutes les salles sont occupées.

Une organisation administrative lourde peut être absorbée par une augmentation constante du chiffre d’affaires.

Puis la croissance s’arrête.

Et ce qui paraissait être un modèle économique solide révèle parfois qu’il était avant tout un modèle adapté à une période d’expansion.

C’est pourquoi les difficultés actuelles ne peuvent pas être expliquées uniquement par « la baisse des financements ».

 

Il n’y a probablement pas une cause, mais cinq

  1. première est évidemment financière. L’État et les institutions de régulation cherchent désormais à mieux maîtriser une dépense qui a considérablement augmenté. La révision 2026 des NPEC en est une illustration : France compétences indique qu’elle doit être globalement neutre budgétairement, avec des valeurs revues à la hausse et d’autres à la baisse en fonction des coûts observés et des modulations. Son budget rectificatif prévoit néanmoins 7,3 milliards d’euros consacrés à l’apprentissage en 2026.
  2. 2) La deuxième est économique. Une entreprise confrontée à des incertitudes sur son carnet de commandes, ses marges ou ses recrutements examine nécessairement plus attentivement certaines dépenses.
  3. La troisième tient à la concurrence. La forte expansion du marché a attiré de nombreux acteurs. L’offre disponible est devenue considérable et, sur certaines thématiques, difficilement différenciable.
  4. La quatrième concerne la demande elle-même. L’apprenant ou l’entreprise ne cherche plus nécessairement « une formation ». Il cherche une solution à un problème : recruter, fidéliser, maîtriser une technologie, respecter une réglementation, améliorer une performance ou acquérir rapidement une compétence.
  5. Enfin, la cinquième est interne aux organismes : certains modèles économiques n’ont pas évolué aussi rapidement que leur environnement.

C’est probablement là que se joue maintenant une partie de la sélection.

 

Le marché passe du volume à la valeur

Pendant les années d’expansion, la question centrale pouvait être :

Combien de personnes pouvons-nous former ?

La question de demain pourrait devenir :

Quelle valeur pouvons-nous démontrer ?

Ce changement paraît sémantique. Il est en réalité considérable.

Un catalogue de 150 formations n’est plus nécessairement un avantage.

Une certification Qualiopi n’est pas une différenciation commerciale : des milliers de concurrents la possèdent.

Un financement disponible n’est pas une proposition de valeur.

Et « nous adaptons la formation aux besoins du client » n’est plus suffisant lorsque tous les organismes écrivent exactement la même chose.

La valeur doit devenir perceptible.

  • Qu’est-ce qui change après la formation ?
  • Quel problème de l’entreprise a été résolu ?
  • Quelle compétence est réellement maîtrisée ?
  • Quel temps a été gagné ?
  • Quel risque a été réduit ?
  • Quelle performance a progressé ?

C’est une transformation considérable pour une partie du secteur.

L’OF ne vend plus seulement des heures de formation. Il doit pouvoir expliquer ce que ces heures produisent.

 

Cinq signaux à surveiller avant la crise

Un dirigeant ne doit probablement pas attendre une baisse de 50 % de ses entrées pour s’interroger.

Plusieurs signaux peuvent apparaître beaucoup plus tôt : une dépendance excessive à un financeur ou à un dispositif ; un taux de remplissage qui baisse progressivement ; une marge qui diminue malgré un chiffre d’affaires stable ; une trésorerie qui se tend ; ou une offre devenue difficile à distinguer de celle de dizaines de concurrents.

Pris séparément, aucun de ces signaux n’annonce nécessairement une crise.

Cumulés, ils doivent provoquer une réaction.

Et surtout, il faut regarder les bons indicateurs.

Le chiffre d’affaires ne suffit plus.

Un organisme peut maintenir son chiffre d’affaires tout en dégradant fortement sa rentabilité s’il doit mobiliser davantage de commercial, d’ingénierie, de suivi ou d’administration pour produire le même euro de recette.

Le véritable indicateur devient alors la capacité du modèle à produire durablement de la marge et de la trésorerie.

 

Les organismes les plus solides ne seront pas forcément les plus gros

C’est peut-être également une conséquence de la période qui s’ouvre.

La taille protège lorsqu’elle permet de mutualiser les coûts.

Mais elle peut devenir un handicap lorsque les coûts fixes sont considérables et que l’activité baisse brutalement.

À l’inverse, une petite structure spécialisée, disposant de faibles coûts fixes, d’une expertise reconnue et d’un portefeuille de clients diversifié peut disposer d’une remarquable capacité d’adaptation.

La frontière de demain ne passera donc probablement pas entre petits et grands OF.

Elle pourrait passer entre les organismes capables d’adapter rapidement leur modèle et ceux qui restent dépendants des conditions qui ont permis leur croissance passée.

 

La formation n’est pas en train de disparaître

C’est ici qu’il faut éviter le catastrophisme.

Les entreprises continueront d’avoir besoin de compétences.

La transition numérique, l’intelligence artificielle, les transformations industrielles, la transition écologique, les évolutions réglementaires et les tensions de recrutement créent au contraire d’immenses besoins d’adaptation.

Les salariés devront continuer d’apprendre.

Les demandeurs d’emploi devront acquérir de nouvelles compétences.

Les entreprises devront former.

Le besoin de formation n’est donc pas en crise.

Ce qui est en question, c’est la manière dont ce besoin sera financé, acheté et satisfait.

Et cela change tout.

Car l’avenir du développement des compétences ne garantit pas automatiquement l’avenir de chacun des organismes qui existent aujourd’hui.

 

La fin de la logique de guichet

Pendant longtemps, une partie du secteur a pu raisonner à partir du financement disponible.

Un dispositif apparaissait.

Une enveloppe était ouverte.

Une offre était construite.

Des bénéficiaires étaient recherchés.

Cette logique n’a pas totalement disparu. Mais elle devient beaucoup plus risquée.

L’ordre doit probablement être inversé :

partir d’un besoin économique réel, construire une réponse, démontrer sa valeur et rechercher ensuite la meilleure combinaison de financements.

Le financement ne disparaît pas.

Il redevient ce qu’il aurait peut-être toujours dû être : un moyen et non un marché.

Pour certains organismes, ce changement sera relativement naturel.

Pour d’autres, il impose de repenser le catalogue, le positionnement, les coûts, le commercial, les partenariats et parfois même la raison d’être de l’entreprise.

 

2027 se prépare maintenant

La tentation, lorsque les entrées diminuent, consiste souvent à attendre.

Attendre le prochain budget.

Attendre que l’OPCO rouvre une enveloppe.

Attendre une nouvelle mesure gouvernementale.

Attendre que les entreprises recommencent à acheter.

Attendre que le téléphone sonne.

C’est probablement la stratégie la plus dangereuse.

Un dirigeant d’OF devrait aujourd’hui connaître précisément son seuil de rentabilité, sa marge par activité, son niveau de dépendance à chacun de ses financeurs, son taux de remplissage et le coût réel d’acquisition d’un client.

Il devrait également être capable de répondre à une question beaucoup plus simple :

Si mon principal financement diminuait de 30 % demain, mon entreprise serait-elle encore viable ?

Si la réponse est non, le problème n’est pas demain.

Il existe déjà aujourd’hui.

 

Une transition qui fera des gagnants et des perdants

La formation professionnelle française ne s’effondre pas.

Elle sort probablement d’une période exceptionnelle d’expansion et entre dans une période de maturité, de régulation et de sélection.

Cette transition peut être douloureuse.

Elle le sera particulièrement pour les organismes trop dépendants d’un financement, insuffisamment différenciés ou dont les coûts fixes ne permettent pas d’absorber une baisse d’activité.

Mais elle peut également être une occasion de remettre au centre une question parfois oubliée pendant les années de croissance :

à quoi sert réellement notre formation ?

Les organismes capables d’y répondre précisément auront toujours une place.

Ceux qui sauront démontrer leur expertise, mesurer leurs résultats, construire des relations directes avec les entreprises et diversifier leurs ressources pourront même sortir renforcés de cette période.

Le développement des compétences a incontestablement un avenir.

La question est désormais de savoir quels organismes de formation sauront construire le leur.

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Formation professionnelle, organisme de formation, OF, CFA, OFA, apprentissage, financement formation, NPEC, France compétences, OPCO, modèle économique OF, rentabilité organisme de formation, avenir formation professionnelle, crise formation professionnelle, stratégie organisme de formation.

SOURCES

  • France compétences, L’apprentissage, Rapport sur l’usage des fonds de la formation professionnelle, données 2021-2024.

    France compétences, Le coût de revient de l’apprentissage, données comptables 2024 des OFA.

    France compétences, Révision générale des niveaux de prise en charge des contrats d’apprentissage, 2026.

    IGAS-IGF, Revue des dépenses de formation professionnelle et d’apprentissage.

    IGAS-IGF, travaux sur les modalités de financement des CFA et la régulation financière de l’apprentissage.

Mini FAQ : Les Organismes formations entrent en turbulence

La formation professionnelle est-elle réellement en crise ?
Il est encore excessif de parler d’une crise généralisée. Les situations diffèrent fortement selon les marchés, les spécialités et les modèles économiques. En revanche, plusieurs indicateurs montrent une pression accrue sur les coûts, les financements et les marges, notamment dans l’apprentissage.

Les CFA sont-ils particulièrement fragilisés ?
La situation est très hétérogène. France compétences constate néanmoins que le taux de marge moyen des OFA est passé à 5,1 % en 2024, en baisse de 3,5 points en un an.

La baisse des financements explique-t-elle toutes les difficultés ?
Non. Elle peut jouer un rôle important, mais la dépendance à un dispositif, les coûts fixes, la concurrence, le positionnement commercial et la capacité à démontrer la valeur d’une formation sont également déterminants.

Que doit faire un OF dont l’activité commence à baisser ?
Ne pas attendre. Il faut analyser immédiatement la rentabilité par activité, le seuil de rentabilité, la trésorerie, les coûts fixes et la dépendance aux financeurs, puis travailler la diversification et la différenciation de l’offre.

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L’équation impossible !  plus d’individualisation avec moins d’argent

L’équation impossible ! plus d’individualisation avec moins d’argent

 

C’est une contradiction économique que les OF connaissent depuis longtemps, mais qui devient maintenant difficile à masquer. C’est ce que répètent Les Experts Compétences 

Les éléments récents confortent l’angle. L’IGAS constate que les recettes de formation des OPCO ont diminué de 7 % entre 2022 et 2024, tandis que leurs charges de fonctionnement augmentaient. L’annexe budgétaire 2026 indique aussi que les prises en charge sur versements volontaires ont baissé de 20 % en 2024, avec une chute de 65 % des aides de l’État mobilisées sur cette section. Et, très concrètement, certains OPCO préviennent désormais que les critères de financement peuvent évoluer en cours d’année en raison d’un « budget PDC-50 contraint ».

En parallèle, la tension continue sur l’apprentissage : une question publiée au Sénat le 10 septembre 2026 alerte encore sur les diminutions successives des NPEC et leur effet sur l’équilibre financier des CFA.

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Il fut un temps où l’économie d’un organisme de formation était relativement simple.

Un formateur. Une salle. Dix ou douze stagiaires. Une formation programmée plusieurs fois dans l’année.

Lorsque le groupe était rempli, l’équilibre économique pouvait être atteint. Le coût du formateur, de la salle, de l’administration et de l’ingénierie pédagogique était réparti entre plusieurs participants.

Ce modèle avait ses défauts. Il était parfois rigide, pas toujours suffisamment adapté aux différences de niveau et aux besoins individuels.

Alors, progressivement, la formation professionnelle a changé.

On a demandé aux organismes de formation d’individualiser les parcours, d’évaluer les acquis, d’adapter les contenus, de suivre chaque apprenant, de mesurer sa progression, de proposer des modalités différentes et de documenter toujours davantage cet accompagnement.

Sur le principe, difficile d’être contre.

Mais un détail semble avoir été oublié : l’individualisation coûte de l’argent.

Et pendant que les exigences augmentaient, les financements, eux, se sont contractés.

Nous arrivons aujourd’hui à une situation paradoxale : le système demande presque une formation sur mesure tout en continuant à rechercher le prix de la formation standardisée.

L’équation impossible ! plus d’individualisation avec moins d’argent

Hier : un formateur pour douze personnes

Prenons volontairement un exemple simplifié.

Une journée de formation réunit douze salariés.

Le formateur intervient pendant sept heures. L’organisme assume également la préparation, la gestion administrative, la commercialisation, les locaux, les outils et le suivi.

Mais le coût de cette journée est réparti entre douze participants.

C’est le principe économique du collectif.

Et pendant des décennies, une grande partie de la formation professionnelle s’est construite ainsi.

Le modèle permettait aussi à l’organisme de programmer plusieurs sessions dans l’année et de travailler simultanément sur différentes disciplines.

L’enjeu était alors assez clair : remplir les sessions.

Aujourd’hui : douze personnes, douze parcours

Le vocabulaire a changé.

  • Positionnement initial.
  • Individualisation.
  • Parcours personnalisé.
  • Adaptation pédagogique.
  • Suivi individualisé.
  • Évaluation continue.
  • Accompagnement.
  • Traçabilité.
  • Remédiation.

Toutes ces notions ont une justification pédagogique.

Mais lorsqu’on les additionne, elles transforment profondément l’économie de la formation.

Car douze personnes inscrites à la même formation ne constituent plus nécessairement un groupe homogène.

Elles peuvent avoir douze niveaux différents, douze objectifs professionnels différents, douze rythmes d’apprentissage différents et parfois douze parcours différents.

Le formateur n’anime alors plus seulement une formation.

Il pilote plusieurs trajectoires individuelles simultanément.

 

Jusqu’où peut aller l’individualisation ?

C’est ici que commence la contradiction.

À force de personnaliser les parcours, on peut progressivement se rapprocher d’un modèle dans lequel chaque apprenant nécessite quasiment son propre accompagnement.

Évidemment, nous ne sommes pas systématiquement dans la situation caricaturale « un formateur pour un stagiaire ».

Le numérique, les LMS, les ressources asynchrones, les classes virtuelles, les exercices automatisés et désormais l’intelligence artificielle permettent de mutualiser une partie du travail.

Mais ils ne suppriment pas l’accompagnement humain.

Et plus on exige une adaptation fine aux besoins de chacun, plus cet accompagnement humain prend du temps.

Or le temps humain reste l’un des principaux coûts d’une formation.

 

Pendant ce temps, les financements se contractent

C’est là que l’équation devient particulièrement difficile pour les organismes de formation.

Les tensions financières touchent désormais plusieurs composantes du système de formation professionnelle.

Les ressources disponibles sont davantage contraintes, les critères de prise en charge évoluent, les financements publics sont davantage ciblés et les entreprises sont progressivement invitées à participer davantage au financement de leurs besoins de compétences.

Les OPCO eux-mêmes évoluent dans cet environnement budgétaire contraint.

Ils ne fabriquent évidemment pas l’argent qu’ils distribuent.

Ils doivent arbitrer entre des enveloppes, des priorités de branches, des dispositifs et des besoins d’entreprises qui restent considérables.

Il serait donc trop simple d’opposer les organismes de formation aux OPCO.

Les deux sont, à des niveaux différents, confrontés à la même contrainte : faire davantage avec une ressource financière qui n’augmente pas au même rythme que les exigences.

 

L’OF se retrouve au bout de la chaîne

Mais lorsqu’un financement diminue, quelqu’un finit nécessairement par absorber la différence.

  • Cela peut être l’entreprise.
  • Cela peut être l’apprenant.

Mais très souvent, une partie de l’ajustement arrive jusqu’à l’organisme de formation.

Et celui-ci doit alors choisir.

  • Réduire ses prix ?
  • Réduire la durée ?
  • Automatiser davantage ?
  • Diminuer le temps consacré au suivi ?
  • Réduire sa marge ?
  • Ou refuser certains marchés ?

Aucune de ces solutions n’est neutre.

Et lorsqu’on demande simultanément davantage de personnalisation, davantage de qualité, davantage de preuves et un prix plus faible, la marge de manœuvre devient extrêmement étroite.

 

La personnalisation n’est pas gratuite

C’est peut-être le débat que la formation professionnelle devra enfin avoir.

Pendant longtemps, on a parlé de l’individualisation essentiellement comme d’un progrès pédagogique.

C’en est un.

Mais il faut maintenant parler de son modèle économique.

  • Un diagnostic individuel prend du temps.
  • Un entretien individuel prend du temps.
  • Une correction personnalisée prend du temps.
  • Une adaptation de parcours prend du temps.
  • Un suivi individualisé prend du temps.
  • Une remédiation prend du temps.

Et tout ce temps doit être financé quelque part.

On ne peut pas demander durablement :

plus d’individualisation + plus de suivi + plus de qualité + plus de contrôle

tout en ajoutant :

moins de financement.

À un moment donné, l’équation ne fonctionne plus.

 

Le numérique peut-il sauver le modèle ?

En partie seulement.

Les organismes de formation ont beaucoup investi dans les plateformes LMS, les classes virtuelles, les contenus numériques, les quiz automatisés et les outils de suivi.

L’intelligence artificielle ouvre désormais une nouvelle étape.

Elle peut aider à personnaliser certains exercices, produire des contenus complémentaires, analyser des réponses ou assister le formateur.

Cela peut améliorer considérablement la productivité pédagogique.

Mais attention à une illusion : la technologie n’annule pas le coût de l’individualisation.

Une plateforme doit être achetée, configurée, administrée et alimentée.

  • Les contenus doivent être créés.
  • Les parcours doivent être conçus.
  • Les données doivent être suivies.

Et surtout, dans de nombreuses formations, l’apprenant attend encore une présence humaine.

Le numérique permet donc de déplacer et d’optimiser certains coûts.

Il ne transforme pas une formation individualisée en prestation gratuite.

 

Le risque : fabriquer une formation à deux vitesses

Si cette contradiction perdure, un autre phénomène pourrait apparaître.

D’un côté, des formations fortement financées ou directement achetées par des entreprises capables de payer une véritable personnalisation.

De l’autre, des formations financées au plus juste dans lesquelles l’individualisation deviendrait surtout déclarative.

Sur le papier : parcours personnalisé.

Dans la réalité : contenus largement standardisés et accompagnement humain réduit au minimum compatible avec le financement disponible.

Ce serait probablement le pire résultat possible.

Car nous conserverions toutes les exigences administratives de l’individualisation sans disposer des moyens nécessaires pour en assurer réellement la qualité.

 

Les OF doivent-ils refuser cette évolution ?

Probablement pas.

Le retour généralisé aux salles de douze personnes suivant exactement le même programme au même rythme n’est ni réaliste ni forcément souhaitable.

  • Les apprenants ont changé.
  • Les entreprises ont changé.
  • Les métiers évoluent plus rapidement.
  • Les technologies permettent effectivement de construire des parcours plus intelligents.

Mais les organismes de formation doivent peut-être arrêter d’accepter l’idée selon laquelle toute personnalisation serait incluse gratuitement dans le prix de la formation.

C’est probablement là que leur modèle économique doit évoluer.

 

Faire payer ce qui crée réellement de la valeur

  • Un organisme de formation pourrait demain distinguer beaucoup plus clairement plusieurs niveaux de prestation.
  • Un socle pédagogique mutualisé peut être proposé à un coût relativement faible.
  • Un accompagnement renforcé peut être facturé davantage.
  • Un tutorat individuel constitue une prestation supplémentaire.
  • Une analyse approfondie des compétences ou une adaptation complète du parcours également.

Autrement dit, il faudrait peut-être appliquer à la formation une règle économique parfaitement banale dans presque tous les autres secteurs :

plus le service est personnalisé, plus son coût augmente.

Cela paraît évident.

Et pourtant, la formation professionnelle fonctionne encore trop souvent comme si cette règle ne s’appliquait pas à elle.

 

Le vrai débat avec les OPCO

La discussion entre organismes de formation et OPCO ne devrait donc pas seulement porter sur les plafonds de prise en charge.

Elle devrait porter sur ce que ces plafonds permettent réellement d’acheter.

À 15 €, 25 €, 40 € ou 60 € de l’heure, quelle prestation attend-on exactement ?

  • Un contenu numérique ?
  • Une formation collective ?
  • Une classe virtuelle ?
  • Un accompagnement individualisé ?
  • Du tutorat ?
  • Une ingénierie sur mesure ?
  • Un suivi après la formation ?

Ces prestations n’ont ni le même coût ni la même valeur.

Tant que le système ne fera pas suffisamment cette distinction, les incompréhensions continueront.

  • L’OPCO pensera financer correctement une action.
  • L’entreprise pensera avoir acheté un parcours individualisé.
  • L’apprenant attendra un accompagnement personnel.
  • Et l’organisme de formation découvrira qu’il doit fournir trois prestations pour le prix d’une.

 

Pauvres organismes de formation ?

Pas nécessairement.

Mais il faut arrêter de leur demander l’impossible.

Les OF devront continuer à évoluer.

Ils devront automatiser ce qui peut l’être, mutualiser les contenus, utiliser intelligemment l’intelligence artificielle, mieux segmenter leurs prestations et probablement vendre davantage directement aux entreprises.

Ils devront aussi apprendre à dire :

« À ce prix-là, voici ce que nous pouvons réellement faire. Pour un accompagnement plus individualisé, voici ce que cela coûte. »

  • Ce n’est pas renoncer à la qualité.
  • C’est précisément l’inverse.
  • C’est reconnaître que la qualité pédagogique a un coût.

Une équation que les pouvoirs publics devront finir par résoudre

La formation professionnelle française semble aujourd’hui poursuivre deux objectifs simultanément.

Chacun de ces objectifs peut être défendu.

Mais leur combinaison a des limites.

On ne peut pas indéfiniment demander aux organismes de formation de transformer une prestation collective en accompagnement individualisé tout en réduisant le financement disponible.

À moins de considérer que les organismes de formation absorberont éternellement la différence.

Ils ne le feront pas.

  • Certains changeront de modèle.
  • Certains se détourneront des financements publics et mutualisés.
  • Certains réduiront leur offre.
    • Et certains disparaîtront.

La question n’est donc peut-être plus :

« Comment financer moins cher la formation professionnelle ? »

Mais plutôt :

« Quel niveau de formation sommes-nous réellement prêts à financer ? »

Car si nous voulons une formation réellement personnalisée, accompagnée et de qualité, il faudra tôt ou tard accepter cette évidence :

un formateur peut accompagner douze personnes. Mais on ne peut pas financer douze accompagnements individuels au prix d’une seule formation collective.

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OPCO, organisme de formation, financement formation professionnelle, individualisation formation, parcours personnalisé, plan de développement des compétences, France compétences, financement OPCO, organisme de formation 2026, baisse financement formation, formation professionnelle 2026, modèle économique OF, accompagnement individualisé, digital learning, intelligence artificielle formation.

SOURCES

  • IGAS, rapport sur les opérateurs de compétences et leur situation financière, 2025.
  • Projet de loi de finances pour 2026, annexe relative à la formation professionnelle.
  • France compétences, financement et répartition des contributions à la formation professionnelle et à l’apprentissage.
  • OPCO EP, critères de financement 2026.
  • Sénat, questions écrites relatives aux niveaux de prise en charge de l’apprentissage et aux dotations 2026.
  •  

Mini FAQ : L’équation impossible ! plus d’individualisation avec moins d’argent

Pourquoi les financements OPCO sont-ils plus contraints ?
Les OPCO interviennent dans un système dont les ressources sont réparties entre de nombreux dispositifs. Les enveloppes et priorités de financement varient selon les branches et les dispositifs, et certaines sont aujourd’hui explicitement contraintes.

L’individualisation est-elle une mauvaise évolution ?
Non. Elle peut considérablement améliorer l’efficacité d’une formation. Le problème n’est pas son principe, mais l’absence d’un modèle économique cohérent avec le niveau d’accompagnement demandé.

Le digital permet-il de réduire les coûts ?
Oui, notamment en mutualisant des contenus, en automatisant certaines évaluations et en facilitant le suivi. Mais il nécessite lui-même des investissements et ne remplace pas systématiquement l’accompagnement humain.

Que peuvent faire les organismes de formation ?
Mieux distinguer le contenu pédagogique mutualisé de l’accompagnement individuel, automatiser les tâches sans valeur ajoutée, développer des offres modulaires et surtout rendre visible le coût réel de la personnalisation.

Les OPCO sont-ils responsables de cette situation ?
Pas seuls. Les OPCO appliquent des règles, des enveloppes et des priorités qui dépendent d’un système plus large associant notamment les partenaires sociaux, France compétences et l’État. Le problème est donc davantage celui du modèle global de financement que celui d’un acteur isolé.

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Lisez vite ce roman avant d’être avalé par les affaires

Lisez vite ce roman avant d’être avalé par les affaires

L’été est déjà loin, Les Experts Compétences  posent les romans lus sur la plage. Néanmoins avez-vous lu celui-ci  « Au coursier des rêves » ? C’est un roman particulier qui peut vous accompagner ce trimestre

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Les journées commencent doucement à raccourcir, le boulot déjà vous submerge. Vous reprenez le rythme, retrouver les contraintes habituelles, les rendez-vous, les réunions, les transports, les écrans et cette impression familière de courir après le temps.

Alors,  il reste peut-être une chose à faire que vous n’avez pu faire

Lire un bon roman.

Pas un rapport. Pas un article de quelques minutes sur son téléphone. Pas une vidéo que l’on regarde distraitement avant de passer à la suivante.

Un vrai roman.

250  pages pour entrer dans un autre univers, rencontrer des personnages, s’interroger, imaginer et, pourquoi pas, continuer à réfléchir à l’histoire une fois le livre refermé.

Et si vous n’avez pas encore lu Au coursier des rêves, de Jean-Luc Ruby,  c’est peut-être justement le moment de le découvrir.

Lisez vite ce roman avant d’être avalé par les affaires

Comment ? Vous n’avez pas encore lu Au coursier des rêves ?

Il y a des livres que l’on lit pour passer un bon moment.

Et puis il y a ceux qui continuent à travailler dans un coin de notre esprit une fois la dernière page tournée.

C’est précisément ce qui rend certains romans intéressants : ils ne donnent pas immédiatement toutes leurs réponses.

Au coursier des rêves appartient à cette seconde catégorie.

Le roman propose un univers où les questions de liberté, de création, de résistance et de contrôle prennent une place particulière. Mais plutôt que de tout expliquer, il laisse progressivement le lecteur entrer dans son monde et découvrir ses propres interrogations.

C’est aussi ce qui peut en faire une lecture intéressante pour cette période particulière qu’est la fin de l’été.

Parce que la rentrée marque toujours une forme de retour au réel.

Et qu’un roman peut justement offrir, pendant quelques heures ou quelques jours, un espace pour prendre du recul.

 

Lire avant la rentrée : et si c’était votre dernier plaisir de l’été ?

On parle souvent de la rentrée comme d’un moment où il faut « se remettre au travail ».

Pourquoi ne pas inverser légèrement la perspective ?

Avant de recommencer à courir, pourquoi ne pas prendre le temps de lire ?

La lecture possède cette capacité assez rare à nous obliger à ralentir. Même lorsque le récit est tendu, même lorsqu’il nous entraîne dans un univers inquiétant ou mystérieux, le lecteur doit tourner les pages une à une.

C’est peut-être particulièrement précieux aujourd’hui.

Nous sommes constamment sollicités. Notifications, messages, réseaux sociaux, vidéos courtes, informations en continu : tout pousse à passer rapidement d’une information à l’autre.

Le roman fait exactement l’inverse.

Il demande :

  • Du temps.
  • De l’attention.
  • De l’imagination.

Et parfois même un peu de patience.

Un roman comme espace de liberté

C’est justement cette question de la liberté qui donne une résonance particulière à Au coursier des rêves.

Car qu’est-ce qu’un rêve, au fond ?

C’est quelque chose qui échappe encore aux cadres que l’on tente de lui imposer.

  • Une idée peut apparaître.
  • Une image peut surgir.
  • Une histoire peut naître.
  • Une musique peut être improvisée.
  • Une création peut prendre une direction que personne n’avait prévue.

Le roman explore cet espace où l’imagination devient plus qu’un simple divertissement.

Elle peut devenir une manière de résister.

 

Quand créer devient une forme de résistance

C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de l’univers du roman.

Lorsque l’on pense à la résistance dans une société autoritaire, notre imaginaire nous conduit spontanément vers les images habituelles : clandestinité, sabotage, armes, explosions, affrontements.

On imagine une résistance spectaculaire.

  • Visible.
  • Violente.

Mais il existe une autre forme de résistance.

Créer.

Créer quelque chose que l’on n’attend pas.

  • Inventer.
  • Improviser.

Continuer à imaginer lorsque l’environnement pousse précisément à ne plus le faire.

C’est dans cette direction que le lecteur rencontre notamment Baptistin, le vieil homme aveugle qui recueille le Petit Coursier après son agression.

Baptistin ne lui transmet pas seulement des connaissances.

Il lui apprend à créer dans l’instant.

Notamment par la musique.

À partir de thèmes classiques ou traditionnels, il improvise, transforme, détourne et fait naître quelque chose de nouveau.

Une musique qui n’était pas écrite à l’avance.

Une musique qui apparaît au moment où elle est jouée.

La « musique inconnue ».

Cette expression résume à elle seule une partie de l’esprit du roman.

Car une création totalement spontanée possède une particularité essentielle : elle est difficile à contrôler.

 

La musique inconnue : créer ce qui n’était pas prévu

La scène du café Léon constitue à cet égard un moment particulièrement révélateur.

  • La musique est jouée.
  • Les musiciens improvisent.
  • Une jam session s’installe.

Pendant quelques instants, la création devient collective.

Puis la milice intervient.

La musique est interrompue.

Le contraste est alors saisissant.

D’un côté, un pouvoir qui cherche à contrôler.

De l’autre, des individus qui créent.

Ce qui pourrait n’être qu’une scène musicale prend alors une dimension beaucoup plus large.

La création devient un acte de liberté.

Et c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles un roman comme Au coursier des rêves mérite d’être découvert plutôt que simplement résumé.

Parce qu’un résumé peut raconter une histoire.

Mais il ne peut pas toujours transmettre ce que cette histoire fait naître dans l’esprit du lecteur.

 

Pourquoi lire un roman à la fin de l’été ?

La question peut sembler presque banale.

Et pourtant, la réponse ne l’est pas.

Lire avant la rentrée permet d’abord de conserver un peu de ce temps que les vacances nous ont offert.

Mais c’est aussi une manière de commencer la nouvelle période autrement.

Un roman peut apporter :

  • un moment de déconnexion ;
  • une parenthèse loin des écrans ;
  • une stimulation de l’imagination ;
  • une autre manière de réfléchir aux événements qui nous entourent ;
  • des personnages que l’on continue parfois à accompagner après avoir terminé le livre ;
  • et surtout, un espace où notre propre imagination peut reprendre sa place.

La littérature n’est pas seulement une activité de loisir.

Elle peut aussi être une manière de questionner notre époque.

De regarder autrement les notions de liberté, de contrôle, de création ou de résistance.

 

Un livre à découvrir avant de ranger les lunettes de soleil

Il reste encore quelques jours d’été.

Peut-être quelques soirées tranquilles.

  • Quelques trajets en train.
  • Quelques heures sur une terrasse.

Quelques matinées où le téléphone peut rester un peu plus longtemps dans un coin.

C’est précisément dans ces moments-là qu’un roman trouve parfois sa place.

Alors, oui :

comment ? Vous n’avez pas encore lu Au coursier des rêves ?

Il serait dommage d’attendre la prochaine période de vacances.

  • La rentrée arrive.
  • Les obligations vont reprendre.
  • Les listes de choses à faire vont s’allonger.

Mais avant cela, il reste encore un peu de temps pour entrer dans un autre monde.

Celui imaginé par Jean-Luc Ruby.

Et pour découvrir un univers dans lequel les rêves, la création et la liberté ne sont pas de simples mots.

Ils deviennent des forces.

 

Au coursier des rêves, une lecture pour prolonger l’été

Il y a finalement une bonne raison de lire un roman à la fin de l’été :

on n’est pas encore tout à fait rentré.

Et l’on peut encore s’offrir le luxe de quelques heures ailleurs.

  • Dans une histoire.
  • Dans une imagination.
  • Dans un univers que l’on ne connaît pas encore.

Alors, avant la rentrée, pourquoi ne pas choisir un livre plutôt qu’un nouvel écran ?

Pourquoi ne pas prendre le temps de découvrir une histoire plutôt que de simplement faire défiler les contenus ?

Et pourquoi pas Au coursier des rêves, de Jean-Luc Ruby ?

Après tout, les rêves ont ceci de particulier qu’ils ne demandent pas de permission pour commencer.

En savoir plus !

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Mini FAQ : Lisez vite ce roman avant d’être avalé par les affaires

De quoi parle Au coursier des rêves ?

Au coursier des rêves est un roman de Jean-Luc Ruby qui développe un univers dans lequel les questions de liberté, de contrôle, de résistance et de création occupent une place importante.

Pourquoi lire un roman avant la rentrée ?

La lecture permet de ralentir, de se concentrer et de retrouver un temps différent de celui imposé par les écrans et les sollicitations quotidiennes. La fin de l’été constitue donc un moment particulièrement propice pour commencer un nouveau roman.

La création joue-t-elle un rôle important dans le roman ?

Oui. La création artistique, notamment musicale, constitue une dimension importante de l’histoire. À travers Baptistin et la « musique inconnue », le roman interroge notamment le rapport entre création et liberté.

Qu’est-ce que « la musique inconnue » ?

C’est une création musicale spontanée qui naît de l’improvisation, notamment à partir de thèmes classiques ou traditionnels. Elle constitue l’une des expressions artistiques de la résistance dans l’univers du roman.

Qui est Jean-Luc Ruby ?

Jean-Luc Ruby est l’auteur de Au coursier des rêves. Son roman propose notamment une réflexion romanesque autour de la liberté, de l’imagination et de la capacité à créer dans un environnement où le contrôle occupe une place importante.

Où découvrir Au coursier des rêves ?

Le roman et son univers peuvent être découverts sur le site consacré au Petit Coursier.

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Demandeur d’emploi : Comment financer votre formation en 2026 ?

Demandeur d’emploi : Comment financer votre formation en 2026 ?

Régulièrement les Experts Compétences font le point sur les dispositifs de financement des formations. C’est un véritable maquis, qui rend les demandeurs d’emploi dépendants ainsi que les Organismes de formation. Toutefois, en cette fin 2026, nos experts tentent de faire le point sur les dispositifs formations pour les demandeurs d’emploi

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  4. 2025 le point sur les financements formation
  5. Qui achète la formation ?
  6. Plus de précisions sur qui achète la formation ?
  7. Le CPF n’est pas la seule source de financement par les particuliers 

Vous avez 20 ou 30 ans d’expérience. Vous avez été directeur comptable, responsable financier, contrôleur de gestion, responsable consolidation ou cadre dans une direction financière. Vous connaissez votre métier.

Mais le métier, lui, a changé.

Les ERP ont évolué. Power BI et la data ont pris une place considérable. L’automatisation gagne les directions financières. L’intelligence artificielle arrive dans les processus comptables et le reporting. Les exigences en matière de consolidation, de contrôle interne ou de reporting extra-financier évoluent. Et certaines offres d’emploi réclament désormais des compétences qui n’étaient pas indispensables dix ou quinze ans auparavant.

Vous êtes aujourd’hui demandeur d’emploi et vous vous dites :

« Je ne veux pas changer de métier. Je veux simplement redevenir parfaitement opérationnel. France Travail peut-il financer ma remise à niveau ? »

La réponse est oui, potentiellement.

Et il n’existe pas une seule solution.

CPF, abondement France Travail, AIF, AFC, Programme régional de formation, POE, POEC, CSP, VAE… À cela s’ajoute une autre question, parfois plus importante encore lorsque la formation dure six mois ou un an :

qui finance votre revenu pendant que vous vous formez ?

Prenons le cas de notre ancien cadre financier pour comprendre comment construire une véritable stratégie de formation.

Demandeur d’emploi : Comment financer votre formation en 2026 ?

Première erreur : commencer par chercher une formation

C’est probablement l’erreur la plus fréquente.

Notre cadre ouvre Internet, trouve une formation à 6 000 euros et prend rendez-vous avec son conseiller France Travail en disant :

« J’ai trouvé une bonne formation. Est-ce que France Travail peut me la payer ? »

Il commence par la fin.

France Travail rappelle que le financement d’une formation est lié à la cohérence du projet professionnel et du retour à l’emploi. Pour une Aide individuelle à la formation (AIF), notamment, le projet doit être validé par le conseiller et cohérent avec le PPAE ou le contrat d’engagement.

La première question n’est donc pas :

Quelle formation ai-je envie de suivre ?

Mais :

Qu’est-ce qui m’empêche aujourd’hui d’accéder aux emplois que je vise ?

Cette nuance change presque tout.

 

Commençons par mesurer le déficit de compétences

Imaginons un ancien directeur comptable ou responsable financier.

Il sélectionne 25 offres d’emploi correspondant réellement à son expérience, son niveau de responsabilité, sa zone géographique et ses prétentions professionnelles.

Puis il relève les compétences demandées.

Il peut construire un tableau extrêmement simple :

Compétence demandéeJe maîtriseÀ actualiserÀ acquérir
Comptabilité générale  
Management d’équipe  
Clôture et reporting  
IFRS  
Consolidation  
SAP S/4HANA  
Power BI  
Automatisation / IA  
Reporting ESG  

Ce tableau est beaucoup plus puissant qu’un catalogue de formations.

Supposons maintenant que 16 offres sur 25 réclament Power BI, 12 un ERP récent et 10 une maîtrise actualisée de la consolidation.

Le demandeur d’emploi peut alors expliquer :

« Mon expérience me permet de répondre à la majorité des exigences de ces postes. En revanche, l’analyse du marché fait apparaître trois écarts de compétences récurrents. La formation que je sollicite permet précisément de les combler. »

Nous ne sommes plus dans une demande de formation.

Nous sommes dans une stratégie documentée de retour à l’emploi.

1. Le CPF : première brique possible

Un demandeur d’emploi conserve les droits acquis sur son Compte personnel de formation et peut les mobiliser pour financer une formation éligible.

Pour un cadre ayant travaillé de nombreuses années, le montant disponible peut constituer une première source de financement.

Mais il faut éviter une confusion : disposer de 3 000 ou 4 000 euros sur son CPF ne signifie pas qu’il faille nécessairement chercher une formation coûtant 3 000 ou 4 000 euros.

Le CPF est un moyen de financement.

Ce n’est pas un projet professionnel.

Autre particularité importante : lorsqu’un demandeur d’emploi trouve sur Mon Compte Formation une formation dont le prix dépasse ses droits disponibles, il peut demander à France Travail un financement complémentaire. Si France Travail accepte cet abondement, le dossier d’inscription est validé.

On peut donc parfaitement rencontrer une construction du type :

CPF + abondement France Travail = financement de la formation.

 

2. L’AIF : l’un des dispositifs les plus importants à connaître

L’Aide individuelle à la formation est particulièrement intéressante lorsque le besoin du demandeur d’emploi n’est pas couvert par une formation collective déjà financée.

France Travail peut intervenir après examen du projet.

Le candidat doit notamment faire valider la cohérence de sa formation avec son projet de retour à l’emploi. France Travail recommande d’ailleurs de vérifier d’abord s’il existe une formation déjà gratuite pour le demandeur d’emploi, par exemple dans le cadre d’une AFC ou d’un Programme régional de formation.

Pour notre cadre financier, l’AIF peut être pertinente pour une formation ciblée :

  • consolidation ;
  • normes IFRS ;
  • Power BI appliqué à la finance ;
  • ERP ;
  • contrôle de gestion ;
  • data analyse ;
  • automatisation des processus financiers ;
  • intelligence artificielle appliquée aux fonctions finance ;
  • ou une formation certifiante plus longue correspondant à son projet.

Mais l’AIF n’est pas un droit de tirage.

Un devis à 8 000 euros ne crée pas une obligation pour France Travail de verser 8 000 euros.

La qualité de l’argumentation professionnelle compte donc énormément.

 

3. Avant de payer une formation, vérifier si quelqu’un l’a déjà achetée

C’est probablement l’une des vérifications les plus sous-estimées.

France Travail achète directement des places de formation dans le cadre d’actions collectives. Les Régions font de même.

Le demandeur d’emploi peut donc parfois accéder à une formation sans avoir à monter un financement individuel.

Les Actions de formation conventionnées

Les AFC correspondent à des formations achetées par France Travail pour répondre à des besoins identifiés sur le marché du travail.

Avant de demander une AIF, il faut donc vérifier si une formation équivalente n’est pas déjà disponible dans l’offre financée.

Le Programme régional de formation

Les Conseils régionaux achètent également des actions collectives en fonction des besoins en compétences de leur territoire.

Ces formations peuvent permettre aux personnes en recherche d’emploi d’acquérir gratuitement une qualification ou des compétences complémentaires. L’accès dépend notamment du projet professionnel et des prérequis de la formation.

Autrement dit :

avant de chercher qui va payer votre formation, vérifiez si elle n’est pas déjà payée.

 

4. La POE : lorsque l’employeur est déjà presque convaincu

Voici une stratégie particulièrement intéressante pour un cadre expérimenté.

Notre directeur financier rencontre une entreprise.

Son expérience intéresse le recruteur, mais celui-ci lui dit :

« Votre profil nous convient, mais nous avons besoin de quelqu’un immédiatement opérationnel sur notre ERP et sur Power BI. »

Cette situation peut correspondre à la logique de la Préparation opérationnelle à l’emploi (POE).

Le principe est précisément de combler l’écart entre les compétences que possède déjà le candidat et celles nécessaires pour prendre le poste.

Le dispositif concerne les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail, indemnisés ou non. La formation peut être assurée par l’entreprise, par un organisme de formation ou combiner les deux. France Travail indique une durée pouvant atteindre 450 heures et jusqu’à 600 heures pour certains publics.

C’est un changement complet de logique.

On ne dit plus :

« Formez-moi et j’espère ensuite trouver un emploi. »

On dit :

« Une entreprise souhaite me recruter. Il me manque précisément telles compétences pour prendre le poste. Formons-moi sur ces compétences. »

Pour un cadre expérimenté, cette stratégie mérite d’être étudiée très sérieusement.

 

5. La POEC : se former parce que plusieurs entreprises cherchent les mêmes compétences

La Préparation opérationnelle à l’emploi collective répond à une autre situation.

Cette fois, ce n’est pas nécessairement une entreprise qui a identifié un candidat précis.

Une branche professionnelle et son OPCO constatent des besoins de recrutement et mettent en place une formation collective destinée à préparer des demandeurs d’emploi aux compétences recherchées.

Les POEC sont accessibles aux demandeurs d’emploi inscrits, indemnisés ou non. France Travail indique une durée maximale de 400 heures dans le régime général du dispositif.

Pour notre cadre financier, l’offre disponible dépendra évidemment des besoins identifiés sur son territoire et par les branches.

Mais elle mérite d’être recherchée.

 

6. Et si le demandeur d’emploi relève du CSP ?

Il faut absolument identifier la manière dont la personne a quitté son précédent emploi.

Un cadre licencié pour motif économique peut, sous certaines conditions, relever du Contrat de sécurisation professionnelle (CSP).

Dans ce cas, le parcours de retour à l’emploi et les possibilités de formation s’inscrivent dans un cadre particulier.

Ce détail doit être identifié avant de bâtir le plan de financement, car la situation d’un demandeur d’emploi en CSP n’est pas identique à celle d’un demandeur d’emploi relevant simplement de l’ARE.

France Travail prévoit d’ailleurs une allocation spécifique de formation, l’ASP-F, pour les bénéficiaires concernés entrant dans une formation de plus de 40 heures.

 

7. La VAE : parfois, il n’est pas nécessaire de réapprendre ce que l’on sait déjà

Imaginons maintenant que notre cadre financier ait vingt ans d’expérience mais qu’il ne possède pas le diplôme ou la certification qui faciliterait son repositionnement.

La bonne solution n’est pas nécessairement de reprendre une longue formation.

La Validation des acquis de l’expérience peut permettre de transformer des compétences déjà acquises professionnellement en certification lorsque les conditions sont réunies.

C’est une distinction fondamentale :

une formation sert à acquérir des compétences ; une VAE sert à faire reconnaître des compétences déjà acquises.

Pour un cadre expérimenté, commencer par distinguer ces deux besoins peut éviter des mois de formation inutile.

 

8. Formation courte ou formation longue ?

C’est probablement la question centrale pour notre cadre.

S’il reste sur son métier et doit seulement actualiser quelques compétences, la formation courte peut être beaucoup plus rationnelle.

Quelques jours ou quelques semaines peuvent suffire pour remettre à niveau une compétence technique précise.

On peut imaginer, selon le projet :

Power BI + actualisation IFRS + IA appliquée au reporting financier.

Trois formations courtes peuvent parfois produire davantage d’employabilité qu’un cursus généraliste de neuf mois.

À l’inverse, une formation longue peut devenir cohérente si le projet représente une transformation professionnelle plus profonde :

  • passage de la comptabilité à la data-finance ;
  • spécialisation en consolidation ;
  • expertise ERP-finance ;
  • transformation des directions financières ;
  • changement de métier ;
  • acquisition d’une certification devenue déterminante pour les emplois visés.

La durée de la formation n’est donc pas le premier critère.

Le véritable critère est :

quelle distance existe entre mes compétences actuelles et celles du métier que je veux exercer demain ?

 

9. Le financement du coût pédagogique n’est que la moitié du problème

Prenons une formation de neuf mois coûtant 10 000 euros.

Le candidat obtient son financement.

Très bien.

Mais avec quoi vit-il pendant neuf mois ?

Pour une formation longue, il faut donc construire deux budgets différents :

Budget n°1 : qui paie la formation ?

Budget n°2 : quel revenu vais-je percevoir pendant la formation ?

Ne jamais confondre les deux.

 

10. Si vous percevez l’ARE : l’ARE-F

Lorsqu’un demandeur d’emploi indemnisé entre dans une formation répondant aux conditions requises, son allocation peut devenir l’ARE-F, Allocation d’aide au retour à l’emploi Formation.

France Travail précise notamment qu’elle concerne les demandeurs d’emploi indemnisables au titre de l’ARE suivant certaines formations validées dans leur parcours ou financées totalement ou partiellement par leur CPF.

Pour les formations de moins de 40 heures, le régime diffère et l’ARE peut continuer à être versée.

C’est pourquoi, avant de signer pour six, neuf ou douze mois de formation, il faut connaître précisément :

  • la durée restante de ses droits ;
  • la date de début de formation ;
  • sa date de fin ;
  • la rémunération applicable pendant le parcours ;
  • et ce qui se passera si les droits s’épuisent avant la fin.

 

11. Et si les droits ARE s’arrêtent avant la formation ?

Il existe la Rémunération de fin de formation (RFF).

Mais attention à une erreur fréquente : ce n’est pas une garantie automatique permettant de choisir n’importe quelle formation longue en considérant que France Travail continuera nécessairement à rémunérer le stagiaire.

La formation doit notamment répondre aux conditions d’éligibilité de la RFF. France Travail indique qu’elle doit permettre d’acquérir une qualification correspondant à des besoins de recrutement et précise plusieurs critères concernant son financement et sa certification.

Le montant de la RFF est par ailleurs plafonné : France Travail indique actuellement un maximum de 769,49 euros par mois.

Pour un ancien cadre disposant auparavant d’un salaire élevé, cette information peut complètement changer l’équilibre financier d’un projet de formation longue.

 

12. Et si vous ne percevez pas l’ARE ?

L’absence d’indemnisation chômage ne signifie pas nécessairement absence de rémunération pendant une formation.

La Rémunération de formation de France Travail (RFFT) peut être versée sous conditions à un demandeur d’emploi non indemnisé lorsqu’il suit notamment une formation validée et financée ou cofinancée par France Travail.

France Travail mentionne notamment les AFC, AIF, POE et POEC parmi les dispositifs pouvant ouvrir cette possibilité selon la situation du bénéficiaire.

Lorsque la formation est financée par le Conseil régional, une Rémunération des stagiaires de la formation professionnelle (RSFP) peut également être envisageable selon le parcours et les règles applicables.

Voilà pourquoi la question :

« France Travail finance-t-il cette formation ? »

est insuffisante.

Il faut également demander :

« Quel sera exactement mon statut et mon revenu pendant cette formation ? »

 

13. Ne pas oublier les frais périphériques

Suivre une formation peut également engendrer des dépenses qui n’apparaissent pas sur le devis de l’organisme :

transport, repas, hébergement, voire garde d’enfants.

France Travail dispose notamment d’une aide à la mobilité pour certaines formations répondant à ses conditions. Pour le déplacement, le lieu de formation doit notamment se situer à plus de 60 kilomètres aller-retour du domicile ou représenter plus de deux heures de trajet aller-retour en métropole, avec des règles particulières hors métropole.

Là encore, ces aides ne sont ni universelles ni automatiques.

Elles doivent être vérifiées avant l’entrée en formation.

 

14. Pour un cadre, il existe un interlocuteur qu’il serait dommage d’oublier : l’Apec

Notre ancien directeur financier est cadre.

Il aurait donc intérêt à ne pas construire son projet uniquement avec France Travail.

L’Apec propose notamment Solution Formation, un accompagnement gratuit destiné aux cadres pour clarifier leur projet, identifier les compétences à développer, rechercher les financements adaptés et préparer la défense du dossier auprès des financeurs.

C’est particulièrement intéressant parce qu’un conseiller spécialisé dans l’emploi cadre peut aider à répondre à une question préalable :

La compétence que je veux acquérir augmente-t-elle réellement mon employabilité sur le marché cadre ?

L’Apec propose également des outils et services permettant d’examiner les évolutions professionnelles possibles et le potentiel d’un profil sur le marché.

Pour notre ancien cadre financier, la combinaison Apec + France Travail peut donc être beaucoup plus pertinente que France Travail seul.

 

15. Le dossier que nous présenterions à France Travail

Si nous étions à la place de notre ancien directeur financier, nous n’arriverions pas au rendez-vous avec uniquement une brochure commerciale et un devis.

 

Construisons un petit dossier

1. Le poste visé

Exemple :

Responsable financier / directeur comptable / responsable consolidation.

2. Une sélection d’offres réelles

Une vingtaine d’offres correspondant au profil recherché.

3. Une analyse des compétences demandées

Quelles compétences reviennent le plus souvent ?

4. Une cartographie personnelle

Maîtrisées / à actualiser / manquantes.

5. La formation choisie

Avec son programme détaillé, sa durée, ses modalités, sa certification éventuelle et son coût.

6. La démonstration de son utilité

Pour chaque module important :

Compétence demandée par le marché → compétence manquante → module de formation correspondant.

7. Le plan de financement

Par exemple :

  • CPF + abondement France Travail.
  • Ou :
  • AIF.

Ou encore :

formation collective déjà financée.

8. Le budget de rémunération

ARE-F jusqu’à telle date, puis vérification d’une éventuelle RFF si le parcours y est éligible.

9. Le scénario de retour à l’emploi

Quels postes seront ciblés après la formation ?

Quelles entreprises ?

Quel niveau de rémunération ?

Quelle zone géographique ?

Voilà un dossier beaucoup plus difficile à réduire à :

« Votre formation coûte trop cher. »

Parce que le demandeur d’emploi ne vient plus seulement demander de l’argent.

Il vient présenter un investissement dans son retour à l’emploi.

 

Et si je veux complètement changer de métier ?

Jusqu’ici, notre ancien cadre financier souhaitait rester dans son univers professionnel.

Mais imaginons maintenant qu’après vingt ou trente ans dans la finance, il dise :

« Je ne veux plus exercer ce métier. Je veux me reconvertir. »

Le raisonnement change, mais les possibilités de formation ne disparaissent évidemment pas.

Une personne inscrite à France Travail peut parfaitement construire un projet de formation destiné à accéder à un nouveau métier.

Dans ce cas, il ne s’agit plus seulement de démontrer que quelques compétences doivent être actualisées. Il faut démontrer la cohérence d’une véritable transition professionnelle.

Notre ancien directeur financier pourrait, par exemple, vouloir devenir data analyst, consultant en systèmes d’information, formateur professionnel, responsable RSE ou exercer un métier complètement extérieur à la finance.

La première question devient alors :

Le métier que je vise constitue-t-il un projet professionnel réaliste ?

 

Une reconversion ne commence pas non plus par le catalogue des formations

Le piège serait exactement le même que pour une remise à niveau.

Trouver une formation de neuf mois intitulée « Devenez data analyst » ne démontre pas que devenir data analyst constitue un projet professionnel pertinent.

Avant de choisir la formation, le demandeur d’emploi devrait pouvoir répondre à plusieurs questions :

Quel métier veut-il réellement exercer ?

Que fait-on concrètement dans ce métier ?

Quelles compétences exige-t-il ?

Existe-t-il des emplois accessibles sur son territoire ou dans les conditions de mobilité qu’il accepte ?

Quel niveau de recrutement est demandé ?

Quelles sont les rémunérations réalistes ?

Son expérience antérieure lui apporte-t-elle des compétences transférables ?

Quelles compétences lui manquent réellement ?

Une formation est-elle indispensable pour les acquérir ?

Et quelle formation permet d’y parvenir ?

La démarche devient donc :

Métier d’origine → métier cible → compétences transférables → compétences manquantes → formation nécessaire → débouchés → retour à l’emploi.

Pour une reconversion, l’enquête métier devient particulièrement importante

Notre ancien cadre peut avoir une représentation très séduisante d’un nouveau métier sans connaître sa réalité quotidienne.

Avant d’engager plusieurs mois de formation, il peut donc être pertinent de confronter son projet au terrain : rencontrer des professionnels, étudier les offres d’emploi, participer à des événements professionnels, réaliser une immersion professionnelle lorsque cela est possible ou utiliser les services d’accompagnement de France Travail et, pour un cadre, de l’Apec.

Cette étape peut sembler ralentir le projet.

Elle peut au contraire éviter une erreur beaucoup plus coûteuse : passer neuf mois à apprendre un métier que l’on découvrira ensuite ne pas vouloir exercer.

Les compétences de l’ancien métier ne disparaissent pas

Une reconversion ne signifie pas nécessairement repartir de zéro.

C’est même particulièrement important pour un cadre expérimenté.

Notre directeur financier possède probablement déjà des compétences en management, gestion de projet, analyse de données, organisation, contrôle, présentation de résultats, négociation, gestion budgétaire ou pilotage d’équipes.

Certaines peuvent devenir extrêmement précieuses dans son nouveau métier.

La bonne question n’est donc pas seulement :

« Que dois-je apprendre ? »

mais aussi :

« Qu’est-ce que je sais déjà faire qui aura de la valeur dans mon nouveau métier ? »

C’est ce qui permet de distinguer une véritable reconversion d’un retour artificiel à la case départ.

La formation longue peut alors devenir beaucoup plus pertinente

Dans une simple remise à niveau, six ou neuf mois de formation peuvent parfois être disproportionnés.

Dans une reconversion, la situation est différente.

Si le nouveau métier exige un véritable corpus de connaissances, des compétences techniques nouvelles, une certification ou une qualification professionnelle, plusieurs mois de formation peuvent parfaitement se justifier.

Mais il faut alors construire l’ensemble de l’équation :

validation du projet + formation + financement pédagogique + rémunération pendant la formation + débouchés à la sortie.

Et c’est précisément à ce moment que les dispositifs présentés dans la suite de cet article prennent tout leur sens.

CPF, abondement France Travail, AIF, formations conventionnées, programmes régionaux, POE ou POEC peuvent, selon les situations, contribuer à construire le parcours.

La différence fondamentale est donc la suivante :

Pour une remise à niveau, on démontre l’écart entre ses compétences actuelles et l’évolution de son métier.

Pour une reconversion, on démontre la cohérence du passage entre son ancien métier et le nouveau.

Ce que les organismes de formation devraient comprendre

Cette histoire concerne évidemment les demandeurs d’emploi.

Mais elle concerne tout autant les organismes de formation.

Lorsqu’un candidat appelle en disant :

« Est-ce que votre formation peut être financée par France Travail ? »

la réponse ne devrait probablement pas se limiter à :

« Oui, nous sommes Qualiopi, je vous envoie un devis. »

Qualiopi n’est pas une promesse de financement.

L’OF devrait plutôt chercher à comprendre :

  • Quel emploi visez-vous ?
  • Quelles compétences vous manquent ?
  • Pourquoi cette formation plutôt qu’une autre ?
  • Disposez-vous d’un CPF ?
  • Êtes-vous indemnisé ?
  • Combien de temps vous reste-t-il de droits ?
  • Existe-t-il une entreprise prête à vous recruter ?
  • Une POE serait-elle plus pertinente ?
  • Existe-t-il déjà une place financée collectivement ?
  • Le parcours doit-il durer neuf mois ou trois modules courts suffiraient-ils ?

L’organisme qui aide le candidat à construire la logique de son projet devient beaucoup plus qu’un vendeur de formation.

Il devient un partenaire du retour à l’emploi.

 

Formation longue : attention au réflexe du diplôme

Pour un cadre expérimenté, une formation longue et prestigieuse peut être intellectuellement séduisante.

Mais elle n’est pas nécessairement la solution la plus efficace.

Avant d’investir six ou douze mois dans un nouveau diplôme, il faut poser une question brutale mais utile :

Les recruteurs refusent-ils mon profil parce qu’il me manque ce diplôme, ou parce que certaines de mes compétences ne sont plus à jour ?

Ce n’est pas du tout la même chose.

Si le problème est Power BI, un ERP et l’actualisation des normes, reprendre un cursus généraliste d’un an peut être disproportionné.

Inversement, si le métier visé nécessite une véritable transformation du profil, une formation longue certifiante peut devenir parfaitement cohérente.

La bonne formation n’est pas la plus longue. C’est celle qui réduit le plus efficacement la distance avec l’emploi visé.

 

Le véritable changement de méthode

Notre ancien cadre financier était parti avec cette question :

« Quelle formation France Travail pourrait-il me payer ? »

Après analyse, La bonne question n’est pas :

 « Quelle formation France Travail acceptera-t-il de me payer ? » La bonne question est : « Quel emploi est-ce que je veux exercer demain, et que me manque-t-il aujourd’hui pour y parvenir ? »

À partir de là seulement viennent le CPF, l’AIF, l’AFC, le PRF, la POE, la POEC ou les autres solutions.

Cette inversion du raisonnement est fondamentale.

Parce qu’en matière de formation des demandeurs d’emploi, le financement ne devrait jamais être le projet.

Le financement doit servir le projet.

Et le projet, lui, reste le retour à l’emploi.


 

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MOTS CLÉS 

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SOURCES

  • France Travail — Financer ma formation ; Aide individuelle à la formation ; Programme régional de formation ; Préparation opérationnelle à l’emploi ; POEC ; rémunération pendant la formation ; ARE-F ; RFFT ; RFF ; aide à la mobilité.
  • Mon Compte Formation — Financement complémentaire France Travail pour les demandeurs d’emploi.
  • Apec — Solution Formation et services d’accompagnement à l’évolution professionnelle des cadres.

 

Mini FAQ : Demandeur d’emploi : Comment financer votre formation en 2026 ?

France Travail peut-il payer intégralement une formation ?

C’est possible dans certaines situations, mais ce n’est pas automatique. Le financement dépend notamment du dispositif mobilisé, de la formation, des autres financements disponibles et de la cohérence du projet de retour à l’emploi.

Peut-on utiliser son CPF lorsqu’on est au chômage ?

Oui. Les droits acquis restent mobilisables. Lorsque le montant disponible est insuffisant, un demandeur d’emploi peut, sous conditions, demander un financement complémentaire à France Travail depuis Mon Compte Formation.

France Travail peut-il financer une formation courte ?

Oui. Une formation n’a pas besoin de durer plusieurs mois pour être pertinente. L’important est sa cohérence avec le projet professionnel et le dispositif de financement mobilisé.

Une formation d’un an peut-elle être financée ?

Potentiellement oui, mais le coût pédagogique n’est qu’une partie du problème. Il faut impérativement vérifier le financement de la formation et la rémunération pendant toute sa durée.

Puis-je toucher mon chômage pendant ma formation ?

Selon la formation et votre situation, l’ARE peut notamment devenir ARE-F. D’autres rémunérations existent selon les situations : ASP-F, RFFT, RFF, RSFP… France Travail recommande de vérifier ce point avant l’entrée en formation.

Une entreprise veut m’embaucher mais il me manque une compétence. Que faire ?

La POE doit être examinée en priorité. Elle a précisément pour objectif de combler l’écart entre les compétences du candidat et celles nécessaires à l’emploi proposé.

Je suis un ancien cadre. Dois-je passer uniquement par France Travail ?

Non. L’Apec propose notamment un accompagnement gratuit « Solution Formation » pour aider les cadres à construire leur projet et identifier les possibilités de financement.

L’organisme de formation peut-il me garantir que France Travail financera ma formation ?

Non. Un organisme peut vous renseigner et préparer les éléments nécessaires au dossier, mais il ne peut pas garantir une décision de financement qui appartient au financeur.

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Qualiopi, CPF, apprentissage : Il faut apprendre à compter

Qualiopi, CPF, apprentissage : Il faut apprendre à compter

Les Experts Compétences ont de plus en plus de mal à y comprendre quelque chose. Le nouveau RNQ (Qualiopi) vous oblige à faire des calculs incroyables. Un jour, on ne parlera plus de formation mais de %.

80 %. 20 %. Et bientôt de nouveaux seuils Qualiopi.

Le droit de la formation professionnelle nous avait habitués aux acronymes : CPF, CFA, OPCO, RNCP, RS, NDA, NPEC…

Il va falloir désormais s’habituer aux pourcentages.

Car une évolution relativement discrète est en train de se produire dans la réglementation de la formation professionnelle.

Le droit ne se contente plus de demander aux organismes de respecter des obligations.

Il commence à mesurer leur activité.

Et cela change beaucoup de choses.

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Car écrire qu’un organisme ne doit pas dépasser 80 %, qu’une prise en charge doit être réduite de 20 % ou qu’un dispositif particulier devient obligatoire au-delà d’un certain seuil paraît extrêmement précis.

Mais cette précision n’est qu’apparente.

Avant de calculer un pourcentage, encore faut-il savoir exactement ce que l’on compte.

Et c’est probablement l’un des prochains grands sujets de conformité pour les organismes de formation.

Qualiopi, CPF, apprentissage : Il faut apprendre à compter

Le CPF a ouvert la voie : 80 % de sous-traitance maximum

Depuis le 1er avril 2024, les organismes référencés sur Mon Compte Formation ne peuvent pas sous-traiter plus de 80 % de leur chiffre d’affaires réalisé sur la plateforme.

La règle paraît simple.

80 %.

Mais lorsqu’on descend dans son application, les premières questions apparaissent immédiatement.

  • Quel chiffre d’affaires ?
  • Sur quelle période ?

À quelle date une prestation doit-elle être rattachée ?

Faut-il prendre en compte un acompte ?

Une annulation ?

Une prestation d’examen ?

Le chiffre d’affaires réalisé hors Mon Compte Formation ?

Le ministère a dû progressivement préciser cette « grammaire ».

Le chiffre d’affaires retenu est celui correspondant aux prestations effectivement réalisées et facturées sur Mon Compte Formation.

La période de référence est l’année civile, indépendamment de l’exercice comptable de l’organisme.

Les actions réalisées hors plateforme ne sont pas prises en compte.

Certains acomptes ou indemnités sont exclus.

Et la proportion est calculée globalement sur l’activité MCF de l’organisme, pas formation par formation.

Autrement dit, le chiffre 80 % ne suffisait pas.

Il fallait également définir les règles permettant de le calculer.

 

Puis l’apprentissage a introduit un autre 80 %… et un 20 %

Depuis le 1er juillet 2025, une autre règle chiffrée est entrée dans le quotidien des CFA.

Lorsque les enseignements dispensés par le CFA sont réalisés à distance pour au moins 80 % de leur durée totale, le niveau de prise en charge du contrat est minoré de 20 %.

Avec un plancher de prise en charge fixé à 4 000 euros et des exceptions prévues pour certaines certifications.

Là encore, l’intention est parfaitement compréhensible.

Le législateur considère que le modèle économique d’une formation presque entièrement à distance n’est pas nécessairement identique à celui d’une formation principalement présentielle.

Mais immédiatement surgit la même question :

comment calcule-t-on les 80 % ?

Le ministère demande notamment que le nombre prévisionnel d’heures à distance figure dans le Cerfa et la convention de formation.

Nous ne sommes donc plus simplement dans une description pédagogique.

Nous sommes dans une donnée qui peut avoir une conséquence financière directe.

Une heure change de nature.

Elle n’est plus seulement une heure de formation.

Elle devient une unité de calcul réglementaire.

 

Et maintenant Qualiopi entre à son tour dans l’ère des seuils

Le décret du 1er août 2026 modifie le référentiel national qualité.

Le nouveau référentiel entrera en vigueur le 1er novembre 2026.

Et deux dispositions méritent particulièrement l’attention des organismes de formation.

L’indicateur 19

Le nouveau texte prévoit qu’au-delà d’un certain nombre d’intervenants par formation, le prestataire devra disposer d’un référent pédagogique par formation, chargé d’assurer la coordination entre les intervenants.

Le seuil doit être fixé par arrêté.

L’indicateur 20

Pour l’apprentissage, le texte introduit une autre logique.

Lorsque la proportion d’heures d’enseignement réalisées par des intervenants permanents sera inférieure à un seuil fixé par arrêté, le CFA devra mettre en œuvre des modalités renforcées de supervision pédagogique et de contrôle de la qualité des interventions.

Là encore, le seuil doit encore être fixé.

Nous pourrions donc attendre tranquillement les arrêtés.

Ce serait une erreur.

Car le problème n’est pas seulement de connaître le chiffre qui sera retenu.

Le problème sera de savoir comment ce chiffre doit être calculé.

 

Prenons un exemple très simple

Imaginons que l’arrêté fixe un jour un seuil à 50 %.

Ce chiffre est ici purement hypothétique.

Un CFA calcule que 52 % de ses heures sont réalisées par des intervenants permanents.

Il considère donc ne pas être concerné par les mesures renforcées.

L’auditeur arrive.

Il refait le calcul.

Il trouve 48 %.

Qui a raison ?

Peut-être les deux.

Parce qu’ils n’ont tout simplement pas compté la même chose.

Le CFA a intégré certaines heures.

L’auditeur en a exclu d’autres.

Le CFA a considéré un formateur comme permanent.

L’auditeur l’a classé autrement.

L’un a raisonné sur l’année civile.

L’autre sur la durée de la formation.

L’un a compté les heures programmées.

L’autre les heures effectivement réalisées.

52 % d’un côté. 48 % de l’autre.

Et pourtant les deux calculs peuvent être mathématiquement impeccables.

Le problème n’est pas les mathématiques.

Le problème est la définition juridique des données utilisées.

 

Qu’est-ce qu’un « intervenant » ?

La question paraît presque ridicule.

Tout le monde sait ce qu’est un intervenant.

Jusqu’au moment où il faut le compter.

Un formateur salarié est évidemment un intervenant.

Mais un formateur occasionnel ?

  • Un sous-traitant ?
  • Un expert qui intervient deux heures ?
  • Un tuteur ?
  • Un maître d’apprentissage ?
  • Un correcteur ?
  • Un jury ?
  • Un conférencier ?
  • Un accompagnateur pédagogique ?

Un salarié qui anime seulement un module ?

Et si une même personne intervient sur trois formations ?

Avons-nous un intervenant ou trois occurrences d’intervention ?

Ce ne sont plus des questions sémantiques.

Dès lors qu’un seuil réglementaire en dépend, ce sont des questions de conformité.

 

Et qu’est-ce qu’une « formation » ?

Même difficulté.

Prenons un organisme proposant un titre professionnel.

La formation est-elle :

  • le programme pédagogique ?
  • la certification ?
  • une promotion ?
  • une session ?
  • un groupe ?
  • une action contractualisée ?
  • un parcours individualisé ?

Si trois groupes suivent la même certification à trois dates différentes, avons-nous une formation ou trois ?

Et si une partie du parcours est mutualisée ?

Et si les entrées sont permanentes ?

Tant que personne ne demande de compter les intervenants « par formation », cette question peut rester théorique.

À partir du moment où un seuil réglementaire en dépend, elle devient essentielle.

 

« Intervenant permanent » : deux mots qui peuvent peser lourd

L’indicateur 20 soulève une difficulté encore plus intéressante.

Le texte parle d’intervenants permanents.

Mais que signifie exactement permanent ?

  • Un salarié en CDI ?
  • Un salarié à temps partiel ?
  • Un CDD de douze mois ?
  • Un formateur employé régulièrement depuis cinq ans mais sous un autre statut ?
  • Un indépendant réalisant 400 heures chaque année pour le même CFA ?
  • Un salarié administratif assurant occasionnellement des enseignements ?

La réponse ne pourra pas simplement relever de l’interprétation personnelle de chaque CFA.

Sinon, deux organismes ayant exactement la même organisation pédagogique pourront produire deux ratios différents.

 

Le prochain audit Qualiopi pourrait donc commencer dans Excel

Nous avons longtemps associé Qualiopi à la documentation.

  • Procédures.
  • Programmes.
  • Questionnaires.
  • Preuves.
  • Comptes rendus.
  • Veilles.
  • Tableaux de satisfaction.

Le nouveau référentiel introduit progressivement une autre dimension :

la donnée.

Demain, un auditeur pourrait demander :

« Combien d’intervenants avez-vous sur cette formation ? »

Puis :

« Comment avez-vous obtenu ce nombre ? »

Ou encore :

« Quelle proportion des heures est réalisée par vos intervenants permanents ? »

Et surtout :

« Montrez-moi le calcul. »

C’est là que beaucoup d’organismes pourraient découvrir une nouvelle forme de non-conformité.

Non pas parce qu’ils n’ont pas de procédure.

Mais parce qu’ils ne peuvent pas reconstituer de manière fiable le chiffre qu’ils déclarent.

 

Une donnée réglementaire doit avoir six caractéristiques

Les organismes de formation vont progressivement devoir construire ce que l’on pourrait appeler une grammaire de la donnée réglementaire.

Pour chaque indicateur chiffré, six questions devraient pouvoir recevoir une réponse.

1. Quelle donnée ?

Que mesure-t-on exactement ?

2. Quelle définition ?

Qu’appelle-t-on heure, intervenant, formation, chiffre d’affaires, sous-traitance ou enseignement à distance ?

3. Quelle période ?

Année civile ? Exercice comptable ? Session ? Durée du contrat ? Année scolaire ?

4. Quelle règle d’imputation ?

À quelle période et à quelle action rattache-t-on la donnée ?

5. Quelle source ?

ERP ? LMS ? logiciel de gestion ? comptabilité ? planning ? convention ? facture ?

6. Quelle preuve ?

Comment démontrer, six mois ou deux ans plus tard, que le chiffre annoncé était exact ?

Voilà ce que devrait être la véritable traçabilité.

 

Et le système d’information devient un sujet Qualiopi

C’est probablement la conséquence la moins visible de cette évolution.

Un organisme peut parfaitement disposer d’un excellent logiciel de gestion et produire des chiffres juridiquement faux.

Pourquoi ?

Parce qu’un logiciel calcule ce qu’on lui demande de calculer.

Si les règles de qualification des données sont mauvaises, le résultat sera faux avec une remarquable précision.

Un ERP pourra trouver 79,4 %.

Un fichier Excel 80,2 %.

L’auditeur 78,9 %.

Et chacun pourra présenter un calcul parfaitement cohérent.

La question n’est donc pas de savoir quel outil possède le meilleur calculateur.

La question est :

calculent-ils tous la même chose ?

 

Les OF devraient commencer maintenant, avant même la publication des seuils

Les arrêtés préciseront les seuils des indicateurs 19 et 20.

Mais les organismes n’ont pas besoin d’attendre pour commencer à travailler.

Ils peuvent déjà cartographier leurs données.

  • Combien avons-nous d’intervenants ?
  • Comment les classons-nous ?
  • Quels sont leurs statuts ?
  • Comment rattachons-nous leurs interventions aux formations ?
  • Où enregistrons-nous les heures réellement effectuées ?
  • Pouvons-nous distinguer présentiel et distanciel ?
  • Pouvons-nous reconstituer l’historique ?
  • Notre logiciel de gestion utilise-t-il les mêmes définitions que notre responsable pédagogique ?
  • Et notre responsable qualité ?
  • Et notre comptable ?
  • Et notre CFA ?

C’est maintenant qu’il faut découvrir les écarts.

Pas la veille de l’audit.

 

Après la qualité documentaire, la qualité de la donnée

C’est peut-être finalement l’une des transformations les plus importantes de Qualiopi 2026.

Pendant plusieurs années, beaucoup d’organismes ont appris à documenter leurs pratiques.

Ils vont maintenant devoir apprendre à documenter leurs chiffres.

Car la réglementation de la formation professionnelle utilise de plus en plus les seuils pour déclencher une obligation, modifier un financement ou apprécier une organisation.

80 %.

20 %.

Demain un nombre maximal d’intervenants.

Puis une proportion minimale d’heures réalisées par des permanents.

Et probablement d’autres seuils suivront.

Le droit de la formation devient progressivement un droit de la donnée.

Cela ne signifie évidemment pas que le tableur remplace le juriste.

Bien au contraire.

Plus le droit utilise des chiffres, plus il doit définir précisément ce que ces chiffres signifient.

Sinon, nous fabriquerons une conformité étrange dans laquelle l’organisme trouve 79 %, l’auditeur 81 %, l’OPCO un troisième résultat et le logiciel un quatrième.

Et chacun aura peut-être correctement utilisé sa calculatrice.

Pour les organismes de formation, le prochain enjeu de conformité ne sera donc pas seulement de connaître les nouveaux seuils.

Il sera de pouvoir répondre à une question beaucoup plus simple :

« Pouvez-vous me montrer comment vous avez obtenu ce chiffre ? »

Et cette fois, répondre « c’est mon logiciel qui l’a calculé » ne suffira probablement plus.

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MOTS CLÉS 

Qualiopi 2026, nouveau référentiel Qualiopi, RNQ 2026, indicateur 19 Qualiopi, indicateur 20 Qualiopi, organisme de formation, CFA, apprentissage, sous-traitance CPF, Mon Compte Formation, audit Qualiopi, données formation, conformité organisme de formation, intervenant permanent, référent pédagogique, formation professionnelle.

SOURCES

décret n° 2026-728 du 1er août 2026 relatif au référentiel national sur la qualité des actions concourant au développement des compétences ; Code du travail, art. D. 6332-82-1 ; décret n° 2025-586 du 27 juin 2025 ; décret n° 2023-1350 du 28 décembre 2023 ; arrêté du 3 janvier 2024 relatif au plafond de sous-traitance sur Mon Compte Formation ; ministère du Travail, FAQ relative à l’encadrement de la sous-traitance CPF ; GREF Bretagne, présentation des évolutions du RNQ applicables au 1er novembre 2026.

Mini FAQ : Qualiopi, CPF, apprentissage : Il faut apprendre à compter

Les nouveaux indicateurs Qualiopi sont-ils déjà applicables ?

Non. Le nouveau référentiel national qualité issu du décret du 1er août 2026 entre en vigueur le 1er novembre 2026. Il s’appliquera alors aux audits initiaux, de surveillance et de renouvellement.

Les seuils des indicateurs 19 et 20 sont-ils déjà connus ?

À la date de rédaction de cet article, les seuils prévus par ces deux indicateurs doivent encore être fixés par arrêté. Il faut donc se méfier de tout chiffre présenté aujourd’hui comme définitivement applicable.

Le plafond de 80 % de sous-traitance CPF concerne-t-il tout le chiffre d’affaires de l’organisme ?

Non. Il porte sur le chiffre d’affaires annuel réalisé sur la plateforme Mon Compte Formation. Le calcul est effectué globalement sur l’activité de l’organisme sur MCF et non action par action.

La règle 80 % / 20 % de l’apprentissage est-elle la même ?

Non. Il s’agit d’une autre règle : lorsqu’au moins 80 % de la durée totale des enseignements est réalisée à distance, le NPEC est en principe minoré de 20 %, sous réserve notamment des exceptions prévues par les textes et avec un plancher de prise en charge.

Que devraient faire les organismes avant le 1er novembre ?

Ne pas attendre seulement une nouvelle procédure Qualiopi. Il faut commencer à identifier les données nécessaires aux nouveaux indicateurs, leurs sources, leurs définitions et les personnes responsables de leur fiabilité. Lorsque les seuils et le guide de lecture seront définitivement précisés, le système de calcul pourra alors être ajusté.

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Apprentissage : 2026 la fin d’un modèle ?

Apprentissage : 2026 la fin d’un modèle ?

Les Experts Compétences  ont compté

984 200 apprentis.

Le chiffre reste considérable. Mais il marque un tournant.

Fin avril 2026, la France compte 984 200 personnes en contrat d’apprentissage, soit une baisse de 3,6 % sur un an.

On pourrait s’arrêter à ce constat et conclure que, après plusieurs années de croissance spectaculaire, l’apprentissage français connaît à son tour un retournement de cycle.

Ce serait passer à côté de l’essentiel.

Car derrière cette baisse globale apparaissent deux évolutions radicalement différentes.

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À fin mai 2026, les entrées en apprentissage dans l’enseignement secondaire progressent de 7,7 % sur un an.

Dans l’enseignement supérieur, elles reculent au contraire de 16,4 %.

Même divergence lorsqu’on regarde les effectifs : le nombre d’apprentis du supérieur diminue de 4,8 %, alors que celui du secondaire ne baisse que de 1,5 %.

Ce n’est donc pas seulement la courbe de l’apprentissage qui se retourne.

C’est peut-être le modèle français de l’apprentissage qui est en train de changer une nouvelle fois.

Et pour comprendre ce qui se passe en 2026, il faut revenir quelques années en arrière.

Apprentissage : 2026 la fin d’un modèle ?

Avant 2018, l’apprentissage n’était pas le marché que nous connaissons aujourd’hui

Pendant longtemps, l’image de l’apprentissage en France est restée associée aux métiers, aux CFA traditionnels et aux premiers niveaux de qualification.

CAP, BEP, bac professionnel…

L’apprentissage constituait d’abord une voie permettant d’acquérir un métier par l’alternance entre l’entreprise et le centre de formation.

Bien sûr, l’enseignement supérieur n’en était pas absent.

Mais il n’occupait absolument pas la place qu’il a prise ensuite.

La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a profondément modifié cet équilibre.

Elle a notamment réformé le financement des CFA, assoupli leur création et élargi le développement de l’apprentissage.

Puis les aides exceptionnelles mises en place à partir de 2020 ont joué le rôle d’un formidable accélérateur.

Le résultat est connu.

L’apprentissage est devenu en quelques années l’un des marchés les plus dynamiques de la formation en France.

Et surtout, il est monté en qualification.

BTS, bachelors, licences professionnelles, masters, écoles de commerce, écoles d’ingénieurs, titres RNCP…

Une partie considérable de l’enseignement supérieur s’est convertie à l’alternance.

Les chiffres de la Dares permettent de mesurer l’ampleur de cette transformation : en 2018, 55 100 employeurs recrutaient au moins un apprenti du supérieur. Ils étaient 212 300 en 2024.

Le nombre a presque quadruplé en six ans.

Ce qui était une modalité particulière de formation est devenu un véritable modèle économique pour une partie de l’enseignement supérieur.

 

2026 : le supérieur encaisse le choc

C’est précisément cette partie du système qui décroche aujourd’hui.

Une baisse de 16,4 % des entrées dans le supérieur ne ressemble plus à une simple oscillation statistique.

Elle traduit un changement beaucoup plus profond.

Car, parallèlement, l’État a commencé à modifier les incitations financières qui avaient largement contribué à l’explosion du marché.

Depuis le 8 mars 2026, pour une entreprise de moins de 250 salariés, l’aide à l’embauche peut atteindre :

  • 5 000 € pour les niveaux 3 et 4 ;
  • 4 500 € pour le niveau 5 ;
  • seulement 2 000 € pour les niveaux 6 et 7.

Pour les entreprises de 250 salariés et plus, l’écart est encore plus net : 2 000 € pour les niveaux 3 et 4, 1 500 € au niveau 5 et 750 € pour les niveaux 6 et 7.

Et depuis le 1er juillet 2025, les employeurs doivent en outre verser une participation forfaitaire de 750 € pour les contrats préparant un diplôme ou un titre de niveau 6 ou supérieur.

Pris séparément, chacun de ces changements peut sembler limité.

Pris ensemble, ils délivrent un message beaucoup plus clair :

la puissance publique ne souhaite plus financer de la même manière un CAP et un master.

 

Le paradoxe : l’apprentissage « historique » résiste mieux

C’est probablement le chiffre le plus intéressant de cette séquence.

Alors que l’apprentissage recule globalement, les entrées dans le secondaire progressent de 7,7 %.

Autrement dit, la partie du système qui résiste le mieux est précisément celle qui ressemble le plus à l’apprentissage d’avant 2018.

Ce constat mérite cependant une nuance importante.

Le BTS relève juridiquement et statistiquement de l’enseignement supérieur, même s’il reste très proche, dans ses logiques d’insertion et de professionnalisation, de l’apprentissage historique. Il ne faut donc pas confondre strictement « secondaire » et « CAP-BEP-BTS ».

Mais la tendance demeure.

Les formations professionnelles les plus directement reliées à l’acquisition d’un métier semblent beaucoup mieux résister que les formations supérieures qui avaient massivement investi l’apprentissage au cours des dernières années.

Et cela pose une question presque politique :

l’État est-il en train de ramener progressivement l’apprentissage vers sa fonction historique ?

 

J’ai connu l’alternance avant qu’elle devienne un eldorado

Cette évolution me parle particulièrement parce que je n’ai pas découvert l’alternance en 2019.

Chez Nextformation, j’avais commencé à développer cette approche dès 2008.

À l’époque, personne ne parlait d’un marché à près d’un million d’apprentis.

Il fallait convaincre les entreprises, construire les parcours, trouver les candidats et surtout démontrer que l’alternance répondait à un véritable besoin de recrutement.

En 2014, j’ai voulu reproduire cette logique chez M2i Formation.

Cette première tentative fut un échec.

Nous avons fermé l’activité un an plus tard.

C’est une expérience qu’il ne faut surtout pas effacer de l’histoire : l’alternance n’est pas un marché qui fonctionne simplement parce qu’un organisme décide d’en faire.

Il faut un écosystème.

  • Des entreprises.
  • Des métiers en tension.
  • Une capacité commerciale spécifique.
  • Des candidats.
  • Des équipes pédagogiques capables de gérer le rythme particulier de l’alternance.

Et surtout une économie viable.

Nous avons repris le sujet en 2019.

Cette fois, cela a fonctionné.

Pourquoi ?

Parce que le contexte avait changé, mais également parce que l’alternance était devenue un véritable axe stratégique de développement.

Cette expérience m’a appris une chose essentielle :

l’apprentissage ne se développe durablement que lorsqu’il existe une convergence entre le besoin de l’entreprise, le projet du jeune et l’économie de l’organisme de formation.

Les aides publiques peuvent accélérer cette convergence.

Elles ne peuvent pas éternellement s’y substituer.

 

2018-2024 : avons-nous confondu développement et subventionnement ?

C’est probablement la question la plus inconfortable.

Le succès spectaculaire de l’apprentissage après 2018 est incontestable.

Mais quelle part de cette croissance correspondait à une transformation durable du comportement des entreprises ?

Et quelle part dépendait du niveau exceptionnel de soutien public ?

La Dares apporte un indice intéressant.

Le nombre de nouveaux employeurs recrutant des apprentis du supérieur a fortement augmenté en 2020, au moment où les aides financières ont été étendues à ces formations. Il a atteint un pic en 2021 avant de diminuer progressivement.

Cela ne signifie évidemment pas que les contrats étaient artificiels.

Cela signifie simplement qu’un prix relatif avait été créé.

Pour beaucoup d’entreprises, recruter un étudiant en alternance était devenu extrêmement avantageux.

Pour beaucoup d’écoles et d’organismes, ouvrir une formation en apprentissage devenait également économiquement très attractif.

Et pour beaucoup d’étudiants, l’alternance permettait simultanément de financer les frais de formation et d’obtenir une rémunération.

Les trois intérêts convergeaient.

Mais cette convergence reposait en partie sur un quatrième acteur :

le financeur public.

Dès lors que celui-ci réduit son intervention, le marché révèle progressivement ce qui relevait d’une demande structurelle… et ce qui dépendait davantage de l’incitation financière.

 

Ce n’est peut-être pas la crise de l’apprentissage

Voilà pourquoi il faut être prudent avec les chiffres de 2026.

Dire « l’apprentissage s’effondre » serait faux.

Le stock reste proche du million de contrats.

Et surtout, toutes les catégories ne suivent pas la même trajectoire.

Nous assistons peut-être plutôt à une recomposition.

Pendant plusieurs années, la politique publique a cherché à augmenter le nombre global d’apprentis.

Aujourd’hui, la logique semble progressivement devenir plus sélective.

Quel niveau de qualification faut-il prioritairement soutenir ?

  • Pour quels jeunes ?
  • Dans quels métiers ?
  • Avec quel niveau d’aide publique ?
  • Et pour quelle insertion professionnelle réelle ?

Ces questions auraient probablement dû être posées beaucoup plus tôt.

 

Le retour de la question oubliée : à quoi doit servir l’apprentissage ?

C’est finalement le débat essentiel.

L’apprentissage peut poursuivre plusieurs objectifs.

  • Il peut aider un jeune à acquérir son premier métier.
  • Il peut faciliter l’insertion professionnelle des niveaux CAP et bac professionnel.
  • Il peut répondre aux pénuries de main-d’œuvre des entreprises.
  • Il peut permettre de financer une partie des études supérieures.
  • Il peut rapprocher universités et entreprises.
  • Il peut également devenir un puissant marché pour les organismes de formation et les établissements d’enseignement supérieur.

Tous ces objectifs sont légitimes.

Mais ils ne sont pas identiques.

Et surtout, ils n’ont probablement pas à être financés de la même manière.

C’est peut-être ce que les chiffres de 2026 commencent à révéler.

 

Pour les CFA et les organismes de formation, le message est sérieux

Pendant quelques années, une stratégie relativement simple pouvait fonctionner :

ouvrir une certification en apprentissage, recruter des candidats, trouver des entreprises et bénéficier d’un environnement financier extrêmement favorable.

Cette période semble se terminer.

Pour un organisme de formation, la question ne doit donc plus être :

« Comment ouvrir davantage de formations en apprentissage ? »

Mais plutôt :

« Sur quels métiers l’apprentissage reste-t-il économiquement et professionnellement indispensable ? »

La différence est considérable.

Elle oblige à revenir vers le marché du travail.

  • À observer les besoins des entreprises.
  • À travailler avec les branches.
  • À regarder les métiers en tension.
  • À mesurer les taux de rupture.
  • À suivre l’insertion professionnelle.
  • À vérifier la capacité des entreprises à absorber durablement les apprentis.

Bref, à refaire de l’apprentissage ce qu’il n’aurait peut-être jamais dû cesser d’être :

un outil de rencontre entre une compétence à construire et un emploi réel.

 

Le million d’apprentis était-il un objectif… ou une parenthèse ?

La France s’est longtemps félicitée d’approcher puis de dépasser symboliquement le million d’apprentis.

Mais un chiffre ne constitue pas une politique publique.

984 200 apprentis peuvent représenter un succès formidable si les formations conduisent à des métiers, à des qualifications utiles et à une insertion durable.

Un million peut au contraire devenir un indicateur trompeur si l’objectif consiste principalement à maintenir artificiellement un volume.

Les données de 2026 nous obligent donc peut-être à sortir d’un débat devenu trop simpliste.

Il ne s’agit plus de savoir si nous devons avoir plus ou moins d’apprentis.

Il faut savoir quels apprentis, pour quelles formations, pour quelles entreprises, avec quels financements et pour quels emplois.

Et il y a quelque chose d’assez ironique dans la situation actuelle.

Après avoir révolutionné l’apprentissage en 2018, après l’avoir ouvert massivement à l’enseignement supérieur et après avoir dépensé des milliards pour en accélérer la croissance, la France semble redécouvrir une idée beaucoup plus ancienne :

l’apprentissage sert d’abord à apprendre un métier.

Ce n’est peut-être pas la fin de l’apprentissage.

C’est peut-être la fin de son âge d’abondance.

Et pour les CFA comme pour les organismes de formation, cette différence change tout.

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MOTS CLÉS 

Apprentissage 2026, alternance, CFA, organismes de formation, réforme apprentissage, enseignement supérieur, CAP, bac professionnel, BTS, financement apprentissage, aide employeur apprenti, NPEC, France Compétences, loi Avenir professionnel, formation professionnelle.

SOURCES

Dares, séries statistiques sur le contrat d’apprentissage et tableau de bord PoEm ; Dares, données sur les employeurs recrutant des apprentis du supérieur entre 2018 et 2024 ; ministère du Travail, dispositif d’aide aux employeurs d’apprentis 2026 ; décret n° 2025-585 du 27 juin 2025 et article R. 6332-25-1 du Code du travail ; Jean Pralong, « Apprentissage : vingt milliards pour quoi faire, exactement ? », Le Point, 26 août 2026.

Mini FAQ : Apprentissage : 2026 la fin d’un modèle ?

L’apprentissage est-il réellement en baisse en 2026 ?

Oui. Fin avril 2026, 984 200 personnes sont en contrat d’apprentissage, soit 3,6 % de moins qu’un an auparavant. Cette diminution prolonge le retournement déjà visible en 2025 : la Dares estimait à 846 700 le nombre de contrats débutés en 2025, en baisse de 5 % par rapport à 2024.

Toutes les formations sont-elles touchées de la même manière ?

Non, et c’est précisément l’information essentielle. À fin mai 2026, les entrées progressent de 7,7 % dans l’enseignement secondaire tandis qu’elles chutent de 16,4 % dans le supérieur.

Pourquoi l’apprentissage du supérieur est-il davantage touché ?

Plusieurs facteurs peuvent intervenir, mais le changement des aides publiques constitue un élément majeur du nouvel environnement économique. En 2026, les aides employeurs sont désormais fortement modulées selon le niveau de qualification, avec un soutien nettement inférieur pour les niveaux 6 et 7. Depuis juillet 2025, une participation employeur de 750 € s’applique également aux contrats préparant une certification de niveau 6 ou supérieur.

Les CFA doivent-ils abandonner l’enseignement supérieur ?

Non. La conclusion serait beaucoup trop rapide. En revanche, un CFA ne peut plus bâtir sa stratégie sur l’hypothèse que les conditions financières exceptionnelles des années 2020-2024 seront permanentes. La pertinence métier, le recrutement des entreprises, l’insertion et l’équilibre économique redeviennent déterminants.

L’apprentissage revient-il vers son modèle historique ?

Les premiers chiffres de 2026 le suggèrent, mais il est encore trop tôt pour parler d’un basculement définitif. La résistance des premiers niveaux de qualification et le recul beaucoup plus marqué du supérieur constituent néanmoins des signaux suffisamment importants pour être suivis au cours des prochains mois.


 

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Formations loisirs : Les forums des associations nouveau terrain de chasse

Formations loisirs : Les forums des associations nouveau terrain de chasse

Les Experts Compétences  sont dans la danse.

À la rentrée, les villes se réveillent.

Les écoles rouvrent, les activités reprennent, les équipements municipaux se remplissent et, dans de nombreuses communes, les habitants se rendent au traditionnel forum des associations.

On y vient chercher une activité pour soi, pour ses enfants ou pour ses parents.

Sport, musique, théâtre, peinture, photographie, informatique, danse, bricolage, langues, activités culturelles…

Le principe est simple : chacun cherche quelque chose à faire pendant l’année.

Et pourtant, il y a un acteur qui est souvent absent de cette mécanique : l’organisme de formation.

C’est dommage.

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Car certains OF possèdent exactement les compétences qui peuvent être transformées en activités de loisirs structurées.

  • Un atelier informatique pour les seniors.
  • Un atelier « découvrir l’intelligence artificielle » pour le grand public.
  • Un atelier cybersécurité pour les adolescents.
  • Une initiation au réseau informatique.
  • Un atelier création numérique.
  • Un FabLab.
  • De la photographie ou de la vidéo.
  • De la programmation pour les jeunes.
  • Du dessin, de l’aquarelle ou des techniques artistiques.

Autrement dit : des compétences professionnelles qui peuvent devenir des activités de loisirs.

Nous avions déjà expliqué dans deux précédents articles pourquoi les formations loisirs pouvaient constituer un marché à part entière et pourquoi certains OF auraient intérêt à s’y positionner.

Mais la rentrée apporte quelque chose de nouveau.

Le marché est maintenant devant eux.

Il suffit parfois d’aller le chercher.

Formations loisirs : Les forums des associations nouveau terrain de chasse

Le forum des associations : un marché local déjà constitué

Il y a quelque chose d’assez extraordinaire dans le forum des associations.

La collectivité a déjà fait une partie du travail commercial.

  • Elle a communiqué.
  • Elle a installé les stands.
  • Elle a mobilisé les associations.
  • Elle a attiré les habitants.
  • Elle a créé un rendez-vous identifié.

Et surtout, elle a réuni physiquement des personnes qui sont déjà dans une logique de recherche.

Elles ne viennent pas nécessairement avec une idée précise.

  • Elles viennent regarder.
  • Elles discutent.
  • Elles comparent.
  • Elles prennent des renseignements.
  • Elles cherchent une activité pour elles-mêmes ou pour leurs proches.

C’est exactement le moment où une nouvelle proposition peut trouver sa place.

Le problème est que l’OF raisonne souvent avec ses catégories habituelles :

formation professionnelle / financement / CPF / OPCO / entreprise / salarié / demandeur d’emploi.

Le visiteur du forum raisonne complètement autrement :

« Qu’est-ce que je pourrais apprendre cette année ? »

Et cette différence est fondamentale.

Le premier raisonnement est celui du fournisseur de formation.

Le second est celui du consommateur de loisirs.

Pour pénétrer ce marché, l’OF doit donc apprendre à changer de langage.


 

Une formation professionnelle peut devenir un atelier de loisirs

Prenons un exemple très simple.

Un organisme de formation possède une excellente compétence en informatique.

Son catalogue contient :

  • administration réseau ;
  • systèmes Windows et Linux ;
  • cybersécurité ;
  • bureautique ;
  • cloud ;
  • intelligence artificielle ;
  • maintenance informatique.

Traditionnellement, il cherche des entreprises ou des salariés.

Mais une partie de ce savoir-faire peut être transformée.

Pour les seniors

« Mon ordinateur sans stress »

Un cycle de 6 séances pour apprendre à :

  • organiser ses fichiers ;
  • utiliser une messagerie ;
  • sauvegarder ses photos ;
  • faire ses démarches en ligne ;
  • reconnaître les arnaques ;
  • utiliser son smartphone ;
  • protéger ses comptes.

On n’est plus dans une formation professionnelle.

On est dans l’autonomie numérique.

Et ce besoin est loin d’être marginal.

L’ANCT rappelle que près de 16 millions de personnes en France sont éloignées du numérique et souligne que cet éloignement ne relève pas simplement de l’âge mais également du niveau de compétences et des conditions de vie.

 

Pour les retraités curieux

« Découvrez l’intelligence artificielle »

Pas un cours de programmation.

Pas un cours destiné aux ingénieurs.

Mais six séances pour comprendre :

  • ce qu’est réellement l’IA ;
  • ChatGPT et les autres assistants ;
  • comment poser une bonne question à une IA ;
  • créer une image ;
  • préparer un voyage ;
  • écrire un courrier ;
  • rechercher une information ;
  • identifier les limites et les risques.

L’ANCT référence d’ailleurs des ressources consacrées à des ateliers de type « Café IA », conçus autour d’une découverte conviviale de l’intelligence artificielle.

 

Pour les adolescents

« Les coulisses d’Internet »

Un atelier où l’on découvre :

  • comment fonctionne Internet ;
  • ce qu’est une adresse IP ;
  • comment fonctionnent les réseaux ;
  • pourquoi un site Internet répond ;
  • ce qu’est un serveur ;
  • comment fonctionne le Wi-Fi ;
  • comment se protéger contre les principales attaques.

Et pourquoi pas ensuite :

« Initiation à la cybersécurité »

Le même savoir-faire professionnel.

Mais un autre public.

Une autre pédagogie.

Une autre promesse.


 

Et certains OF peuvent aller beaucoup plus loin : le FabLab

C’est probablement l’une des pistes les plus intéressantes pour les OF qui disposent déjà de compétences techniques.

Un organisme possédant des compétences en :

  • fabrication numérique ;
  • impression 3D ;
  • électronique ;
  • Arduino ;
  • robotique ;
  • conception assistée par ordinateur ;
  • découpe laser ;
  • programmation ;

peut parfaitement imaginer une activité de type FabLab pédagogique.

Pour les enfants :

« Construis ton premier robot »

Pour les adolescents :

« Crée ton objet connecté »

Pour les adultes :

« Découvre l’impression 3D »

Pour les retraités :

« Fabrique et répare autrement »

Pour les familles :

« Un samedi pour fabriquer ensemble »

Ce ne sont plus nécessairement des formations au sens traditionnel.

Ce sont des expériences d’apprentissage.

Et c’est justement ce que le marché des loisirs recherche.


 

Le changement essentiel : ne pas vendre une formation

C’est probablement le point le plus important pour un OF.

Sur un marché professionnel, on peut vendre :

« Formation Excel perfectionnement – 14 heures »

Sur un marché loisirs, cela ne fonctionne pas de la même manière.

Le public n’achète pas des heures de formation.

  • Il achète une expérience.
  • Il achète une progression.
  • Il achète une curiosité satisfaite.
  • Il achète parfois un moment social.
  • Il achète aussi la promesse de devenir plus autonome.

Comparez :

« Formation à la cybersécurité – 21 heures »

avec :

« Apprenez à protéger votre famille contre les arnaques et les piratages »

Ce n’est pas la même proposition.

Pourtant, le contenu technique peut être largement identique.

C’est donc moins une transformation des compétences qu’une transformation de l’offre.


 

Le forum des associations devient alors un laboratoire commercial

L’OF n’a pas nécessairement besoin de louer immédiatement une salle, d’embaucher un commercial et de lancer une campagne nationale.

Il peut commencer beaucoup plus simplement.

Il peut aller voir une mairie.

  • Ou une association locale.
  • Ou une maison de quartier.
  • Ou un centre social.
  • Ou une médiathèque.
  • Ou un centre socioculturel.

Et proposer :

« Nous sommes un organisme de formation spécialisé dans le numérique. Nous souhaiterions proposer quelques ateliers découverte aux habitants de la commune. »

La proposition peut être extrêmement légère.

  • Une démonstration de 30 minutes.
  • Un atelier gratuit.
  • Une présentation de l’intelligence artificielle.
  • Une initiation à la cybersécurité.
  • Une découverte de l’impression 3D.
  • Un atelier « smartphone pour les seniors ».
  • Une animation pour les adolescents.

Le premier objectif n’est même pas de vendre.

Le premier objectif est de mesurer l’intérêt.

  • Combien de personnes s’arrêtent ?
  • Combien laissent leur adresse email ?
  • Combien demandent une date ?
  • Combien acceptent de participer à un atelier découverte ?
  • Combien sont prêtes à payer pour un cycle de six séances ?

À partir de là, l’OF possède enfin des données commerciales.


 

Et c’est là que l’exemple de coursdessin.org devient intéressant

Le cas de Lezar-tistiques, développé autour de coursdessin.org, illustre précisément cette logique.

Le site ne se contente pas de présenter une activité artistique.

Il construit progressivement un véritable univers autour de la pratique : articles, contenus pédagogiques, présentation des techniques, découverte des artistes, propositions d’activités et pages ouvertes aux visiteurs. Les contenus récents autour du carnet de voyage, de l’aquarelle ou du portrait montrent cette volonté de faire entrer le visiteur dans l’univers de la pratique avant même de lui proposer une inscription.

C’est particulièrement intéressant pour un OF.

Car le site devient alors beaucoup plus qu’un catalogue.

Il devient un outil de conversion.

Quelqu’un découvre un article.

  • Il s’intéresse au sujet.
  • Il regarde une activité.
  • Il découvre une proposition.
  • Il reçoit éventuellement une information par email.

Puis il revient.

Et lorsqu’une inscription est proposée, il ne découvre plus une formation sortie de nulle part.

Il connaît déjà l’univers.

C’est exactement la logique que nous avons mise en œuvre avec Lezar-tistiques : le contenu prépare la vente.

Et l’emailing peut ensuite prolonger cette relation.


 

L’OF peut reproduire cette mécanique avec n’importe quelle compétence

Prenons un organisme spécialisé en informatique.

Il pourrait créer une rubrique :

« Les ateliers numériques de proximité »

Avec des contenus tels que :

  • Comment protéger son compte Google ?
  • Comment reconnaître un faux SMS bancaire ?
  • Faut-il avoir peur de ChatGPT ?
  • Comment sauvegarder les photos de son smartphone ?
  • Qu’est-ce qu’un VPN ?
  • Comment fonctionne une box Internet ?
  • Peut-on vraiment pirater un téléphone ?
  • Comment créer une image avec l’IA ?

Chaque article répond à une question.

Chaque article attire un public.

Et chaque article peut renvoyer vers :

« Atelier découverte : venez apprendre avec nous. »

On obtient alors une boucle extrêmement intéressante :

contenu → intérêt → atelier découverte → inscription → fidélisation → nouvel atelier.


 

Les forums donnent même une occasion de construire une base de prospects locale

C’est ici que le raisonnement devient véritablement commercial.

Supposons qu’un OF participe à trois forums associatifs.

Il présente trois ateliers :

IA pour tous

Sécurité numérique pour les seniors

Découverte de la programmation pour les jeunes

Il récupère 150 contacts.

Tout le monde ne s’inscrira pas.

Ce n’est pas grave.

L’OF peut ensuite construire une relation :

  • newsletter locale ;
  • calendrier des prochains ateliers ;
  • invitation à une séance découverte ;
  • mini-guide gratuit ;
  • vidéos pédagogiques ;
  • nouvelles activités ;
  • ateliers pendant les vacances scolaires.

Au bout de quelques mois, l’OF ne possède plus seulement un fichier de prospects.

Il possède une communauté locale intéressée par l’apprentissage.

Et cette communauté peut être beaucoup plus rentable à long terme qu’une succession de prospects CPF acquis au hasard.


 

Les seniors sont un marché particulièrement intéressant

Il faut cependant éviter une erreur.

Parler des « seniors » comme d’un public homogène serait une erreur commerciale.

Entre une personne de 60 ans qui travaille encore, un retraité de 68 ans passionné de technologie et une personne de 82 ans qui rencontre des difficultés avec les démarches numériques, les attentes sont très différentes.

L’ANCT insiste justement sur cette diversité et sur la nécessité d’adapter les accompagnements aux situations et aux besoins.

Il faut donc segmenter.

Niveau 1 : « Je veux me débrouiller »

Smartphone, ordinateur, photos, démarches, sécurité.

Niveau 2 : « Je veux comprendre »

Internet, IA, réseaux, cybersécurité.

Niveau 3 : « Je veux créer »

Photo, vidéo, dessin numérique, IA créative, impression 3D.

Niveau 4 : « Je veux transmettre »

Ateliers intergénérationnels, accompagnement d’autres personnes, projets associatifs.

Ce découpage permet de créer une véritable gamme.


Et pourquoi ne pas créer des ateliers intergénérationnels ?

C’est probablement l’une des idées les plus intéressantes à tester.

Un atelier :

« Grands-parents & petits-enfants : découvrez l’IA ensemble »

Ou :

« Fabriquez votre premier objet connecté en famille »

Ou :

« Apprenez à faire vos photos de famille et à les sauvegarder »

On ne vend plus simplement une compétence.

On crée un moment partagé.

Cette dimension intergénérationnelle est d’ailleurs cohérente avec les expérimentations citées dans les ressources consacrées à l’inclusion numérique des seniors, qui évoquent explicitement l’intérêt d’événements réunissant seniors et jeunes.

Pour un OF, c’est une manière intelligente de sortir du modèle « une personne = une formation ».

On peut vendre à une famille.


 

Attention cependant : ne pas confondre formation loisirs et inclusion numérique

Il y a une nuance importante.

Tous les ateliers numériques ne sont pas nécessairement des produits commerciaux.

Certains répondent à une mission d’inclusion numérique, parfois portée ou financée dans un cadre public ou associatif.

L’ANCT recense aujourd’hui des milliers de lieux d’inclusion numérique : médiathèques, centres sociaux, tiers-lieux, France Services, associations et autres structures locales.

Pour l’OF, cela signifie deux choses.

Premièrement : il existe un écosystème local considérable avec lequel travailler.

Deuxièmement : il faut identifier le bon modèle économique.

L’OF peut être :

  • prestataire d’une collectivité ;
  • partenaire d’une association ;
  • intervenant ponctuel ;
  • organisateur d’ateliers payants ;
  • concepteur d’un cycle d’activités ;
  • prestataire d’une structure sociale ;
  • ou vendeur direct auprès du grand public.

Les modèles ne sont pas les mêmes.

Il ne faut surtout pas tout mélanger.


 

Le véritable enjeu : créer une offre « loisirs » avec une logique d’OF

C’est là que l’organisme de formation possède un avantage sur une association classique.

L’OF sait normalement :

  • construire un programme ;
  • définir des objectifs ;
  • organiser des séances ;
  • créer des supports ;
  • évaluer un niveau ;
  • gérer les inscriptions ;
  • organiser des groupes ;
  • professionnaliser l’intervention ;
  • mesurer la satisfaction.

Il possède donc déjà une grande partie de la mécanique.

Ce qu’il doit apprendre, c’est à déprofessionnaliser le langage commercial.

Le grand public ne veut pas forcément entendre parler de :

« objectifs pédagogiques ».

Il veut savoir :

« Qu’est-ce que je vais savoir faire après ? »

Il ne veut pas nécessairement connaître la durée pédagogique.

Il veut savoir :

« Combien de temps dois-je venir ? »

Il ne demande pas forcément quelle certification est délivrée.

Il demande :

« Est-ce que je vais réussir ? »

C’est cette simplicité qui peut faire toute la différence.


 

Une méthode très simple pour tester le marché dès septembre

Voici une stratégie que nous conseillerions à un OF qui souhaite tester ce marché sans prendre de risque majeur.

Étape 1 — Choisir une compétence

Pas dix.

Une seule.

IA, informatique, photo, cybersécurité, FabLab, dessin…

Étape 2 — Choisir un public

Seniors ?

Jeunes ?

Parents ?

Familles ?

Débutants ?

Étape 3 — Créer une offre découverte

Une séance.

Gratuite ou à petit prix.

Étape 4 — Identifier les forums et événements locaux

Mairies, associations, médiathèques, centres sociaux, maisons de quartier, établissements culturels.

Étape 5 — Proposer une animation

Pas seulement un stand.

Une expérience.

Étape 6 — Collecter les contacts

Avec un cadre clair et conforme aux règles applicables.

Étape 7 — Envoyer une séquence email

Par exemple :

J+1 : merci pour votre visite.

J+4 : un conseil pratique.

J+8 : présentation de l’atelier.

J+15 : ouverture des inscriptions.

J+25 : dernière session disponible.

Étape 8 — Mesurer

Nombre de contacts.

Nombre de participants.

Taux de transformation.

Prix moyen.

Taux de remplissage.

Taux de retour.

Et surtout :

quels ateliers les gens demandent spontanément ?

Voilà la véritable étude de marché.


 

L’erreur serait de croire qu’il faut devenir une association

Non.

Un organisme de formation qui investit le marché des loisirs n’a pas besoin de renoncer à son identité.

Il doit simplement créer une deuxième ligne d’activité.

Son activité professionnelle reste là.

Mais à côté, il peut développer :

les ateliers grand public.

Cette diversification présente un avantage considérable.

Le marché professionnel dépend souvent de décisions budgétaires, de dispositifs de financement, de politiques publiques ou de cycles économiques.

Le marché loisirs repose davantage sur une décision individuelle :

« Cela m’intéresse. Je m’inscris. »

Cela ne signifie évidemment pas que le marché loisirs est automatiquement rentable.

Une salle vide reste une salle vide.

Un formateur coûte toujours de l’argent.

La communication a un coût.

La gestion des petits groupes peut être complexe.

Mais le modèle peut être intéressant si l’OF construit des formats suffisamment simples, récurrents et mutualisables.


 

Et si le forum des associations devenait le « salon professionnel » du grand public ?

C’est finalement notre proposition.

Les OF savent très bien aller sur les salons professionnels.

  • Ils savent rencontrer des DRH.
  • Ils savent prospecter les entreprises.
  • Ils savent répondre aux appels d’offres.
  • Ils savent préparer des argumentaires.

Mais ils ont beaucoup plus rarement le réflexe d’aller là où se trouve le grand public.

Or, à la rentrée, les forums associatifs sont précisément ces endroits-là.

Des milliers de personnes viennent y chercher une activité.

Pourquoi un organisme de formation spécialisé dans l’informatique ne pourrait-il pas y présenter :

« Venez découvrir l’intelligence artificielle en 45 minutes » ?

Pourquoi un OF spécialisé dans les réseaux ne pourrait-il pas proposer :

« Comment fonctionne Internet ? »

Pourquoi un organisme équipé pour la cybersécurité ne proposerait-il pas :

« Les 10 erreurs qui mettent votre famille en danger sur Internet » ?

Pourquoi un OF disposant d’un FabLab ne proposerait-il pas :

« Venez fabriquer votre premier objet en 3D » ?

Et pourquoi un organisme spécialisé dans les métiers créatifs ne pourrait-il pas proposer des ateliers artistiques ?

Le marché est déjà là.

Il faut simplement changer de regard.


 

Le cas Lezar-tistiques : une stratégie qui montre la voie

 

L’intérêt de l’expérience de Lezar-tistiques sur coursdessin.org est précisément de montrer qu’une activité de loisirs peut être structurée comme une véritable activité commerciale et éditoriale.

Le site fait vivre la pratique artistique par les contenus : histoire de l’art, techniques, artistes, conseils, carnets de voyage, aquarelle, portrait…

Les pages consacrées aux activités ne sont donc pas isolées du reste du site.

Elles s’inscrivent dans un univers.

Et l’emailing vient ensuite prolonger cette relation avec le public.

C’est une mécanique que beaucoup d’OF pourraient reproduire.

  • Un OF informatique pourrait publier chaque semaine un conseil.
  • Un OF cybersécurité pourrait publier une alerte pratique.
  • Un OF IA pourrait expliquer une nouvelle utilisation.
  • Un OF FabLab pourrait montrer une réalisation.
  • Un OF artistique pourrait raconter une technique.

Puis, à chaque fois :

« Si vous voulez aller plus loin, venez participer à notre atelier. »

Le contenu attire.

L’atelier transforme.

L’email fidélise.

Le forum fait connaître.

La communauté revient.

Voilà une véritable stratégie de développement.


 

Conclusion : en septembre, il faut sortir du catalogue

Nous avons déjà expliqué pourquoi les formations loisirs pouvaient devenir un marché intéressant pour certains organismes de formation.

La rentrée nous donne maintenant une occasion très concrète de passer de la théorie à l’action.

Les forums des associations ne sont pas seulement des événements municipaux sympathiques où l’on vient choisir une activité sportive ou culturelle.

Ils sont aussi des points de rencontre avec un public local qui cherche à apprendre, pratiquer, découvrir et rencontrer d’autres personnes.

Pour un OF, c’est une opportunité.

Pas nécessairement pour vendre immédiatement une formation de 35 heures.

  • Mais pour tester une idée.
  • Faire découvrir une compétence.
  • Constituer une communauté.
  • Créer une base de contacts.
  • Identifier une demande.
  • Puis construire une offre.

Et parfois, une activité professionnelle apparemment très éloignée du loisir peut devenir une excellente activité grand public.

L’informatique peut devenir un atelier.

  • L’IA peut devenir un atelier.
  • La cybersécurité peut devenir un atelier.
  • Le réseau peut devenir un atelier.
  • Le FabLab peut devenir une activité.
  • La création numérique peut devenir une activité.
  • Le dessin peut devenir une activité.
  • La photographie peut devenir une activité.

La question n’est donc plus vraiment :

« Est-ce qu’un organisme de formation doit faire des formations loisirs ? »

La vraie question est :

« Quelles compétences de notre organisme pourraient devenir des activités que les habitants de notre territoire auraient envie de pratiquer cette année ? »

Et pour trouver la réponse, il n’est peut-être pas nécessaire de commander une nouvelle étude de marché.

Il suffit parfois d’aller au prochain forum des associations.


 

À retenir

1. Les forums des associations constituent un point de contact privilégié avec le public local à la rentrée.

2. Un OF peut transformer certaines de ses compétences professionnelles en ateliers grand public.

3. L’IA, l’informatique, la cybersécurité, les réseaux, la fabrication numérique et les FabLabs offrent de nombreuses possibilités.

4. Les seniors constituent un public important, mais ils doivent être segmentés selon leurs besoins et leurs niveaux.

5. Les collectivités, associations, médiathèques et centres sociaux peuvent devenir des partenaires ou des prescripteurs.

6. Le contenu éditorial et l’emailing permettent de prolonger la relation créée lors d’un événement local.

7. L’expérience de Lezar-tistiques montre comment une activité de loisirs peut être structurée autour de contenus, d’offres et d’une relation régulière avec le public.

8. Le premier objectif n’est pas forcément de vendre : c’est de mesurer la demande.

9. Un OF peut développer les formations loisirs comme une activité complémentaire sans abandonner son marché professionnel.

10. La rentrée 2026 est un moment particulièrement propice pour tester rapidement ce modèle.

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SOURCES

  • Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), données et ressources sur l’inclusion numérique et les lieux d’accompagnement en France.
  • ANCT, données nationales sur les médiateurs numériques et les ateliers collectifs.
  • ANCT, ressources consacrées aux projets d’inclusion numérique et aux ateliers « Café IA ».
  • ANCT, ressources consacrées à l’accompagnement et à l’inclusion numérique des seniors.
  • Coursdessin.org / Lezar-tistiques, contenus éditoriaux et présentation des pratiques artistiques et ateliers.
  •  

Mini FAQ : Formations loisirs : Les forums des associations nouveau terrain de chasse

Un organisme de formation peut-il proposer des activités de loisirs ?

Oui, un OF peut développer une activité destinée au grand public. Il faut toutefois distinguer juridiquement et commercialement les activités de loisirs des actions de formation professionnelle financées par des dispositifs comme le CPF ou les OPCO.

Quels ateliers loisirs peut proposer un OF ?

Cela dépend de ses compétences. Informatique, IA, cybersécurité, programmation, réseau, photographie, vidéo, création numérique, impression 3D, FabLab, dessin ou encore peinture peuvent être transformés en ateliers accessibles au grand public.

Les seniors constituent-ils un bon public ?

Oui, mais il faut éviter de considérer les seniors comme un groupe homogène. Les niveaux, les besoins et les motivations sont très différents. Les ressources de l’ANCT sur l’inclusion numérique montrent l’importance d’un accompagnement adapté aux situations individuelles.

Un OF doit-il participer directement à un forum des associations ?

Pas nécessairement. Il peut également proposer une animation à une association, une médiathèque, un centre social ou une collectivité, ou nouer un partenariat avec une structure déjà présente sur le forum.

Faut-il proposer les ateliers gratuitement ?

Pas obligatoirement. Une première séance gratuite peut servir à tester le marché, mais un atelier à petit prix peut également être un excellent outil pour mesurer la véritable intention d’achat.

Pourquoi l’emailing est-il important ?

Parce que la décision d’inscription n’est pas toujours immédiate. L’email permet de maintenir le contact après une rencontre, de présenter les prochaines dates et de transformer progressivement un simple intérêt en inscription.

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OF : France travail le retour ?

OF : France travail le retour ?

Alors que le CPF se contracte et que les financements deviennent plus sélectifs,    Les Experts Compétences  pensent que  les organismes de formation ont intérêt à regarder de nouveau du côté de France Travail. Mais pas seulement comme un financeur : comme un révélateur des besoins réels du marché de l’emploi.

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  8. Le CPF n’est pas la seule source de financement par les particuliers 

Pendant plusieurs années, beaucoup d’organismes de formation ont construit leur développement autour d’une logique relativement simple : créer une offre, la référencer, attirer des bénéficiaires et rechercher ensuite le financement permettant de concrétiser l’inscription.

Cette logique fonctionne lorsque la demande est suffisamment abondante.

Elle devient beaucoup plus fragile lorsque les financements individuels se resserrent et que les candidats deviennent plus difficiles à convertir.

Le sujet n’est donc plus seulement de savoir comment financer une formation.

Il faut désormais se demander :

qui a réellement besoin des compétences que cette formation permet d’acquérir ?

C’est précisément sur ce terrain que France Travail mérite de retrouver une place stratégique dans la réflexion des organismes de formation.

Non pas parce que France Travail serait devenu un nouveau « guichet magique » permettant de remplacer le CPF.

Mais parce que ses dispositifs sont directement articulés autour d’une logique qui intéresse tout particulièrement les OF :

les besoins du marché du travail et le retour à l’emploi.

OF : France travail le retour ?

Le CPF ralentit : il devient dangereux de dépendre d’un seul marché

Les organismes de formation qui ont fortement développé leur activité autour du CPF connaissent déjà le problème.

Le marché reste considérable, mais il est beaucoup plus réglementé qu’il ne l’était.

La Dares a enregistré 1,226 million de formations ayant débuté dans le cadre du CPF en 2025, soit une baisse de 11 % sur un an.

Cela ne signifie évidemment pas que le CPF disparaît.

Mais cela signifie qu’un organisme de formation qui aurait construit son modèle économique autour d’une croissance continue de ce seul marché prend désormais un risque stratégique.

Il devient nécessaire de diversifier les canaux.

Et parmi eux, France Travail mérite une attention particulière.


 

France Travail n’est pas un financeur unique

C’est probablement la première erreur à éviter.

Parler de « financement France Travail » comme s’il existait un seul mécanisme est trompeur.

France Travail mobilise plusieurs dispositifs qui répondent à des logiques différentes.

Parmi les principaux :

DispositifLogique principalePour l’OF
AFCPlaces de formation achetées par France TravailRépondre à des besoins identifiés sur un territoire
AIFFinancement individuel d’une formationRépondre à un projet individuel de retour à l’emploi
POEIFormation avant embaucheRépondre au besoin précis d’un employeur
POECFormation collective avant recrutementRépondre aux besoins d’une branche ou d’un secteur

Cette distinction est fondamentale.

Car ces quatre marchés ne se gagnent pas de la même manière.


 

1. AFC : France Travail achète des places

L’Action de Formation Conventionnée (AFC) est probablement le dispositif qui ressemble le plus à un véritable marché pour l’organisme de formation.

France Travail achète des places de formation dans le cadre de marchés publics.

L’objectif est de permettre aux demandeurs d’emploi d’acquérir les compétences nécessaires pour répondre aux besoins du marché du travail régional.

France Travail précise que les besoins sont notamment identifiés à partir :

  • des offres d’emploi non pourvues ;
  • des compétences détenues par les demandeurs d’emploi ;
  • des besoins de développement de compétences ;
  • des besoins du marché de l’emploi ;
  • et des informations transmises par d’autres financeurs.

C’est un point essentiel.

L’AFC ne part pas simplement d’une formation que l’OF souhaite vendre.

Elle part d’un besoin identifié.

Pour un organisme de formation, cela change complètement la logique commerciale.

Il ne s’agit plus seulement de demander :

« Quelle formation pouvons-nous proposer ? »

Mais :

« Quels besoins de compétences France Travail cherche-t-il à satisfaire sur notre territoire ? »


 

2. AIF : le marché individuel existe toujours

L’Aide individuelle à la formation (AIF) répond à une logique différente.

Elle peut permettre de financer tout ou partie des frais pédagogiques d’une formation lorsque les autres dispositifs de financement ne permettent pas de couvrir le projet.

France Travail précise que l’AIF peut bénéficier aux demandeurs d’emploi inscrits, indemnisés ou non.

Mais l’AIF ne constitue pas un droit automatique.

Le projet doit être cohérent avec l’objectif professionnel du demandeur d’emploi et être validé dans le cadre de son parcours avec France Travail.

Pour l’OF, la conséquence est importante.

Une formation ne devrait pas être présentée uniquement comme :

« une formation intéressante ».

Elle doit pouvoir être reliée à :

  • un métier ;
  • un besoin de compétences ;
  • un secteur ;
  • un territoire ;
  • un objectif professionnel ;
  • et, idéalement, des perspectives d’emploi.

Autrement dit :

l’OF doit vendre un résultat professionnel, pas seulement un programme pédagogique.


 

3. POEI : l’entreprise devient le point de départ

La Préparation opérationnelle à l’emploi individuelle (POEI) est encore plus intéressante du point de vue stratégique.

Pourquoi ?

Parce que le besoin part cette fois directement d’un recrutement.

Une entreprise a identifié un candidat ou un besoin de recrutement.

Le candidat possède une partie des compétences nécessaires.

Il lui manque certaines compétences.

Une formation est alors mise en place avant l’embauche.

France Travail indique que la POE permet de combler l’écart entre les compétences détenues et celles nécessaires au poste, avec une formation pouvant être réalisée par l’entreprise, un organisme de formation ou les deux.

Voilà un changement de perspective majeur pour l’OF.

Le commercial ne doit plus nécessairement commencer par :

« Nous avons ces formations à vendre. »

Il peut commencer par :

« Quels postes avez-vous du mal à pourvoir ? »

Cette question peut ouvrir une discussion commerciale beaucoup plus intéressante.


 

4. POEC : le marché devient collectif

La Préparation opérationnelle à l’emploi collective (POEC) fonctionne sur une autre logique.

Elle vise à former plusieurs demandeurs d’emploi sur des compétences identifiées par une ou plusieurs branches professionnelles.

France Travail indique que les POEC sont organisées par les OPCO et réalisées par des organismes de formation déclarés. Elles répondent notamment aux compétences recherchées par les entreprises sur un territoire.

Pour un OF, la POEC peut donc représenter une porte d’entrée vers un marché beaucoup plus large.

Mais il faut comprendre sa logique.

Une POEC ne consiste pas simplement à prendre une formation existante et à attendre que des candidats s’y inscrivent.

Le besoin doit être identifié.

Les entreprises doivent avoir besoin des compétences.

Le secteur doit présenter des perspectives de recrutement.

Et l’OF doit être capable de démontrer sa capacité à préparer les bénéficiaires à ces emplois.


 

Le véritable changement : passer du catalogue au besoin de recrutement

C’est probablement l’enseignement le plus important.

Un organisme de formation traditionnel raisonne souvent ainsi :

Formation → catalogue → communication → prospect → financement → inscription

Le marché lié à France Travail invite à raisonner autrement :

Besoin de recrutement → compétences manquantes → dispositif → formation → candidat → emploi

Ce n’est pas simplement une différence de vocabulaire.

C’est un changement de modèle commercial.


 

Pourquoi certains OF passent à côté de ce marché

Parce qu’ils cherchent d’abord des financements.

Alors qu’il faudrait parfois commencer par chercher des besoins.

Prenons un exemple.

Un OF possède une excellente formation de 140 heures dans un métier technique.

Son premier réflexe peut être de chercher :

  • si elle est éligible au CPF ;
  • si elle peut être financée par un OPCO ;
  • si elle peut être proposée aux particuliers ;
  • comment la référencer ;
  • comment acheter du trafic.

Mais une autre stratégie consiste à aller voir les entreprises du territoire.

Et à leur demander :

« Quels postes n’arrivez-vous pas à pourvoir ? »

Si dix entreprises répondent qu’elles recherchent le même profil, l’OF vient peut-être de découvrir un véritable marché.

La formation devient alors la réponse au besoin.


 

Le commercial d’un OF doit-il changer de métier ?

Pas complètement.

Mais il doit probablement changer de questions.

Un commercial traditionnel demande :

« Avez-vous des besoins de formation ? »

Un commercial plus stratégique peut demander :

« Quels métiers avez-vous du mal à recruter ? »

Puis :

« Quelles compétences manquent aux candidats ? »

Puis :

« Combien de personnes devez-vous recruter ? »

Puis :

« Sur quel territoire ? »

Puis :

« Dans quels délais ? »

À partir de là, l’organisme de formation peut commencer à construire une réponse.

Et cette réponse peut mobiliser plusieurs dispositifs.


 

AFC, AIF, POEI, POEC : quatre marchés, quatre stratégies

Il est donc utile pour un dirigeant d’OF de distinguer les logiques.

AFC : vendre une capacité de réponse territoriale

L’OF doit être capable de démontrer qu’il sait répondre à un besoin identifié et qu’il maîtrise les exigences d’un marché public.

AIF : démontrer l’utilité professionnelle

Le projet individuel doit être cohérent avec un objectif de retour à l’emploi et avec le marché du travail.

POEI : travailler avec l’entreprise

Le besoin est directement lié à un recrutement.

L’entreprise devient donc un interlocuteur commercial central.

POEC : travailler avec les branches et les entreprises

Le besoin est collectif.

L’OF doit pouvoir démontrer sa capacité à construire une réponse adaptée à un secteur professionnel.


 

Et le financement n’est pas le seul enjeu

Il serait pourtant réducteur de considérer France Travail uniquement comme une source de chiffre d’affaires.

Il existe un autre intérêt stratégique.

France Travail constitue également une source d’information sur le marché du travail.

Les dispositifs sont construits autour de besoins d’emploi et de compétences.

Pour un organisme de formation, ces informations peuvent permettre d’identifier :

  • les métiers en tension ;
  • les besoins territoriaux ;
  • les secteurs qui recrutent ;
  • les compétences recherchées ;
  • les publics susceptibles d’être formés ;
  • les entreprises rencontrant des difficultés de recrutement.

Autrement dit, le dirigeant d’OF peut utiliser ces informations pour décider où investir pédagogiquement.


 

Une stratégie France Travail en 6 étapes

Pour un organisme de formation qui souhaite réellement développer ce marché, nous conseillerions une méthode simple.

Étape 1 — Cartographier son territoire

Identifier les principaux secteurs économiques locaux.

Ne pas partir du catalogue.

Partir du territoire.

Étape 2 — Identifier les métiers recherchés

Quels sont les métiers pour lesquels les entreprises recrutent ?

Quels sont ceux pour lesquels elles rencontrent des difficultés ?

Étape 3 — Comparer avec son catalogue

Une fois ces besoins identifiés :

quelles formations possédons-nous déjà ?

Puis :

quelles formations devons-nous adapter ?

Et enfin :

quelles formations nous manquent ?

Étape 4 — Identifier le bon dispositif

Le besoin correspond-il plutôt à :

  • une AFC ;
  • une AIF ;
  • une POEI ;
  • une POEC ;
  • ou éventuellement un autre dispositif régional ou sectoriel ?

France Travail rappelle d’ailleurs que plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés selon le projet et le profil du bénéficiaire.

Étape 5 — Aller voir les entreprises

C’est probablement l’étape la plus souvent oubliée.

L’OF doit rencontrer les entreprises susceptibles de recruter.

Pas pour leur vendre immédiatement une formation.

Pour comprendre leur besoin.

Étape 6 — Construire une offre de compétences

Le catalogue arrive ensuite.

La formation devient la solution au problème identifié.


 

Attention : France Travail ne remplacera pas le CPF

Il faut être clair.

Il ne s’agit pas de remplacer une dépendance au CPF par une dépendance à France Travail.

Ce serait reproduire exactement le même problème.

Un organisme de formation résilient doit progressivement diversifier ses sources de revenus :

entreprises + OPCO + France Travail + financements régionaux + particuliers + autres dispositifs selon son activité.

La diversification n’est pas seulement financière.

Elle est également commerciale.

Plus l’OF dépend d’un seul canal, plus il devient vulnérable à une modification réglementaire ou budgétaire.


 

Un indicateur simple pour les dirigeants d’OF

Voici une question que nous recommandons aux directions d’organismes de formation :

« Si demain mon principal financeur réduisait son budget de 20 %, combien de mon chiffre d’affaires resterait immédiatement sécurisable ? »

La réponse est souvent plus instructive qu’un long tableau de chiffre d’affaires.

Un OF qui dépend très fortement d’un seul dispositif possède une croissance potentiellement fragile.

Un OF qui dispose de plusieurs marchés, de clients entreprises récurrents et de formations directement reliées aux besoins de recrutement possède une structure beaucoup plus résistante.


France Travail pourrait donc redevenir stratégique… mais autrement

Il serait faux de présenter France Travail comme le nouveau moteur automatique de la formation professionnelle.

Ce n’est pas le sujet.

L’intérêt est ailleurs.

Alors que le marché oblige les organismes de formation à devenir plus sélectifs, les dispositifs de France Travail rappellent une règle fondamentale :

une formation a d’autant plus de valeur économique qu’elle répond à un besoin réel de compétences.

AFC, AIF, POEI et POEC ne fonctionnent pas exactement de la même manière.

Mais ils ont un point commun :

la relation entre formation et emploi.

C’est précisément cette relation que les organismes de formation vont devoir mieux intégrer dans leur stratégie.

Le directeur d’OF qui attend simplement le prochain candidat devant son catalogue risque de subir le marché.

Celui qui identifie les entreprises qui recrutent, les métiers qui évoluent, les compétences qui manquent et les dispositifs susceptibles de financer la réponse dispose d’une autre carte à jouer.

La question n’est donc plus seulement :

« Comment vendre davantage de formations ? »

Elle devient :

« Quels besoins de compétences pouvons-nous résoudre avant même que le client nous demande une formation ? »

C’est peut-être là que se trouve une partie de la stratégie des OF pour 2026-2027.

 

À retenir

Le marché France Travail ne doit pas être considéré comme un simple nouveau guichet de financement.

Pour les organismes de formation, il peut devenir un véritable outil de stratégie commerciale et pédagogique :

besoin de recrutement → compétence manquante → dispositif → formation → emploi.

Les OF qui sauront se positionner en amont de cette chaîne pourront vendre non seulement des formations, mais surtout des solutions à des problèmes de recrutement.

Et dans un marché plus contraint, cette différence peut devenir déterminante.

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SOURCES

  • France Travail — L’Action de Formation Conventionnée (AFC).
  • France Travail — L’Aide individuelle à la formation (AIF).
  • France Travail — La Préparation opérationnelle à l’emploi individuelle (POEI).
  • France Travail — La Préparation opérationnelle à l’emploi collective (POEC).
  • France Travail — Financer ma formation : les différents dispositifs.
  • France Travail — POEI : une formation sur mesure avant embauche.
  •  

Mini FAQ : OF : France travail le retour ?

France Travail finance-t-il directement toutes les formations proposées par les OF ?

Non. Les modalités dépendent du dispositif. L’AIF relève d’une décision individuelle liée au projet du demandeur d’emploi, tandis que l’AFC correspond à des places achetées par France Travail dans le cadre de marchés publics.

Quelle différence entre POEI et POEC ?

La POEI répond à un besoin individuel lié à un recrutement précis. La POEC répond à un besoin collectif de compétences identifié notamment par une ou plusieurs branches professionnelles.

Une formation doit-elle être certifiante pour bénéficier d’un financement France Travail ?

Pas nécessairement. Les formations AFC peuvent notamment être certifiantes, qualifiantes, préqualifiantes, professionnalisantes ou constituer des remises à niveau, selon les besoins identifiés.

Une entreprise peut-elle être à l’origine d’une POEI ?

Oui. La POEI est précisément conçue pour préparer un candidat aux compétences nécessaires à un poste proposé par un employeur.

Un OF doit-il abandonner le CPF pour développer France Travail ?

Non. L’objectif doit être la diversification des marchés et des financeurs, pas le remplacement d’une dépendance par une autre.

Pourquoi France Travail est-il intéressant pour la stratégie d’un OF ?

Parce que ses dispositifs sont fortement articulés autour des besoins de compétences et de retour à l’emploi. Ils peuvent donc fournir à l’OF des informations précieuses pour orienter son catalogue et son développement commercial.

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