AFPA : que faut-il vraiment sauver ?

Les Experts Compétences n’ont jamais cessé de collaborer avec l’Afpa, même s’ils ont été souvent concurrents.

Maintenant, la question n’est désormais plus de savoir si l’AFPA va devoir se transformer.

Elle se transforme déjà.

Ce 15 septembre 2026, les annonces faites aux représentants du personnel confirment ce qui était redouté depuis plusieurs mois : fermetures ou regroupements de centres, réduction des effectifs et nouvelle réorganisation d’un établissement qui avait déjà engagé, six ans auparavant, un important plan de transformation.

Les organisations syndicales parlent d’un plan d’une ampleur exceptionnelle. La CGT rappelle que la diminution des effectifs et les fermetures ou regroupements de centres avaient été annoncés dès janvier 2026 par la nouvelle direction générale.

Pour ceux qui suivent formations-conseils.com, la situation ne constitue malheureusement pas une surprise.

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  1. Afpa : que faut-il vraiment sauver ?
  2. Une situation financière critique
  3. Défis structurels et organisationnels
  4. L’impact des réformes publiques
  5. Scénario d’avenir: réorganisation ou dissolution
  6. L’Afpa : perte de financements, rumeur de fermeture ?

Depuis 2024, nous avons consacré plusieurs articles aux difficultés financières de l’AFPA, à ses problèmes structurels, aux conséquences de l’ouverture à la concurrence et aux différents scénarios pouvant aller de la réorganisation profonde à une forme de démantèlement.

En juin 2025, nous posions encore cette question : « AFPA : perte de financements, rumeur de fermeture ? »

La rumeur est aujourd’hui devenue restructuration.

Mais une autre question devient beaucoup plus importante :

que les pouvoirs publics doivent-ils absolument préserver de l’AFPA ?

Car réduire le débat à la défense ou à la condamnation d’un organisme déficitaire serait passer à côté de ce que représente réellement cette institution dans l’histoire et dans l’écosystème français de la formation professionnelle.

AFPA : que faut-il vraiment sauver ?

L’AFPA n’est pas née sur un marché

Il faut revenir à son histoire pour comprendre le problème actuel.

Créée en 1949, l’AFPA est directement issue des besoins de la France de l’après-guerre. Le pays devait reconstruire ses logements, ses infrastructures et son industrie et manquait de travailleurs qualifiés.

Il fallait former vite et massivement des adultes à des métiers immédiatement opérationnels.

Maçons, ouvriers du bâtiment, métallurgistes et professionnels de nombreux métiers techniques ont ainsi été formés par ce qui allait devenir l’un des principaux instruments de qualification professionnelle du pays.

L’AFPA n’a donc pas été conçue comme un organisme de formation devant simplement trouver des clients et équilibrer chaque session.

Elle a été construite comme un outil national au service de besoins économiques, industriels et sociaux.

Et cette différence est fondamentale.

Car former un développeur informatique, un manager ou un utilisateur d’un logiciel et former un chaudronnier, un soudeur ou certains professionnels du bâtiment ne nécessitent pas les mêmes infrastructures.

Dans le deuxième cas, il faut parfois des milliers de mètres carrés, des machines, des ateliers, des équipements de sécurité, des consommables, de la maintenance et des formateurs possédant une véritable expérience du métier.

Ces investissements ne sont rentables que si les volumes sont suffisants.

Or, sur certains territoires, ils ne le seront jamais.

 

Un plateau technique n’est pas une salle de formation

C’est probablement l’une des erreurs que nous devons éviter dans la restructuration actuelle.

Un centre de formation ne peut pas toujours être analysé uniquement à partir de son taux d’occupation ou de sa rentabilité immédiate.

Prenons un territoire dans lequel l’AFPA dispose du seul plateau permettant de former correctement à un métier industriel en tension.

Le centre peut être déficitaire.

Le fermer améliore donc, sur le papier, les comptes de l’établissement.

Mais que se passe-t-il ensuite ?

Un organisme privé va-t-il investir plusieurs centaines de milliers d’euros dans un plateau technique pour former quelques dizaines de personnes par an ?

Peut-être.

Mais peut-être pas.

Et si personne ne le fait, ce n’est pas seulement un centre AFPA qui disparaît.

C’est une capacité de formation qui disparaît du territoire.

Voilà pourquoi l’une des demandes formulées aujourd’hui par les représentants des salariés mérite d’être examinée attentivement : la fermeture d’un bâtiment ne devrait pas automatiquement entraîner la disparition de l’offre de service correspondante.

Le problème n’est donc pas de conserver chaque mètre carré du patrimoine AFPA.

Le problème est d’identifier les équipements, les compétences et les implantations dont la disparition laisserait un vide que le marché ne comblera pas.

 

Pourtant, les OF ont aussi de bonnes raisons d’avoir la mémoire longue

Il ne faudrait pas davantage réécrire l’histoire dans l’autre sens.

Pour beaucoup de dirigeants d’organismes de formation expérimentés, l’AFPA n’a pas toujours été seulement ce magnifique outil de service public.

Elle a également été un concurrent particulièrement puissant.

Je l’ai personnellement vécu.

J’ai travaillé avec l’AFPA sur différents projets, notamment dans les Hauts-de-France. J’ai également énormément collaboré avec les équipes intervenant autour des Titres professionnels depuis leur développement au début des années 2000.

Certaines de ces collaborations ont été extrêmement enrichissantes.

Mais nous nous retrouvions aussi concurrents.

Et il y a quelques décennies, la concurrence était pour le moins particulière.

Des organismes privés pouvaient développer une offre, investir dans des formateurs et ouvrir des sessions tout en constatant que des demandeurs d’emploi étaient orientés prioritairement vers l’AFPA dans le cadre des politiques régionales.

J’ai moi-même dû fermer certaines formations faute de stagiaires alors que la demande existait, parce que les flux étaient orientés vers l’opérateur historique.

Le souvenir reste amer.

L’ouverture progressive à la concurrence et la fin de cette situation privilégiée ont profondément changé l’économie de l’AFPA.

Ce qui était une bonne nouvelle pour l’équité entre opérateurs a simultanément révélé une faiblesse fondamentale du modèle : une structure dimensionnée pour des volumes importants et relativement sécurisés devait désormais gagner ses marchés.

 

Le paradoxe de la mise en concurrence

C’est là que l’histoire devient intéressante.

L’ouverture à la concurrence n’a pas créé à elle seule les difficultés de l’AFPA.

L’établissement avait et conserve des problèmes de coûts, de patrimoine immobilier, d’organisation et d’adaptation que nous avons largement documentés dans nos articles précédents.

Mais elle a changé radicalement les règles du jeu.

Notre article de 2024 sur la situation financière rappelait qu’après la régionalisation de la formation des demandeurs d’emploi en 2004 et l’ouverture à la concurrence en 2009, la part de l’AFPA dans la commande des Régions était passée de 42 % en 2010 à 25 % en 2016.

La protection disparaissait.

Mais les coûts historiques demeuraient.

  • Les bâtiments étaient toujours là.
  • Les plateaux techniques également.
  • Les salariés aussi.

C’est un peu comme si l’on avait demandé à un paquebot conçu pour accomplir une mission nationale de participer soudainement à une régate commerciale.

 

Là où l’AFPA a peut-être perdu sa frontière

La concurrence était relativement facile à comprendre lorsque l’AFPA intervenait là où ses infrastructures et son expertise étaient difficilement remplaçables.

Elle devenait beaucoup plus contestable lorsqu’elle arrivait sur des marchés tertiaires déjà largement couverts par des organismes privés.

  • Bureautique.
  • Management.
  • Tertiaire.
  • Informatique.
  • Réseaux.
  • Développement.
  • Et aujourd’hui intelligence artificielle.

L’AFPA propose désormais elle-même des formations d’initiation à l’intelligence artificielle en contexte professionnel.

Pourquoi pas ?

L’IA transforme les métiers et l’une des missions de service public confiées à l’AFPA consiste précisément à anticiper les compétences et métiers émergents.

Mais il faut distinguer deux choses.

Anticiper un métier émergent, construire son ingénierie, expérimenter une formation et préparer une future certification relève pleinement d’une mission stratégique.

Vendre une journée d’initiation à l’IA sur un marché où des centaines d’organismes privés peuvent intervenir relève d’une logique beaucoup plus classique de concurrence.

C’est précisément cette frontière que les pouvoirs publics devraient clarifier.

 

Car il existe une AFPA que les OF utilisent sans toujours le savoir

C’est probablement l’une des dimensions les moins visibles de l’établissement.

L’AFPA réalise pour le compte du ministère du Travail une partie essentielle de l’ingénierie des Titres professionnels.

Elle contribue à l’analyse des métiers, à l’élaboration et à la révision des référentiels, à la conception des épreuves, à l’appui aux DREETS et aux jurys ainsi qu’à différents travaux liés à la certification.

Or ces Titres professionnels ne sont évidemment pas réservés aux stagiaires de l’AFPA.

Des centaines d’organismes privés préparent des candidats à ces certifications.

Autrement dit :

l’AFPA peut être concurrente d’un OF le matin et contribuer l’après-midi à l’infrastructure de certification dont ce même OF a besoin.

Pour avoir travaillé avec ce système depuis les premières années de développement des Titres professionnels, je peux témoigner de l’importance de cette ingénierie.

Derrière un Titre professionnel, il y a beaucoup plus qu’un numéro RNCP.

Il faut observer le métier.

  • Identifier ses activités.
  • Décrire les compétences.
  • Construire les référentiels.
  • Préparer les modalités d’évaluation.
  • Faire évoluer le titre lorsque le métier change.
  • Former et accompagner les acteurs de la certification.

Ce travail est peu visible.

Il est pourtant essentiel.

 

Tout n’est donc pas à sauver

Dire cela ne signifie pas qu’il faudrait sanctuariser l’AFPA dans son organisation actuelle.

Ce serait probablement reproduire les erreurs du passé.

Un bâtiment sous-utilisé n’a pas vocation à être conservé éternellement au seul motif qu’il appartient à une institution historique.

Une organisation inefficace doit pouvoir être réformée.

Une activité concurrentielle qui perd durablement de l’argent doit être interrogée.

Et l’État ne peut pas simultanément demander à tous les acteurs de la formation professionnelle de rechercher l’efficience et considérer que l’opérateur public échapperait à cette exigence.

Mais l’inverse serait tout aussi dangereux.

Une ligne comptable déficitaire ne signifie pas nécessairement qu’une activité est inutile.

C’est précisément le principe d’une mission de service public.

 

Il faut enfin séparer trois économies

C’est peut-être la décision la plus importante que les pouvoirs publics devraient prendre.

L’AFPA exerce aujourd’hui des activités qui relèvent de trois logiques économiques très différentes.

La première relève clairement du service public national : ingénierie des Titres professionnels, prospective sur les métiers et compétences, accompagnement de certaines politiques publiques.

La deuxième relève de l’aménagement territorial et stratégique : maintien de plateaux techniques, métiers rares ou industriels, formations nécessitant des investissements que le marché privé ne peut pas toujours rentabiliser.

La troisième relève du marché concurrentiel : formations que de nombreux organismes privés sont parfaitement capables de proposer dans des conditions normales de concurrence.

Ces trois activités peuvent parfaitement coexister.

Mais elles ne devraient probablement pas être financées, pilotées et évaluées de la même manière.

Et surtout, leur comptabilité et leurs finalités doivent être suffisamment lisibles pour que les organismes privés sachent lorsqu’ils concourent face à un opérateur commercial et lorsqu’ils travaillent avec un opérateur chargé d’une mission publique.

 

La crise de l’AFPA concerne donc aussi les OF

Certains dirigeants d’OF pourraient être tentés de regarder les difficultés actuelles avec une certaine distance.

Après tout, un concurrent qui ferme une implantation libère potentiellement un marché.

Ce serait une vision à très court terme.

Si l’AFPA quitte une formation tertiaire déjà proposée par vingt organismes sur un territoire, le marché saura probablement absorber la demande.

Si elle ferme le seul plateau de chaudronnerie d’un bassin industriel, le problème est totalement différent.

Si elle réduit l’ingénierie permettant de maintenir et d’adapter des Titres professionnels utilisés par des centaines d’OF, la conséquence dépasse largement ses propres centres.

La question n’est donc pas :

« Faut-il sauver l’AFPA ? »

Elle est :

« Quelles fonctions de l’AFPA les pouvoirs publics doivent-ils garantir ? »

 

Cinq leçons pour les dirigeants d’OF

Et l’histoire de l’AFPA devrait également nous faire réfléchir sur nos propres entreprises.

Première leçon : aucune position n’est définitivement acquise. Un acteur dominant peut perdre très rapidement une partie de son marché lorsque les règles de financement changent.

Deuxième leçon : les coûts fixes finissent toujours par compter. Bâtiments, salariés, équipements et structures administratives deviennent extrêmement difficiles à absorber lorsque les volumes diminuent.

Troisième leçon : dépendre d’un donneur d’ordre ou d’un mode de financement est dangereux, même lorsque celui-ci paraît durable.

Quatrième leçon : la valeur d’une expertise ne garantit pas la viabilité de l’organisation qui la porte. On peut produire d’excellentes formations et disposer d’un modèle économique fragile.

Cinquième leçon : il faut savoir ce que l’on fait que les autres ne savent pas faire.

Cette dernière question est probablement la plus importante.

Car c’est précisément lorsqu’on regarde ses métiers historiques, ses plateaux techniques, son ingénierie et son expertise de certification que l’on comprend le mieux ce qui rend encore l’AFPA différente.

 

L’État doit maintenant choisir

Depuis deux ans, nous écrivons que l’AFPA approche d’un moment de vérité.

Nous y sommes.

Les restructurations annoncées en septembre 2026 montrent que les ajustements successifs n’ont pas suffi.

Il appartient maintenant à la Direction générale, au Conseil d’administration et surtout à l’État, qui exerce la tutelle de l’établissement, de définir clairement ce qu’ils veulent conserver.

  • Pas simplement combien de postes supprimer.
  • Pas simplement combien de bâtiments vendre.
  • Pas simplement combien de centres regrouper.

Mais quelles capacités de formation la France veut encore posséder dans dix ou vingt ans.

L’AFPA a peut-être commis une erreur lorsqu’elle a voulu devenir un organisme de formation comme les autres.

Nous commettrions aujourd’hui l’erreur inverse en considérant qu’elle n’est plus qu’un organisme de formation comme les autres.

Tout n’est probablement pas à conserver.

Mais tout n’est certainement pas à démanteler.

Les pouvoirs publics doivent maintenant identifier les murs porteurs : l’ingénierie des Titres professionnels, les expertises rares, certains plateaux techniques, les capacités industrielles et les implantations indispensables à des territoires que le marché ne peut pas servir seul.

Puis financer clairement ces missions comme telles.

Pour le reste, si l’AFPA intervient sur un marché concurrentiel, elle doit pouvoir le faire selon des règles qui garantissent une concurrence équitable avec les organismes privés.

Après plus de soixante-dix ans d’histoire, le véritable enjeu n’est donc peut-être plus de sauver l’AFPA telle qu’elle était.

Il est de préserver ce dont la formation professionnelle française aura encore besoin demain.

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SOURCES

  • AFPA, Les missions de service public de l’EPIC Afpa : ingénierie de certification professionnelle, métiers émergents, prospective territoriale et accompagnement des publics.
  • AFPA, présentation du groupe et histoire de l’établissement : création en 1949 pour répondre aux besoins de la France en reconstruction.
  • AFPA, documentation sur les services d’ingénierie : conception des référentiels des Titres professionnels et des épreuves de validation.
  • CGT AFPA, communiqué relatif aux annonces de la Direction générale du 15 septembre 2026.
  • Formations-conseils.com, série AFPA : Une situation financière critique ; Défis structurels et organisationnels ; L’impact des réformes publiques ; Scénarios d’avenir : réorganisation ou dissolution ? ; Perte de financements, rumeur de fermeture ?

Mini FAQ : AFPA : que faut-il vraiment sauver ?

L’AFPA va-t-elle disparaître ?

Les annonces de septembre 2026 concernent une nouvelle restructuration avec des fermetures ou regroupements de centres et une réduction des effectifs. Cela ne signifie pas, à ce stade, la disparition de l’établissement. La question porte plutôt sur son périmètre futur, son organisation et son modèle économique.

Pourquoi l’AFPA connaît-elle des difficultés ?

Les causes sont anciennes et multiples : perte progressive d’une partie des commandes publiques, ouverture à la concurrence, coûts immobiliers et structurels importants, évolution du marché de la formation et difficultés à équilibrer missions de service public et activités concurrentielles.

L’AFPA est-elle toujours utile aux organismes privés ?

Oui, notamment par ses missions d’ingénierie réalisées pour le compte de l’État autour des Titres professionnels. Elle dispose également de plateaux techniques et d’expertises métiers qui peuvent compléter l’offre d’autres opérateurs.

Pourquoi maintenir des centres déficitaires ?

Il ne s’agit pas nécessairement de maintenir tous les centres déficitaires. Mais la rentabilité d’un site doit être mise en regard de son utilité territoriale et de la possibilité réelle pour d’autres opérateurs de maintenir les formations et équipements correspondants.

L’AFPA doit-elle encore intervenir sur le marché concurrentiel ?

Son statut d’EPIC permet la coexistence de missions de service public et d’activités concurrentielles. La question essentielle est celle de la séparation, du financement et de la transparence entre ces activités afin de préserver à la fois les missions publiques et l’équité avec les autres organismes de formation.

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