Les Experts Compétences qui depuis les années Delors accompagnent la formation professionnelle ont toujours connu la lutte entre les Organisme de formation et les universités, ces dernières souhaitant récupérer le pactole du système de la formation professionnelle continue. L’arrivée de la nouvelle ministre relance-t-elle la guerre ?
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Formation professionnelle : pourquoi les universités veulent désormais leur part du marché
Depuis plusieurs décennies, la formation professionnelle continue représente en France un secteur économique considérable. Chaque année, plusieurs dizaines de milliards d’euros y circulent via les entreprises, les opérateurs de compétences, les régions ou encore les dispositifs publics.
Pendant longtemps, ce marché a été largement occupé par les organismes de formation privés, souvent appelés OF. Ces structures se sont développées progressivement en construisant des catalogues de formations, des expertises sectorielles et des réseaux commerciaux capables de répondre aux besoins des entreprises.
Mais depuis quelques années, un nouvel acteur est entré dans la compétition : l’université.
Et son arrivée ne relève pas d’un simple ajustement administratif. Elle traduit en réalité une transformation profonde du paysage de la formation.
Formation professionnelle et université : La guerre ?
Un marché historiquement dominé par les organismes privés
La formation professionnelle continue s’est construite historiquement autour d’un principe simple : permettre aux salariés et aux demandeurs d’emploi de continuer à se former tout au long de leur vie.
Pour répondre à cette demande, un écosystème d’acteurs privés s’est progressivement structuré :
organismes spécialisés dans certaines compétences
cabinets de formation sectoriels
consultants formateurs indépendants
réseaux de formateurs experts
Ces acteurs ont développé un modèle économique relativement clair : proposer des formations adaptées aux besoins opérationnels des entreprises.
Leur force principale a longtemps reposé sur trois éléments :
la flexibilité
la proximité avec les entreprises
la capacité d’adaptation rapide aux nouveaux besoins de compétences
Pendant de nombreuses années, les universités sont restées largement en dehors de ce marché.
L’université : longtemps absente de la formation continue
Historiquement, la mission principale de l’université était claire : former les étudiants dans le cadre de la formation initiale.
Autrement dit :
licence
master
doctorat
Le public était essentiellement composé de jeunes étudiants, engagés dans un parcours académique classique.
La formation continue existait bien dans certaines universités, mais elle restait souvent marginale. Les structures administratives étaient lourdes, les programmes peu adaptés aux contraintes des entreprises et l’approche restait très académique.
Dans ces conditions, les organismes privés ont occupé l’espace sans véritable concurrence institutionnelle.
Mais ce paysage a commencé à changer.
Pourquoi les universités s’intéressent aujourd’hui à la formation continue
Plusieurs facteurs expliquent l’intérêt croissant des universités pour ce secteur.
1. Une source de financement devenue stratégique
Les universités françaises sont confrontées depuis longtemps à des contraintes budgétaires importantes.
La formation continue représente alors une source de financement complémentaire particulièrement attractive.
Contrairement à la formation initiale, largement financée par l’État, la formation continue peut être :
facturée aux entreprises
financée par les dispositifs publics
vendue directement aux professionnels
Certaines universités ont rapidement compris qu’il s’agissait d’un levier financier important.
2. Un marché en forte croissance
La transformation rapide des métiers pousse les entreprises à investir davantage dans les compétences :
transition numérique
évolution technologique
nouvelles méthodes de management
transformation des organisations
La formation tout au long de la vie devient une nécessité.
Les universités ont donc identifié un marché en expansion dans lequel elles pouvaient valoriser leur capital principal : la connaissance.
3. Une question d’image et d’influence
Il existe également un enjeu de positionnement institutionnel.
En entrant sur le marché de la formation continue, les universités cherchent aussi à :
renforcer leur visibilité auprès des entreprises
créer des partenariats économiques
valoriser leurs laboratoires et leurs enseignants
La formation continue devient ainsi un outil de rapprochement entre le monde académique et le monde économique.
Une concurrence nouvelle pour les organismes de formation
L’arrivée progressive des universités dans ce secteur change la donne pour les organismes privés.
En effet, les universités disposent de plusieurs avantages structurels :
la légitimité académique
la capacité de délivrer des diplômes reconnus
l’image institutionnelle
l’accès à des réseaux scientifiques et de recherche
Pour certains publics, ces éléments peuvent constituer un facteur d’attractivité important.
Mais cette concurrence reste encore partiellement limitée par plusieurs facteurs.
Les limites du modèle universitaire
Malgré leurs atouts, les universités doivent encore surmonter plusieurs obstacles pour s’imposer réellement sur ce marché.
Une culture encore très académique
Les attentes des entreprises sont souvent très opérationnelles :
formations courtes
compétences immédiatement applicables
pédagogie pragmatique
Or les universités restent parfois attachées à une approche plus théorique.
Une organisation administrative lourde
Les structures universitaires fonctionnent selon des logiques institutionnelles qui ne sont pas toujours compatibles avec les exigences de réactivité du marché de la formation.
Les organismes privés, plus agiles, conservent souvent un avantage sur ce point.
Une relation entreprise encore en construction
Beaucoup d’universités doivent encore développer une véritable culture commerciale et relationnelle avec les entreprises.
C’est un changement culturel qui demande du temps.
Vers une recomposition du marché de la formation
La montée en puissance des universités dans la formation continue ne signifie pas nécessairement la disparition des organismes privés.
En réalité, on assiste plutôt à une recomposition progressive du marché.
Trois modèles pourraient coexister :
les universités, positionnées sur des formations diplômantes ou certifiantes
les grands organismes structurés, capables de répondre à des marchés importants
les structures spécialisées, offrant des expertises pointues et très opérationnelles
Dans ce paysage, la valeur ne viendra plus seulement du contenu pédagogique, mais aussi de la capacité à comprendre les besoins réels des entreprises et à proposer des formats adaptés.
Une bataille qui ne fait que commencer
L’entrée des universités dans la formation professionnelle continue marque probablement le début d’une nouvelle phase de structuration du secteur.
Les enjeux financiers sont importants, mais les enjeux de compétences pour l’économie le sont encore davantage.
Dans ce contexte, les organismes de formation privés devront sans doute renforcer ce qui a toujours fait leur force :
leur agilité
leur proximité avec les entreprises
leur capacité d’innovation pédagogique.
Car sur ce marché en mutation, la compétition ne se jouera pas seulement sur la légitimité institutionnelle, mais sur la capacité réelle à transformer la connaissance en compétences utiles.
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