A quoi ressemblera un OF rentable en 2027?

Les Experts Compétences  sont inquiet pour 2027. Plafonnement du CPF, baisse des inscriptions, pression sur les prix, nouvelles règles sur les blocs de compétences, trésorerie plus tendue… Pour les organismes de formation, 2026 ressemble à une année de rupture. Pourtant, derrière les restrictions apparaissent aussi les contours d’un nouveau modèle économique. Sessions collectives, hybridation, blocs RNCP, multicertification, cofinancement entreprise : la deuxième partie du webinaire organisé par CFS+ mérite qu’on s’y arrête.

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Nous avons récemment consacré un article aux résultats particulièrement préoccupants de l’enquête présentée par le Synofdes sur la situation économique des organismes de formation.

Suppressions d’emplois, baisse d’activité, perspectives dégradées : le constat était suffisamment sévère pour que David Cluzeau évoque un « plan social à bas bruit » dans le secteur.

Mais le webinaire organisé par CFS+ ne s’arrêtait pas à ce diagnostic.

Sa seconde partie posait une question beaucoup plus intéressante pour les dirigeants d’organismes de formation :

que faire maintenant ?

Car le problème n’est peut-être plus de savoir si le modèle économique de la formation professionnelle change.

Il change.

La vraie question est désormais de savoir comment construire un organisme de formation rentable dans ce nouvel environnement.

Et plusieurs pistes évoquées pendant cette conférence méritent d’être regardées de près.

A quoi ressemblera un OF rentable en 2027?

Le CPF n’est pas mort. Mais le CPF facile est probablement terminé

Il faut commencer par éviter une erreur d’analyse.

Les restrictions successives apportées au CPF ne signifient pas nécessairement sa disparition.

Depuis février 2026, la prise en charge des formations conduisant à une certification du Répertoire spécifique est notamment plafonnée à 1 500 euros. Le ministère du Travail rappelle parallèlement que le CPF peut être complété par d’autres financeurs : employeurs, branches, OPCO, France Travail ou Régions.

Autrement dit, le CPF demeure.

Mais son rôle change.

Pendant plusieurs années, certains organismes ont pu construire une partie importante de leur activité sur une mécanique relativement simple :

une certification + une offre publiée sur Mon Compte Formation + un particulier disposant de droits = une vente.

Ce modèle devient beaucoup plus fragile.

Les chiffres présentés lors du webinaire CFS+ sont éclairants.

Selon les données issues de l’open data de la Caisse des dépôts commentées par les intervenants, le prix moyen des formations rattachées au Répertoire spécifique, longtemps situé autour de 1 600 euros, serait tombé après le plafonnement autour de 1 200 à 1 250 euros.

À l’inverse, le prix moyen des formations RNCP progresserait et franchirait désormais approximativement les 3 000 euros.

Autre phénomène observé : davantage d’organismes seraient présents sur EDOF, mais moins nombreux seraient ceux qui enregistrent réellement des stagiaires. Et ceux qui en enregistrent chercheraient à compenser la pression économique par davantage de volume.

Cela dit beaucoup de la transformation en cours.

Le problème n’est plus seulement d’être présent sur le CPF. Il faut être capable d’y construire un modèle rentable.

 

1. Revenir à une vieille règle de la formation : remplir des groupes

C’est probablement l’idée la moins spectaculaire du webinaire.

Et peut-être l’une des plus importantes.

Les intervenants rappellent ce qu’ils appellent presque une « martingale » historique de la formation professionnelle :

la session collective.

Prenons une formation de 21 heures.

Qu’un formateur intervienne devant une personne ou devant huit personnes, une grande partie du coût de production reste identique : préparation, animation, locaux éventuels, outils, administration.

La différence se situe évidemment dans le chiffre d’affaires généré.

Pendant les années d’expansion du CPF, la multiplication des parcours individuels a parfois fait oublier cette évidence économique.

Elle revient brutalement.

Le premier travail d’un OF n’est donc peut-être plus de multiplier les formations dans son catalogue.

Il consiste à se demander :

comment faire pour que le maximum de mes sessions atteignent leur seuil de rentabilité ?

Cela suppose de retrouver une compétence parfois perdue : organiser des calendriers, concentrer les inscriptions, vendre des dates plutôt qu’une disponibilité permanente et accepter éventuellement de reporter une session insuffisamment remplie.

Bref : refaire de la gestion de production.

 

2. Le RNCP et les blocs de compétences deviennent un terrain stratégique

C’est probablement l’évolution la plus intéressante évoquée pendant la conférence.

Depuis le 11 juin 2026, les organismes proposant des formations rattachées au RNCP doivent préciser dans EDOF les blocs de compétences préparés.

Et à compter du 22 octobre 2026, les offres RNCP qui n’auront pas été complétées avec ces informations ne seront plus visibles sur Mon Compte Formation.

Ce changement peut sembler purement administratif.

Il ne l’est pas.

Une certification RNCP complète peut représenter plusieurs centaines d’heures de formation. Mais chacun de ses blocs correspond à un ensemble cohérent de compétences pouvant, sous certaines conditions, faire l’objet d’une formation plus courte.

Or les formations conduisant à la validation d’un ou plusieurs blocs de compétences RNCP sont éligibles au CPF.

Pour un organisme habitué aux formations continues de quelques jours, cela ouvre une piste considérable.

Plutôt que de chercher uniquement une certification RS correspondant exactement à son programme, il peut rechercher :

  • un RNCP cohérent avec son domaine ;
  • un bloc correspondant aux compétences enseignées ;
  • un certificateur acceptant d’habiliter des partenaires sur ce bloc ;
  • puis construire une formation réellement alignée sur le référentiel de certification.

Attention toutefois : un bloc RNCP n’est pas un nouveau prétexte pour coller artificiellement une certification sur une formation existante.

Le certificateur demeure maître de ses habilitations et doit vérifier les moyens techniques, pédagogiques et d’encadrement de ses partenaires. Le décret du 6 juin 2025 a d’ailleurs renforcé le cadre de contrôle entourant ces habilitations.

Le mouvement est donc double :

davantage d’opportunités, mais davantage d’exigences.

 

3. Construire des parcours plutôt que vendre une seule certification

Autre piste évoquée par CFS+ : la multicertification.

Le principe est intéressant.

Un parcours peut associer plusieurs segments complémentaires conduisant chacun à une certification distincte.

Une première certification peut valider un premier niveau de compétence ; une deuxième correspondre à un perfectionnement ou à une compétence complémentaire.

On ne vend plus simplement :

« une formation = une certification ».

On commence à construire :

« un parcours = plusieurs compétences certifiées ».

Attention, là encore, aux raccourcis.

Il ne s’agit évidemment pas de faire repasser deux fois la même certification à un bénéficiaire, ni d’assembler artificiellement des certifications sans rapport entre elles.

Les compétences doivent être différentes et le parcours pédagogiquement cohérent.

La conférence signale également une limite actuelle : Mon Compte Formation ne permet pas nécessairement de présenter un parcours multicertifiant comme un seul ensemble parfaitement lisible. L’organisme doit donc travailler sa communication en dehors de la seule fiche EDOF.

Mais derrière cette contrainte apparaît une évolution beaucoup plus profonde :

l’OF de demain devra probablement devenir davantage architecte de parcours que vendeur de stages.

 

4. Hybrider pour retrouver une économie viable

Autre constat très pragmatique : toutes les formations ne permettront pas de constituer des groupes.

Que faire alors lorsqu’une formation doit être réalisée pour une ou deux personnes ?

Si 40 ou 50 heures doivent être assurées intégralement en face-à-face avec un formateur, l’équation économique peut rapidement devenir impossible.

L’une des réponses est l’hybridation.

Une partie du parcours peut être organisée en présentiel ou en classe virtuelle synchrone.

Une autre peut reposer sur :

  • des contenus numériques ;
  • des travaux individuels ;
  • des exercices guidés ;
  • des ressources pédagogiques ;
  • des évaluations ;
  • du tutorat ;
  • des temps de regroupement.

L’objectif ne doit évidemment pas être de transformer 50 heures de formation en 45 heures de vidéos et cinq heures de formateur pour préserver une marge.

Ce serait économiquement tentant et pédagogiquement désastreux.

La vraie question est :

quelles activités nécessitent réellement la présence du formateur et lesquelles peuvent être réalisées autrement sans dégrader l’apprentissage ?

C’est là que l’hybridation devient une décision d’ingénierie pédagogique — et non simplement une décision comptable.

 

5. Arrêter de croire qu’un prix unique convient à tout le monde

Le webinaire rappelle également une possibilité parfois mal utilisée : l’adaptation des offres et des tarifs.

EDOF permet plusieurs actions ou sessions et certaines caractéristiques d’un dossier peuvent être adaptées avant sa validation. Le prix peut notamment évoluer dans certaines limites lorsque le parcours ou les modalités le justifient.

Mais la Caisse des dépôts pose une règle claire : il est interdit de multiplier artificiellement les offres identiques ou de proposer des prix différents sans justification.

C’est une distinction importante.

Adapter n’est pas contourner.

Une formation présentielle, une formation à distance, une formule intensive ou un parcours avec accompagnement renforcé peuvent correspondre à des coûts de production différents.

L’OF doit donc apprendre à construire une véritable gamme.

Non plus :

« Voilà ma formation et voilà son prix. »

Mais :

« Voilà le résultat attendu, et voici plusieurs modalités pédagogiques permettant de l’atteindre. »

C’est une logique commerciale beaucoup plus classique.

Curieusement, la formation professionnelle l’avait parfois oubliée.

 

6. Le cofinancement entreprise pourrait devenir le véritable tournant

C’est probablement le point le plus stratégique de toute cette seconde partie.

Le CPF avait été conçu comme un droit individuel.

Mais il est de plus en plus appelé à fonctionner comme une composante d’un financement plus large.

L’État lui-même rappelle désormais explicitement que le CPF peut être complété par l’employeur ou d’autres financeurs.

Pour un salarié, 150 euros peuvent représenter une dépense significative.

Pour une entreprise souhaitant accompagner le projet professionnel d’un salarié, 150, 300 ou 500 euros peuvent représenter un effort beaucoup plus facile à absorber.

La question change alors complètement.

L’OF ne doit plus seulement demander :

« combien avez-vous sur votre CPF ? »

Il doit aussi apprendre à demander :

« votre entreprise pourrait-elle participer à votre projet ? »

Et surtout aider le salarié à présenter cette demande.

CFS+ insiste fortement sur ce point : beaucoup d’entreprises n’utiliseraient pas les possibilités d’abondement simplement parce qu’elles les connaissent mal.

Le commercial de l’OF devient alors presque un intermédiaire entre trois acteurs :

le salarié, l’entreprise et le CPF.

C’est probablement l’un des changements commerciaux les plus importants des prochaines années.

 

7. Le métier de commercial d’un OF est en train de changer

Voilà peut-être « l’urgence des urgences » identifiée pendant le webinaire.

Former les commerciaux.

Pendant la période la plus favorable du CPF, une partie du travail commercial pouvait consister à répondre à une demande déjà très avancée :

« J’ai 2 000 euros sur mon CPF, qu’est-ce que je peux faire ? »

Demain, le commercial devra être capable de comprendre :

  • le projet professionnel ;
  • la certification pertinente ;
  • le bloc RNCP éventuellement mobilisable ;
  • les prérequis ;
  • la possibilité d’un parcours multicertifiant ;
  • le calendrier permettant de rejoindre une session collective ;
  • les différentes modalités pédagogiques ;
  • les possibilités de cofinancement ;
  • et le rôle éventuel de l’employeur.

Ce n’est plus tout à fait le même métier.

Le commercial ne vend plus seulement une place dans une formation.

Il construit le financement et l’architecture d’un parcours.

Nous avions déjà consacré un article à cette idée : l’organisme de formation doit progressivement devenir un architecte de compétences.

Nous y sommes.

 

8. Et pendant qu’on réfléchit stratégie… surveiller la trésorerie

C’est le point moins enthousiasmant.

Mais un organisme peut avoir une excellente stratégie et mourir faute de trésorerie avant qu’elle produise ses effets.

CFS+ insiste sur l’évolution du besoin en fonds de roulement.

La Caisse des dépôts a effectivement modifié en 2026 les règles concernant les avances pour les formations de plus de trois mois.

L’avance reste fixée à 25 %, mais son déclenchement intervient désormais 21 jours après l’entrée en formation, auxquels s’ajoute le délai de versement de 30 jours.

On arrive donc potentiellement à 51 jours.

Pour un OF employant des salariés, des formateurs ou des sous-traitants qu’il faut payer pendant ce temps, ce n’est pas un détail administratif.

C’est du financement.

Ajoutons à cela l’évolution des pratiques de paiement avec certains financeurs et le développement attendu des relations directes avec les entreprises : le dirigeant d’OF doit désormais piloter son BFR presque aussi attentivement que son chiffre d’affaires.

Un chiffre d’affaires signé n’est pas de la trésorerie.

Et une formation vendue n’est pas encore une formation encaissée.

 

2027 : ne pas attendre la prochaine réforme pour commencer

Une partie du webinaire évoque également les hypothèses actuellement discutées pour 2027, notamment une possible augmentation du reste à charge CPF pouvant aller jusqu’à 350 euros selon certaines pistes.

À la date où nous écrivons ces lignes, prudence : ce montant ne constitue pas la règle applicable.

Le projet de loi de finances pour 2027 vient d’être déposé au Parlement et le débat politique est en cours. La CFDT évoquait encore le 30 septembre un reste à charge « pouvant atteindre 350 euros », associé à d’autres pistes telles qu’un questionnaire sur le projet professionnel et une orientation vers certaines certifications prioritaires.

Il serait donc prématuré de présenter ces hypothèses comme des mesures définitivement adoptées.

Mais attendre le texte définitif pour réfléchir serait une autre erreur.

Car, quel que soit finalement le montant du reste à charge, la direction générale est déjà visible :

le financement automatique et solitaire d’une formation par le CPF devient de moins en moins la norme.

 

Le nouvel OF ne sera peut-être pas plus gros. Mais il devra être mieux organisé.

Que retenir de cette deuxième partie du webinaire CFS+ ?

Pas une recette miracle.

Encore moins un nouveau filon réglementaire à exploiter jusqu’à la prochaine réforme.

Il faut plutôt y voir les pièces d’un nouveau modèle :

remplir des groupes plutôt que multiplier les inscriptions individuelles ;
construire des parcours plutôt qu’empiler des stages ;
utiliser intelligemment les blocs RNCP ;
hybrider lorsque cela a un sens pédagogique et économique ;
diversifier les modalités et les offres ;
associer l’entreprise au financement ;
former les commerciaux à vendre des solutions plutôt que des catalogues ;
et piloter la trésorerie avec beaucoup plus de précision.

Cela rejoint d’ailleurs une conviction que nous développons depuis plusieurs mois sur ce blog.

L’avenir n’appartient probablement ni au plus gros organisme, ni à celui qui possède le catalogue le plus épais.

Il appartiendra à celui qui saura assembler plusieurs ressources autour d’un besoin réel.

  • Une certification.
  • Un financeur.
  • Un employeur.
  • Un bloc de compétences.
  • Une session collective.
  • Une part de digital.
  • Un formateur.
  • Un calendrier.

Et, au milieu de tout cela, un apprenant qui ne devrait jamais devenir une simple variable d’ajustement économique.

Le CPF facile est peut-être terminé.

La formation professionnelle, elle, ne l’est certainement pas.


 

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SOURCES

  • CFS+, webinaire Organismes de formation : quel rebond après le plafond CPF ?, transcription de la conférence fournie par l’auteur.
  • Caisse des dépôts, Portail d’information des organismes de formation, Formations certifiantes RNCP : renseignez les blocs de compétences, mise à jour du 18 septembre 2026.
  • Caisse des dépôts, Portail d’information des organismes de formation, règles EDOF relatives aux offres, aux prix et aux avances.
  • Ministère du Travail, Le compte personnel de formation (CPF), mise à jour 2026.
  • Décret n° 2025-500 du 6 juin 2025 relatif à la certification professionnelle.
  • Assemblée nationale, Projet de loi de finances pour 2027, n° 3210, déposé le 1er octobre 2026.
  • CFDT, La CFDT refuse que le CPF devienne une variable d’ajustement du budget 2027, 30 septembre 2026.

 

Mini FAQ : A quoi ressemblera un OF rentable en 2027?

Les blocs de compétences RNCP sont-ils éligibles au CPF ?

Oui. Le Code du travail permet le financement des formations conduisant à la validation d’un ou plusieurs blocs de compétences appartenant à une certification enregistrée au RNCP. L’organisme doit néanmoins respecter les conditions du certificateur et disposer, lorsque cela est requis, de l’habilitation nécessaire.

Toutes les offres RNCP doivent-elles être mises à jour avant le 22 octobre 2026 ?

Oui pour les offres publiées sur Mon Compte Formation concernées par les nouvelles informations relatives aux blocs. La Caisse des dépôts indique que les offres RNCP non renseignées ne seront plus visibles à compter du 22 octobre. Elles pourront ensuite être corrigées dans EDOF et redevenir visibles.

Peut-on proposer plusieurs offres pour une même certification ?

Oui, lorsque les offres correspondent réellement à des organisations ou modalités différentes. En revanche, EDOF interdit la duplication artificielle d’offres identiques ou les différences de prix sans justification.

Le reste à charge CPF passera-t-il à 350 euros en 2027 ?

Ce n’est pas acquis à ce jour. Le chiffre de 350 euros fait partie des pistes évoquées dans le débat autour de 2027. Il ne faut donc pas le présenter comme le montant actuellement applicable ni comme une mesure définitivement votée.

Un employeur peut-il compléter le CPF d’un salarié ?

Oui. L’employeur peut attribuer une dotation au CPF via l’espace employeurs et financeurs (EDEF). D’autres acteurs peuvent également participer au financement selon les situations.

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