Les Experts Compétences s’interrogent
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Le CPF va-t-il redevenir un DIF déguisé ?
Un changement de philosophie plus qu’une simple réforme
Depuis plusieurs jours, une phrase prononcée par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, fait réagir l’ensemble des acteurs de la formation professionnelle :
« Le P du CPF doit redevenir le P de Professionnel. »
Derrière cette formule se cache une évolution majeure.
L’idée évoquée consiste à instaurer une vérification préalable de la cohérence professionnelle avant qu’un titulaire puisse mobiliser son Compte Personnel de Formation. Selon les situations, cette vérification pourrait associer l’employeur ou d’autres acteurs de l’accompagnement professionnel.
Pour certains, il s’agit d’une simple régulation.
Pour d’autres, c’est un changement de paradigme.
Le CPF était justement né pour rompre avec le DIF
Il est utile de se souvenir de l’histoire.
Avant 2015 existait le Droit Individuel à la Formation (DIF).
Le salarié disposait de droits à la formation, mais leur mobilisation dépendait largement de l’accord de l’employeur.
La création du CPF poursuivait un objectif clair :
donner au salarié une autonomie dans la construction de son parcours professionnel, indépendamment des choix immédiats de son entreprise.
La monétisation du CPF en 2019 a renforcé cette logique en permettant une inscription directe via l’application Mon Compte Formation.
Pourquoi le gouvernement souhaite-t-il changer les règles ?
Le contexte budgétaire explique largement cette évolution.
Le CPF représente une dépense publique considérable.
Parallèlement, les pouvoirs publics ont dû faire face :
- aux fraudes massives ;
- aux démarchages abusifs ;
- à certaines formations de faible qualité ;
- à une utilisation parfois éloignée des besoins des entreprises.
Le gouvernement souhaite désormais recentrer les financements sur les compétences jugées utiles à l’emploi et limiter les dépenses.
Sur ce point, l’objectif est compréhensible.
Mais la méthode soulève plusieurs interrogations.
Le risque d’un retour en arrière
Si chaque projet de formation doit désormais être validé avant son financement, une question apparaît immédiatement :
Qui décidera qu’une formation est « professionnellement cohérente » ?
L’employeur ?
Le conseiller en évolution professionnelle ?
L’OPCO ?
France Travail ?
Une administration ?
Le risque est évident.
Plus les niveaux de validation se multiplient, plus les délais augmentent.
Et plus la liberté individuelle diminue.
Toutes les reconversions commencent par une idée
Prenons un exemple.
Un technicien souhaite devenir développeur informatique.
Son employeur estime que cette formation ne présente aucun intérêt pour l’entreprise.
Devra-t-il renoncer ?
Autre situation.
Une assistante administrative souhaite créer son activité.
Aujourd’hui, le CPF lui permet parfois de préparer cette transition.
Demain, qui décidera de la pertinence de son projet ?
La question dépasse largement le financement.
Elle touche à la liberté de construire son avenir professionnel.
Les organismes de formation devront s’adapter
Si cette réforme se confirme, les OF devront probablement revoir leurs pratiques commerciales.
Il ne suffira plus de convaincre un futur stagiaire.
Il faudra démontrer :
- l’utilité économique de la formation ;
- son lien avec un projet professionnel ;
- son impact sur l’emploi ;
- les compétences réellement développées.
Les dossiers de justification deviendront probablement plus importants.
Les délais pourraient s’allonger.
Le rôle du conseil prendra davantage de poids.
Un changement profond du marché
Depuis plusieurs années, le CPF fonctionnait selon une logique relativement simple.
Le titulaire choisissait.
Le financeur payait.
Demain, nous pourrions entrer dans une logique différente.
Le titulaire proposerait.
Un tiers apprécierait la cohérence du projet.
Le financeur déciderait ensuite.
Ce n’est plus seulement une évolution administrative.
C’est une modification profonde de la philosophie du dispositif.
Retour au DIF ?
La question mérite d’être posée.
Personne ne souhaite revenir aux lourdeurs administratives du passé.
Mais si la liberté de mobilisation disparaît progressivement au profit d’autorisations successives, nombreux seront ceux qui verront dans cette réforme un retour, au moins partiel, vers l’esprit du DIF.
Naturellement, les situations ne sont pas identiques.
Le CPF conserverait son financement individuel.
Mais son utilisation pourrait devenir beaucoup plus encadrée.
Notre analyse
Aux Experts Compétences, nous pensons qu’il existe un équilibre à trouver.
Oui, il est indispensable de lutter contre la fraude.
Oui, les financements publics doivent être mieux orientés.
Oui, les formations doivent répondre à de véritables besoins.
Mais cette régulation ne doit pas conduire à retirer aux actifs ce qui constituait précisément la principale innovation du CPF : la possibilité de devenir acteur de son propre parcours professionnel.
L’avenir dira si cette réforme parvient à préserver cet équilibre.
Donc
Pour l’instant, rien n’est définitivement arrêté.
Les annonces du ministre ouvrent un débat qui sera probablement au cœur des discussions sur le budget 2027 et l’avenir de la formation professionnelle.
Une chose est néanmoins certaine.
Les organismes de formation, les entreprises, les OPCO et les bénéficiaires devront suivre avec une très grande attention les textes qui seront publiés dans les prochains mois.
Car derrière une simple modification de procédure pourrait bien se dessiner une nouvelle conception de la formation tout au long de la vie.
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SOURCES
- Centre Inffo – Actualités du ministère du Travail : https://www.centre-inffo.fr
- Ministère du Travail – Mesures de régulation de la formation professionnelle : https://travail-emploi.gouv.fr
- Analyse des annonces de juillet 2026 sur le CPF :
Mini FAQ : Le CPF va-t-il redevenir un DIF déguisé ?
La réforme du CPF est-elle déjà adoptée ?
Non. À ce jour, il s’agit d’annonces et d’orientations politiques. Les modalités précises devront être inscrites dans des textes réglementaires ou législatifs.
Que signifie « vérification préalable » ?
L’idée évoquée consiste à vérifier qu’une formation est cohérente avec un projet professionnel avant son financement. Les modalités exactes ne sont pas encore connues.
Le CPF va-t-il disparaître ?
Non. Les annonces portent sur ses conditions d’utilisation, pas sur sa suppression.
Cette réforme concernera-t-elle les organismes de formation ?
Oui. Si elle est mise en œuvre, les OF devront probablement produire davantage d’éléments démontrant la pertinence professionnelle de leurs actions.