CPF : payer aujourd’hui, découvrir la facture demain — jusqu’où ça va aller ?

CPF : payer aujourd’hui, découvrir la facture demain — jusqu’où ça va aller ?

C’est le ponpon ! Les Experts Compétences ne pouvaient imaginer ça ! Personne d’ailleurs… A peine nous finissons de publier un article que le week-end passant, le gouvernement nous assène un nouveau coup bas.

Depuis le 2 octobre 2026, Mon Compte Formation demande aux titulaires qui valident une formation d’accepter le principe d’un éventuel paiement supplémentaire en 2027, pouvant atteindre 200 euros. Problème : la loi de finances qui doit créer ce mécanisme n’est pas encore votée. Le montant définitif, les formations concernées et les modalités d’application ne sont pas encore connus. Cette fois, la question dépasse largement le seul financement de la formation. Elle touche au consentement du citoyen, au rôle du Parlement et à ce qu’est en train de devenir le CPF.

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  7. Les signaux qui annoncent une transformation de la FPC

Il y a des réformes qui entrent en vigueur après avoir été votées.

Et puis il y a celle-ci.

Depuis le 2 octobre, une personne qui confirme l’achat d’une formation sur Mon Compte Formation peut désormais lire qu’elle s’engage à verser, le cas échéant, en 2027, un complément de participation obligatoire pouvant atteindre 200 euros.

Ce n’est pas une rumeur circulant sur LinkedIn.

Ce n’est pas une interprétation d’un organisme de formation.

C’est écrit sur Mon Compte Formation.

La Caisse des dépôts explique elle-même que ce complément sera calculé lorsque la loi de finances pour 2027 et ses textes réglementaires auront été publiés.

Autrement dit :

on vous demande aujourd’hui d’accepter une dépense dont les règles seront définies demain.

Voilà qui mérite quelques explications.

CPF : payer aujourd’hui, découvrir la facture demain — jusqu’où ça va aller ?

Ce que prévoit réellement le projet de loi de finances

Le projet de loi de finances pour 2027 a été déposé à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026.

Son article 89 concerne directement le CPF.

L’objectif affiché est désormais clair : renforcer la participation financière de certains titulaires et favoriser les formations correspondant aux besoins considérés comme prioritaires pour l’économie et l’emploi.

Nous avions déjà consacré un article à cette évolution avec une question volontairement provocatrice :

sommes-nous en train de passer de la liberté de choisir sa formation à la liberté de payer pour choisir ?

Quelques jours plus tard, la question n’a malheureusement rien perdu de son actualité.

Le système envisagé distingue en effet davantage les formations selon leur caractère considéré comme prioritaire, la situation du bénéficiaire et l’existence éventuelle d’un cofinancement.

Pour certaines situations, la participation financière resterait au niveau de base.

Pour d’autres, elle pourrait être majorée.

Mon Compte Formation annonce aujourd’hui que le complément demandé en 2027 pourrait atteindre 200 euros.

Nous parlons bien d’un complément.

Une personne ayant déjà acquitté les 150 euros actuellement exigés pourrait donc devoir payer une somme supplémentaire en 2027 si sa situation et sa formation entrent finalement dans le champ de la mesure.

 

Une loi pas votée… mais qui produit déjà des effets

C’est ici que l’affaire devient singulière.

Au moment où nous écrivons ces lignes, le projet de loi de finances pour 2027 n’est évidemment pas adopté.

  • Il vient d’être déposé au Parlement.
  • Les députés vont l’examiner.
  • Ils pourront l’amender.
  • Le Sénat interviendra ensuite dans le processus budgétaire.
  • Le texte pourra évoluer.

Et pourtant, Mon Compte Formation a déjà modifié l’information présentée à ses utilisateurs.

La plateforme explique :

« Si vous confirmez votre achat de formation, vous vous engagez à verser, le cas échéant, en 2027 un complément de participation obligatoire, qui pourrait atteindre 200 €. »

La formulation est juridiquement prudente.

« Le cas échéant ».

« Pourrait ».

Il ne s’agit donc pas de dire que l’État prélève aujourd’hui 200 euros supplémentaires.

Ce serait faux.

Mais il se passe tout de même quelque chose d’assez extraordinaire.

Une mesure qui n’a pas encore été votée modifie déjà les conditions dans lesquelles un citoyen décide d’utiliser son CPF.

Car que fera une personne devant cet avertissement ?

  • Certaines poursuivront leur inscription.
  • D’autres hésiteront.
  • D’autres encore reporteront leur projet.

La loi n’est pas entrée en vigueur.

Mais son effet psychologique, lui, a déjà commencé.

 

Et cette rétroactivité pose une vraie question

Le projet de loi prévoit que les nouvelles règles s’appliquent aux demandes effectuées à compter du 1er octobre 2026.

Mon Compte Formation communique, de son côté, sur les demandes validées à compter du 2 octobre.

Ce décalage devra d’ailleurs être éclairci.

Mais le problème de fond demeure.

Imaginons un salarié.

  • Il choisit sa formation en octobre 2026.
  • Il dispose de droits CPF suffisants.
  • Il paie la participation qui lui est demandée au moment de son inscription.
  • Il suit sa formation.

Elle peut même être terminée lorsque, en 2027, les règles définitives seront connues.

Et on pourrait alors lui demander un complément.

La question n’est donc pas simplement :

« Est-ce beaucoup, 200 euros ? »

La question est :

peut-on modifier après coup les conditions financières d’une décision prise par un citoyen sous le régime actuellement applicable ?

Les juristes auront beaucoup à dire sur le sujet.

Et ils le feront certainement.

Mais même sans être constitutionnaliste, on peut s’interroger sur la méthode.

 

Les organisations professionnelles ont réagi

Nous nous interrogions initialement sur le silence de la profession.

Il faut ici rendre justice aux organisations qui ont réagi.

Les Acteurs de la Compétence ont publié dès le 2 octobre un communiqué particulièrement sévère.

L’organisation dénonce une loi « pas encore votée, mais déjà rétroactive » et annonce étudier, avec le Synofdes, les voies de recours susceptibles d’être mobilisées si la disposition était adoptée en l’état.

Yves Hinnekint, président des Acteurs de la Compétence, résume parfaitement l’étrangeté de la situation : mobilisez vos droits aujourd’hui, et nous vous dirons demain combien vous devrez finalement payer.

Le Synofdes et Les Acteurs de la Compétence avaient d’ailleurs organisé quelques jours auparavant une conférence de presse commune pour alerter sur les économies prévues dans le budget 2027 et, plus largement, sur ce qu’ils considèrent comme un désinvestissement dans les compétences.

La CFDT avait également alerté dès le 30 septembre.

Pour elle, le risque est de faire évoluer le CPF d’un « droit personnel » vers un « droit sous conditions ».

Elle pose elle aussi la question essentielle :

qui décide qu’un projet professionnel mérite d’être financé et qu’un autre ne le mérite pas ?

Les organisations parlent donc.

La vraie question devient peut-être :

sont-elles encore entendues ?

Car les 200 euros ne sont pas le vrai sujet

On pourrait passer les prochains jours à débattre du montant.

150 euros.

350 euros.

Un complément de 200 euros.

Ce serait passer à côté de l’essentiel.

Le véritable changement concerne la philosophie du CPF.

Rappelons-nous.

En 2018, la réforme portait un titre qui n’avait rien d’anodin :

« Pour la liberté de choisir son avenir professionnel ».

Le CPF monétisé devait renforcer l’autonomie de l’individu.

  • Vous travaillez.
  • Vous acquérez des droits.
  • Vous choisissez une formation.
  • Vous les utilisez.

Progressivement, une autre logique apparaît.

L’État ne souhaite plus seulement financer un droit individuel à la formation.

Il veut orienter davantage son utilisation vers les compétences qu’il considère comme prioritaires.

On peut parfaitement comprendre cette volonté.

  • L’argent public n’est pas illimité.
  • Les besoins en compétences sont considérables dans certains secteurs.
  • La transition numérique, l’intelligence artificielle, l’industrie, la transition écologique ou les métiers en tension nécessitent des investissements.

Un gouvernement est parfaitement légitime à définir des priorités.

Mais il faut alors avoir le courage de dire ce que devient le dispositif.

Le CPF n’est plus seulement un droit individuel permettant à chacun de choisir sa formation.

Il devient progressivement un instrument de politique publique de pilotage des compétences.

Ce n’est pas la même chose.

 

Qui sait aujourd’hui quelle compétence sera utile demain ?

C’est là que nous continuons à avoir un désaccord de fond.

Une administration peut identifier les besoins immédiats de l’économie.

Elle peut observer les métiers en tension.

Elle peut financer davantage certaines qualifications.

Mais peut-elle savoir quelle compétence sera déterminante dans la trajectoire professionnelle d’un individu dans cinq ou dix ans ?

Prenons un salarié qui souhaite améliorer son anglais.

Son métier n’est peut-être pas aujourd’hui considéré comme prioritaire.

Son projet de formation non plus.

Deux ans plus tard, son entreprise est rachetée par un groupe international.

Cette compétence devient essentielle.

Prenons une personne qui se forme au management alors qu’elle n’encadre encore personne.

Six mois plus tard, elle obtient une promotion.

Prenons un salarié qui apprend un logiciel, une langue ou une compétence numérique sans disposer encore d’un projet professionnel parfaitement formalisé.

Était-ce une formation inutile ?

Une compétence ne devient pas pertinente uniquement lorsque l’administration l’a déclarée prioritaire.

C’est précisément pour cette raison que le CPF avait été conçu comme un droit attaché à la personne.

 

Et les organismes de formation dans tout cela ?

Ils sont évidemment concernés.

Mais il serait dangereux qu’ils réduisent le débat à leur chiffre d’affaires.

Ce qui se joue est plus large.

  • Si le bénéficiaire ne connaît plus au moment de son inscription le coût définitif de sa formation, son comportement changera.
  • Si certaines formations deviennent financièrement moins favorables que d’autres, la demande se déplacera.
  • Si les financements sont davantage orientés vers certaines certifications, les catalogues évolueront.

Les organismes de formation devront s’adapter.

Nous venons justement de consacrer un article entier aux pistes permettant de reconstruire leur modèle économique : blocs RNCP, cofinancement entreprise, sessions collectives, hybridation, multicertification, nouvelles pratiques commerciales.

Mais s’adapter ne signifie pas renoncer à poser des questions.

Et celle-ci est simple :

jusqu’où peut-on modifier les règles d’un droit individuel au nom de la régulation budgétaire ?

 

Le Parlement doit maintenant faire son travail

C’est finalement peut-être le point le plus important.

Le projet de loi de finances est devant le Parlement.

La mesure n’est pas définitivement adoptée.

Les parlementaires ont donc maintenant la responsabilité de l’examiner.

Pas seulement sous l’angle des économies réalisées.

Mais sous celui de sa faisabilité, de son équité et de sa sécurité juridique.

Ils devront notamment s’interroger sur cette application aux demandes réalisées avant l’adoption définitive du budget.

Car il existe une différence fondamentale entre annoncer une réforme future et demander à un citoyen de s’engager financièrement sur la base d’une règle future.

Cette frontière mérite au minimum un débat.

 

Une profession fragilisée qui ne peut plus se contenter de subir

Depuis plusieurs mois, les signaux s’accumulent.

  • Plafonnement du CPF.
  • Hausse de la participation obligatoire.
  • Réduction de certains financements.
  • Pression sur l’apprentissage.
  • Tensions économiques des organismes.
  • Suppressions d’emplois documentées par le Synofdes.

Et maintenant un mécanisme susceptible de modifier rétroactivement le coût supporté par certains titulaires du CPF.

Chacune de ces mesures peut avoir sa justification budgétaire.

Mais leur accumulation finit par dessiner une politique.

Et c’est cette politique qu’il faut maintenant discuter.

La formation professionnelle est-elle encore considérée comme un investissement dans les compétences, ou devient-elle progressivement une variable d’ajustement budgétaire ?

Les organisations professionnelles ont commencé à réagir.

Les partenaires sociaux également.

Il appartient maintenant aux organismes de formation, aux entreprises, aux salariés et aux parlementaires de s’emparer du débat.

Parce qu’au fond, les 200 euros supplémentaires ne sont presque qu’un détail.

La vraie question est ailleurs :

si l’on peut vous demander aujourd’hui d’accepter une facture dont les règles seront décidées demain, que reste-t-il exactement de votre liberté de choisir ?

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MOTS CLÉS 

CPF 2027, Mon Compte Formation, rétroactivité CPF, reste à charge CPF, participation obligatoire CPF, PLF 2027, article 89, organismes de formation, Synofdes, Acteurs de la Compétence, droit à la formation, financement formation professionnelle, Caisse des dépôts.

SOURCES

  • Mon Compte Formation, Évolution des règles d’utilisation du CPF à compter du 2 octobre 2026, 2 octobre 2026.
  • Assemblée nationale, Projet de loi de finances pour 2027, n° 3210, déposé le 1er octobre 2026, article 89.
  • Les Acteurs de la Compétence, Projet de loi de finances 2027 : une loi pas encore votée, mais déjà rétroactive ?, 2 octobre 2026.
  • Synofdes, Budget 2027 : 2,5 milliards d’économie au détriment de l’emploi et de la formation – Jusqu’où ira le désinvestissement dans les compétences ?, 30 septembre 2026.
  • CFDT, La CFDT refuse que le CPF devienne une variable d’ajustement du budget 2027, 30 septembre 2026.
  • Caisse des dépôts, Conditions générales d’utilisation de Mon Compte Formation.
  •  

Mini FAQ : CPF : payer aujourd’hui, découvrir la facture demain — jusqu’où ça va aller ?

Le complément de 200 euros est-il déjà en vigueur ?

Non. Mon Compte Formation indique qu’un complément pourra être réclamé en 2027 si les dispositions prévues par le projet de loi de finances sont adoptées et si le titulaire est concerné. Le montant définitif dépendra de la loi et de ses textes d’application.

Pourquoi parle-t-on de rétroactivité ?

Parce que le projet prévoit d’appliquer les nouvelles règles à des demandes de formation réalisées dès octobre 2026, alors que la loi de finances pour 2027 n’est pas encore définitivement adoptée. Les Acteurs de la Compétence et le Synofdes indiquent étudier les voies de recours si le dispositif est adopté en l’état.

Tous les titulaires du CPF devront-ils payer 200 euros supplémentaires ?

Non. Le complément dépendra notamment de la situation du bénéficiaire, de la formation choisie et des éventuels cofinancements. Mon Compte Formation parle d’un complément « pouvant atteindre 200 € », et non d’une somme systématiquement due par tous.

Pourquoi trouve-t-on les dates du 1er et du 2 octobre ?

Le projet de loi vise une application à compter du 1er octobre 2026, tandis que Mon Compte Formation informe les usagers sur l’évolution des règles pour les demandes validées à compter du 2 octobre. Ce décalage fait partie des points qui devront être clarifiés.

La loi de finances pour 2027 est-elle votée ?

Non. Le projet de loi de finances n° 3210 a été déposé à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026. L’article 89 portant sur le CPF doit suivre le processus parlementaire et peut donc encore être modifié.


 

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CPF : de la liberté de choisir à la liberté de payer pour choisir ?

CPF : de la liberté de choisir à la liberté de payer pour choisir ?

Il y a quelques années,Les Experts Compétences  avaient publié sur ce blog un article consacré à une évolution qui me semblait déjà révélatrice : nous étions passés de la « formation tout au long de la vie » à la « liberté de choisir son avenir professionnel ». (voir le lien dans les articles sur le même sujet)

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  3. Vendre une transformation plutôt qu’une formation
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  6. Les signaux qui annoncent une transformation de la FPC

Les mots avaient changé.

Et derrière les mots, la philosophie de notre système de formation professionnelle avait elle aussi profondément évolué.

Aujourd’hui, une nouvelle formule pourrait résumer l’étape qui se prépare.

Elle n’est pas de moi. Elle est d’Arnaud Portanelli, cofondateur de Lingueo et observateur de longue date du CPF :

« On est libre, mais on est libre de payer. »

La formule est provocatrice.

Mais elle pose une vraie question : sommes-nous en train de passer de la liberté de choisir son avenir professionnel à la liberté de payer pour choisir ?

CPF : de la liberté de choisir à la liberté de payer pour choisir ?

2004 : la formation tout au long de la vie

Il faut revenir un peu en arrière.

La loi du 4 mai 2004 portait un titre qui paraît presque appartenir à une autre époque :

« Loi relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social. »

Son article 2 affirmait même que :

« La formation professionnelle tout au long de la vie constitue une obligation nationale. »

La formation devait favoriser l’insertion, la réinsertion, le maintien dans l’emploi, le développement des compétences, mais aussi l’accès à la qualification, le développement économique et culturel et la promotion sociale.

Tout était déjà là.

  • L’idée centrale était celle d’un droit qui accompagne l’individu pendant sa vie professionnelle.
  • L’entreprise avait sa responsabilité.
  • Le salarié avait progressivement la sienne.
  • Les partenaires sociaux jouaient leur rôle.
  • Et la collectivité considérait la formation comme un investissement collectif.

 

2018 : la liberté de choisir son avenir professionnel

Quatorze ans plus tard, changement de vocabulaire.

La loi du 5 septembre 2018 s’appelle :

« Pour la liberté de choisir son avenir professionnel ».

Le mot est fort : liberté.

Le premier chapitre de la loi annonce d’ailleurs clairement l’ambition :

« Renforcer et accompagner la liberté des individus dans le choix de leur formation. »

Avec la monétisation du CPF et surtout l’arrivée de Mon Compte Formation, cette philosophie devient très concrète.

Le titulaire dispose de droits.

  • Il consulte les formations.
  • Il choisit.
  • Il s’inscrit.
  • Il mobilise son compte.

Sans avoir nécessairement à demander l’autorisation de son employeur lorsque la formation est réalisée hors temps de travail.

C’était une véritable rupture.

On pouvait évidemment discuter le système, ses effets inflationnistes, les démarchages abusifs, les fraudes, la qualité parfois très variable de certaines offres ou l’utilisation de fonds publics pour des formations dont le caractère professionnel pouvait être discuté.

Mais le principe était extrêmement lisible :

le CPF appartenait à l’individu et lui donnait une capacité de décision.

 

Puis la liberté a commencé à être encadrée

Depuis, les règles ont changé.

En mai 2024 apparaît une participation financière obligatoire de 100 euros.

Elle est ensuite revalorisée.

En 2026, elle atteint finalement 150 euros.

Mais ce n’est pas le seul changement.

La loi de finances pour 2026 et ses décrets d’application ont également instauré des plafonds de mobilisation du CPF pour certaines catégories de formation.

Pour une certification inscrite au Répertoire spécifique, le titulaire ne peut désormais mobiliser que 1 500 euros de droits CPF.

Pour un bilan de compétences : 1 600 euros.

Pour certains permis de conduire légers : 900 euros, avec en plus de nouvelles conditions d’accès.

Pour le RNCP, en revanche, la mobilisation des droits reste à ce jour sans ce plafond général de 1 500 euros.

Pris séparément, chacun de ces choix peut être expliqué.

  • Il faut lutter contre les abus.
  • Il faut maîtriser la dépense.
  • Il faut éviter certains effets d’aubaine.
  • Il faut orienter les financements vers les compétences utiles à l’économie.

Tout cela peut parfaitement s’entendre.

Mais lorsque l’on regarde l’ensemble du mouvement, une autre question apparaît.

Que reste-t-il progressivement de la liberté initialement promise ?

 

2027 : 350 euros pour une formation « non prioritaire » ?

Une nouvelle étape est désormais envisagée dans le cadre des arbitrages budgétaires pour 2027.

Attention : à l’heure où ces lignes sont écrites, la mesure n’est pas encore en vigueur.

La participation obligatoire reste aujourd’hui fixée à 150 euros.

Mais le gouvernement envisage de porter le reste à charge à 350 euros pour un salarié mobilisant son CPF sans cofinancement lorsqu’il choisit une certification considérée comme non prioritaire.

Pour une certification reconnue comme prioritaire, la participation resterait à 150 euros.

Et c’est ici que le débat devient beaucoup plus intéressant que le simple passage de 150 à 350 euros.

Car il faut désormais répondre à une question :

 

Qu’est-ce qu’une formation prioritaire ?

Selon les éléments rendus publics, le caractère prioritaire serait apprécié à partir d’une liste de certifications définie par arrêté après consultation des partenaires sociaux.

L’intelligence artificielle devrait notamment faire partie des priorités.

Pourquoi pas ?

Le ministère du Travail vient justement de lancer son plan « Impulsion IA 2027 », avec plus de 80 millions d’euros annoncés pour accompagner l’acculturation et la formation à l’intelligence artificielle.

Personne ne contestera sérieusement que l’IA représente aujourd’hui un enjeu majeur de compétences.

Mais le problème n’est pas là.

Le problème est de savoir qui peut déterminer à la place d’un individu quelle compétence sera prioritaire pour son avenir professionnel.

 

Une langue est-elle prioritaire ?

Prenons précisément l’exemple donné par Arnaud Portanelli.

Une formation linguistique pourrait parfaitement ne pas figurer parmi les priorités nationales du moment.

Pourtant, pour un commercial qui doit développer une clientèle internationale, l’anglais peut être absolument déterminant.

  • Pour un salarié souhaitant rejoindre une entreprise allemande, l’allemand peut devenir la compétence qui débloquera son évolution professionnelle.
  • Pour quelqu’un qui envisage une mobilité à l’étranger, une langue peut avoir davantage d’importance que certaines compétences figurant sur une liste nationale.

Et demain ?

Une formation à la négociation est-elle prioritaire ?

  • La prise de parole en public ?
  • Le management ?
  • Excel ?
  • La gestion de projet ?
  • La cybersécurité ?
  • La comptabilité ?
  • Une formation destinée à préparer une reconversion que personne n’avait anticipée ?

Une priorité nationale n’est pas nécessairement une priorité individuelle.

Voilà tout le problème.

 

Le paradoxe du CPF

Nous arrivons alors à une situation assez étrange.

Le CPF continue juridiquement et administrativement à être présenté comme un compte personnel permettant à chaque actif d’acquérir des droits mobilisables tout au long de sa vie professionnelle.

Mais l’utilisation de ces droits devient progressivement conditionnée par plusieurs filtres :

l’éligibilité de la formation ;

son inscription au RNCP ou au Répertoire spécifique ;

les plafonds de mobilisation ;

l’existence éventuelle d’un cofinancement ;

la participation financière obligatoire ;

et demain, peut-être, le caractère « prioritaire » ou non de la certification choisie.

Le droit n’a pas disparu.

Mais son autonomie se réduit.

 

Pourtant, l’idée de priorité n’est pas absurde

Il faut néanmoins éviter une lecture trop simple du débat.

L’argent du CPF n’est pas de l’argent tombé du ciel.

Le dispositif a un coût collectif.

Et dans une période de fortes contraintes budgétaires, il n’est pas illégitime que la collectivité cherche à savoir ce qu’elle finance et pourquoi elle le finance.

Il est également compréhensible de vouloir favoriser certaines compétences stratégiques : intelligence artificielle, numérique, transition écologique, métiers en tension, industrie, santé ou autres secteurs confrontés à des besoins massifs.

De même, la recherche de cofinancements peut avoir du sens.

Employeur, salarié, branche, OPCO, Région ou État peuvent avoir intérêt à construire ensemble certains parcours.

Nous l’avons d’ailleurs souvent défendu sur ce blog : la co-construction du CPF peut être une excellente chose.

Mais co-construire n’est pas décider à la place de l’individu.

Et orienter n’est pas nécessairement contraindre.

 

Le vrai changement : de la liberté au pilotage

C’est peut-être là que se trouve le véritable changement de philosophie.

Pendant plusieurs années, le système a cherché à donner davantage d’autonomie à l’individu.

Aujourd’hui, il semble progressivement chercher à piloter son choix.

La différence est considérable.

Le raisonnement devient :

Vous pouvez choisir librement.

Mais certaines formations seront davantage financées que d’autres.

Certaines seront plafonnées.

Certaines nécessiteront un cofinancement.

Et si votre choix ne correspond pas aux priorités définies collectivement, vous pourrez toujours le faire…

à condition de payer davantage.

Nous retrouvons alors la formule d’Arnaud Portanelli :

« On est libre, mais on est libre de payer. »

 

Et les inégalités dans tout cela ?

C’est probablement la question la plus importante.

350 euros ne représentent pas la même chose pour tout le monde.

Pour un cadre supérieur gagnant confortablement sa vie, le montant peut constituer un simple arbitrage.

Pour un salarié payé au SMIC, une personne à temps partiel ou quelqu’un qui prépare discrètement une reconversion, 350 euros peuvent devenir un véritable obstacle.

Nous risquons alors de créer une liberté à deux vitesses.

Ceux qui peuvent payer conserveront une large liberté de choix.

Les autres seront davantage incités à choisir parmi les priorités retenues par le système ou à rechercher un cofinanceur.

Autrement dit, plus nous faisons dépendre la liberté de formation de la capacité financière personnelle, plus nous nous éloignons du principe de démocratisation qui avait accompagné la création du CPF.

 

De l’obligation nationale à la responsabilité individuelle

En un peu plus de vingt ans, le vocabulaire raconte finalement assez bien l’évolution du système.

En 2004 :

la formation tout au long de la vie constitue une obligation nationale.

En 2018 :

liberté de choisir son avenir professionnel.

En 2024 :

participation financière obligatoire.

En 2026 :

plafonnement de certaines utilisations du CPF.

Et peut-être demain :

priorités nationales et reste à charge différencié.

Ce n’est pas nécessairement la disparition du CPF.

C’est peut-être quelque chose de plus profond :

sa transformation.

D’un outil d’autonomie individuelle, il pourrait progressivement devenir un outil de politique publique des compétences, dans lequel l’individu conserve une liberté de choix, mais où la collectivité décide de plus en plus fortement quels choix elle souhaite financer.

 

Alors, qui doit choisir notre avenir professionnel ?

C’est finalement la question que cette réforme nous oblige à poser.

  • L’État ?
  • Les partenaires sociaux ?
  • L’employeur ?
  • Les branches professionnelles ?
  • Les besoins du marché du travail ?
  • Ou l’individu lui-même ?

La réponse est probablement : un peu de chacun.

Mais l’équilibre est fragile.

Car si l’on considère que l’individu est capable de choisir son avenir professionnel, il faut accepter qu’il puisse parfois choisir une compétence qui ne figure pas dans les priorités du moment.

Et si nous considérons au contraire que la collectivité doit déterminer quelles compétences méritent d’être financées, assumons-le clairement.

Mais dans ce cas, ne parlons peut-être plus tout à fait de la même liberté.

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MOTS CLÉS 

CPF, Compte personnel de formation, reste à charge CPF, CPF 350 euros, CPF 2027, formation professionnelle, liberté de choisir son avenir professionnel, formation tout au long de la vie, Arnaud Portanelli, formations prioritaires, cofinancement CPF, Répertoire spécifique, RNCP, compétences, réforme de la formation professionnelle.

SOURCES

  • Loi n° 2004-391 du 4 mai 2004 relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social.
  • Loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel.
  • Service-Public.fr, « CPF : la participation forfaitaire obligatoire augmente », mise à jour avril 2026.
  • Ministère du Travail, présentation du Compte personnel de formation, mise à jour avril 2026.
  • Mon Compte Formation / Caisse des Dépôts, règles d’utilisation du CPF issues de la loi de finances pour 2026.
  • Ministère du Travail, « Impulsion IA 2027 », septembre 2026.
  • Le Figaro, « Le reste à charge du CPF pourrait atteindre les 350 euros pour les formations non-prioritaires », 23 septembre 2026.
  • Le Monde, « La formation professionnelle, marqueur de la politique pour l’emploi d’Emmanuel Macron, subit un nouveau tour de vis de la part du gouvernement », 24 septembre 2026.
  • Publication LinkedIn d’Arnaud Portanelli sur le projet de reste à charge à 350 euros, septembre 2026.
  •  

Mini FAQ : CPF : de la liberté de choisir à la liberté de payer pour choisir ?

Le reste à charge du CPF est-il déjà passé à 350 euros ?

Non. À ce jour, la participation financière obligatoire est fixée à 150 euros en 2026. Le montant de 350 euros correspond à une mesure envisagée pour les salariés sans cofinancement choisissant une certification considérée comme non prioritaire. Elle doit encore être traduite juridiquement avant de pouvoir s’appliquer.

Toutes les formations seraient-elles concernées ?

Non. Le projet repose précisément sur une distinction entre certifications prioritaires et non prioritaires. Les modalités exactes dépendront des textes finalement adoptés.

Qui déterminerait les formations prioritaires ?

Selon les éléments communiqués par le ministère du Travail, une liste de certifications serait définie par arrêté après consultation des partenaires sociaux.

Le CPF permet-il encore de choisir librement sa formation ?

Le titulaire conserve aujourd’hui l’initiative de son projet dans le cadre des formations éligibles. Mais plafonds, conditions d’éligibilité, cofinancements et participation financière encadrent désormais davantage l’utilisation des droits qu’au lancement de Mon Compte Formation.

Pourquoi le gouvernement souhaite-t-il modifier le système ?

L’exécutif invoque notamment la nécessité d’orienter davantage les financements vers les compétences considérées comme prioritaires et la soutenabilité financière du dispositif, dans un contexte budgétaire contraint.

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OF : Rester seul ou se regrouper ?

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  2. OF : Un plan social à bas bruit a-t-il commencé ?
  3. Les appels d’offres des marchés de la formation
  4. Se regrouper pour survivre : Une stratégie vitale pour OF
  5.  Pourquoi créer des partenariats en formation professionnelle

Un constat s’imposait : derrière les débats sur le CPF, l’apprentissage ou les financements publics, le marché est en train de se recomposer. Cegos a acquis Next Group, M2i et Abilways sont désormais réunis dans SKOLAE Formation, Studi appartient à Galileo, l’ESRA vient d’acquérir DIXIT… Pendant ce temps, des milliers d’organismes indépendants continuent à supporter seuls leurs coûts, leur développement commercial, leur ingénierie et leurs obligations. Alors posons la question : rester indépendant doit-il encore signifier rester seul ?

OF : Rester seul ou se regrouper ?

La semaine dernière, les chiffres racontaient déjà quelque chose

Lorsque nous avons publié notre Top 10 des principaux organismes de formation 2026, notre objectif n’était finalement plus vraiment de fabriquer un classement.

Les chiffres étaient trop différents.

AFTRAL affichait 364,2 millions d’euros d’activité en 2024. Cegos, 137 millions de chiffre d’affaires en 2025 avec une marge d’EBITDA remarquable de 22,8 %. Orsys atteignait près de 96 millions d’euros. M2i réalisait encore 56,1 millions en 2024.

À l’autre extrémité, Nextformation affichait 7,68 millions d’euros de chiffre d’affaires et un EBITDA négatif de 970 000 euros, alors qu’il dépassait encore 2,4 millions d’euros positifs en 2021.

Notre conclusion était alors simple :

le secteur de la formation professionnelle ne se contente plus de ralentir. Il se recompose.

L’étude Xerfi 2026, Le marché de la formation professionnelle à l’horizon 2030, consacre d’ailleurs une partie de son analyse aux « défaillances, rachats, repositionnements » et aux effets de la baisse des financements publics sur le jeu concurrentiel.

Quelques jours plus tard, nous avons publié les chiffres du Synofdes sur ce que David Cluzeau appelle un « plan social à bas bruit » dans la formation.

Ces deux sujets sont en réalité étroitement liés.

Car lorsque les marchés se contractent, la question n’est pas seulement de savoir quels organismes vont perdre du chiffre d’affaires.

La question devient :

quelle taille, quelle organisation et quel modèle économique permettront encore de résister ?

 

Cegos et Next : la consolidation était déjà annoncée

Prenons Next Group.

Cegos l’a acquis en 2022. À l’époque, le groupe annonçait clairement ses ambitions : accélérer son développement et procéder à des acquisitions structurantes.

Next Group apportait notamment à Cegos une expertise dans la reconversion professionnelle et l’enseignement supérieur en alternance.

Cegos ne cachait donc pas la logique : il s’agissait de croissance et de consolidation.

C’est d’ailleurs assez intéressant lorsqu’on regarde, quelques années plus tard, la trajectoire de Nextformation que nous avons analysée dans notre précédent article.

Une marque peut continuer d’exister.

Mais économiquement, elle appartient désormais à un ensemble beaucoup plus vaste.

Et cet ensemble peut mutualiser ce que le petit organisme doit financer seul : commercial, marketing, digital, ingénierie, fonctions support, investissements technologiques, certification, communication…

 

M2i-Abilways : la taille pertinente devient celle du groupe

Le cas M2i est encore plus spectaculaire.

Nous avons longtemps connu M2i comme un acteur majeur et autonome de la formation informatique.

Ce n’est plus ainsi qu’il faut le regarder.

M2i et Abilways constituent aujourd’hui SKOLAE Formation, qui annonce plus de 3 000 programmes répartis entre huit marques spécialistes.

La taille pertinente n’est donc plus nécessairement celle de l’organisme de formation.

Elle devient celle du groupe de compétences et d’éducation.

Et cela change beaucoup de choses.

Un groupe peut répartir ses investissements sur plusieurs marques, plusieurs marchés et plusieurs populations.

Un petit OF ne le peut pas.

 

Studi : un autre changement d’échelle

Studi offre encore un autre exemple.

À l’origine, on trouve Comptalia, créée en 1999. Puis viennent d’autres écoles et la marque Studi.

En 2018, Studi rejoint Galileo Global Education.

Là encore, nous changeons complètement d’échelle.

Le petit organisme spécialisé devient progressivement une composante d’un ensemble international d’enseignement supérieur.

Ce modèle permet de partager technologies, certifications, marques, contenus, acquisition commerciale et infrastructures numériques.

Évidemment, tous les organismes n’ont ni l’ambition ni la vocation de devenir Studi.

Mais lorsqu’ils se retrouvent en concurrence sur certains marchés, ils ne combattent plus avec les mêmes armes.

 

Et maintenant l’ESRA rachète DIXIT

L’exemple de l’ESRA est particulièrement intéressant parce qu’il montre que la concentration ne concerne pas uniquement les très grands groupes généralistes.

En juin 2025, l’ESRA a annoncé l’acquisition de DIXIT, acteur historique de la formation professionnelle et de l’édition dans le cinéma.

Le président de l’ESRA, David Azoulay, expliquait très clairement la logique : cette acquisition devait permettre au groupe de s’installer plus fortement sur le segment de la formation professionnelle continue.

Autrement dit, un acteur historiquement identifié comme école peut lui aussi devenir consolidateur.

C’est une autre transformation du marché : les frontières entre enseignement supérieur, apprentissage et formation professionnelle continue deviennent de plus en plus poreuses.

 

Faut-il donc devenir gros pour survivre ?

Ce serait une conclusion beaucoup trop rapide.

Heureusement.

Car à côté de ces groupes existent toujours des milliers d’organismes beaucoup plus petits.

Prenons deux exemples que je connais bien.

Prépavenir Formation, créé en 2006, poursuit son activité autour des titres professionnels, de l’informatique, du web, de la gestion, de l’assistanat ou encore de la formation de formateurs. Il travaille avec les entreprises, France Travail, Transitions Pro et les OPCO.

Il existe donc toujours une place pour des organismes indépendants capables de construire leur activité autour de marchés identifiés.

Prenons maintenant un organisme encore beaucoup plus petit : Graine de Photographe, installé sur l’île Saint-Louis à Paris.

Son modèle est intéressant.

À partir d’une expertise extrêmement précise — la photographie — l’entreprise a diversifié ses activités : cours grand public, formations professionnelles, formations longues, studio, galerie, événements, team building…

Elle est toujours certifiée Qualiopi et propose des formations susceptibles d’être financées notamment par les OPCO, l’Afdas, France Travail ou les entreprises.

Sur le papier, voilà exactement ce que nous recommandons régulièrement : partir d’une expertise forte et multiplier les usages économiques de cette expertise.

Et pourtant…

 

Être encore là ne signifie pas nécessairement aller bien

C’est là qu’il faut être prudent avec toutes les études de marché.

Un site internet existe.

L’organisme possède Qualiopi.

Des formations sont proposées.

On pourrait donc conclure :

« Voilà un petit organisme qui résiste parfaitement aux grands groupes. »

Ce serait une erreur.

Pour avoir personnellement accompagné Graine de Photographe dans sa démarche Qualiopi, je sais combien l’équilibre économique d’une petite structure peut être difficile.

Et c’est probablement l’un des problèmes lorsque nous observons le marché uniquement à travers les chiffres publics.

Une entreprise peut être vivante juridiquement tout en étant économiquement fragile.

Elle peut maintenir son activité au prix d’efforts considérables de son dirigeant.

Elle peut avoir un excellent produit, une véritable expertise et une bonne réputation sans parvenir à atteindre la taille critique qui lui permettrait d’absorber facilement toutes ses charges.

C’est précisément pourquoi la question de la taille mérite d’être posée.

Mais peut-être pas de la façon habituelle.

 

Le problème n’est peut-être pas d’être petit. Le problème est d’être seul

Voilà ce que nous croyons.

Un organisme spécialisé peut parfaitement avoir intérêt à rester petit.

Il peut même transformer cette petite taille en avantage : proximité avec les clients, expertise extrêmement pointue, réactivité, faibles coûts de structure, capacité d’adaptation.

Nous l’avons déjà écrit : dans le marché qui se dessine, le spécialiste peut être plus solide que le généraliste moyen.

En revanche, pourquoi devrait-il tout faire lui-même ?

Pourquoi chaque OF devrait-il acheter ses propres outils numériques ?

Pourquoi devrait-il développer seul son expertise en intelligence artificielle ?

Pourquoi chacun devrait-il financer séparément sa communication, certains outils administratifs, son ingénierie ou certaines ressources commerciales ?

Pourquoi plusieurs spécialistes complémentaires ne pourraient-ils pas proposer ensemble une offre qu’aucun d’eux ne pourrait commercialiser seul ?

C’est là que nous retrouvons une vieille histoire de la formation professionnelle.

 

Les OF savent déjà se regrouper

J’ai personnellement participé à la constitution de nombreux consortiums, GME et autres groupements d’organismes de formation, y compris pour des opérations associant de très grands acteurs comme l’Afpa.

Nous savions parfaitement travailler ensemble.

Pourquoi ?

Parce que les appels d’offres nous y obligeaient.

  • Un organisme disposait des plateaux techniques.
  • Un autre de l’expertise pédagogique.
  • Un autre encore possédait l’implantation territoriale nécessaire.
  • Personne ne pouvait répondre seul.

Alors tout le monde se mettait autour de la table.

Et cela fonctionnait.

Mais il y avait une particularité :

le groupement était généralement constitué pour gagner un marché.

Une fois le marché terminé, chacun retournait chez soi.

 

Nous avons un curieux problème avec le partage

Il faut connaître le monde de la formation pour comprendre le paradoxe.

Nous exerçons un métier dont la fonction même consiste à transmettre des connaissances.

À partager le savoir.

Et pourtant, lorsqu’il s’agit de partager notre propre savoir-faire, nous pouvons devenir extraordinairement protecteurs.

C’est particulièrement vrai chez certains organismes mono-spécialistes.

  • Leur savoir-faire est leur capital.
  • Leurs formateurs sont leur capital.
  • Leurs méthodes sont leur capital.
  • Leurs clients sont évidemment leur capital.

Pourquoi les partager avec quelqu’un qui pourrait devenir demain un concurrent ?

La réaction est parfaitement compréhensible.

Elle devient cependant problématique lorsque la volonté de tout protéger oblige chacun à financer séparément exactement les mêmes fonctions.

 

Mutualiser n’est pas fusionner

C’est probablement ici que nous devons changer notre vocabulaire.

Lorsque l’on parle de regroupement à un dirigeant, il entend parfois :

« On veut me faire vendre mon entreprise. »

Ce n’est absolument pas la seule solution.

Entre l’indépendance totale et l’acquisition par Cegos, Galileo ou SKOLAE existe une quantité considérable de possibilités.

Des OF peuvent mutualiser des achats.

  • Partager certains outils.
  • Employer ensemble certaines compétences rares.
  • Construire une ingénierie commune.
  • Créer une force commerciale partagée sur certains marchés.
  • Répondre ensemble à des appels d’offres.
  • Développer une plateforme technologique commune.
  • Partager certaines ressources liées à l’IA.
  • Créer une structure coopérative.
  • Et conserver parallèlement leurs marques, leurs équipes, leurs clients et surtout leur expertise différenciante.

Le principe pourrait être résumé ainsi :

ne mutualisons pas ce qui fait notre différence ; mutualisons ce qui nous coûte cher à tous pour faire à peu près la même chose.

 

Même le secteur public expérimente cette logique

Le mouvement n’est d’ailleurs pas réservé aux entreprises privées.

Un décret du 17 décembre 2025 permet, dans l’enseignement agricole public, la création de centres de formation professionnelle continue et d’apprentissage (CFPCA) par fusion de CFA et de centres de formation professionnelle continue.

Le contexte est évidemment particulier et il ne s’agit pas d’un modèle directement transposable aux OF privés.

Mais le principe mérite d’être observé : rapprocher des structures et leurs moyens lorsque maintenir des organisations parallèles n’est plus nécessairement pertinent.

 

Et si la véritable troisième voie était là ?

Notre précédent article sur le « plan social à bas bruit » se terminait sur cette idée :

pendant des années, les organismes de formation se sont regroupés parce qu’un appel d’offres les y obligeait.

Demain, certains devront peut-être se regrouper simplement pour continuer à exister.

Après avoir regardé Cegos, Next, M2i, SKOLAE, Studi, Galileo, ESRA, DIXIT, Prépavenir ou Graine de Photographe, nous irions aujourd’hui un peu plus loin.

Trois chemins semblent se dessiner.

  • Le premier consiste à atteindre soi-même une taille importante, par croissance interne ou acquisition.
  • Le deuxième consiste à rejoindre un groupe capable d’apporter capital, outils, certifications, technologie, puissance commerciale et diversification.
  • Mais il en existe un troisième.

Rester indépendant sans rester isolé.

C’est probablement le plus difficile.

Parce qu’il demande aux dirigeants d’OF de faire quelque chose que le marché ne leur a jamais vraiment appris à faire durablement : faire confiance à d’autres organismes sans attendre qu’un appel d’offres les y oblige.

Et pourtant, ce pourrait être l’une des réponses à la période qui s’ouvre.

 

Le petit OF n’est peut-être pas condamné

Nous ne croyons donc pas à la disparition automatique des petits organismes.

Certains possèdent des avantages que les grands groupes auront toujours beaucoup de mal à reproduire : expertise, proximité, réputation professionnelle, connaissance d’un métier, relation personnelle avec les entreprises et capacité à modifier rapidement une offre.

Mais le petit organisme qui veut continuer à tout produire, tout administrer, tout commercialiser, tout financer et tout développer seul pourrait rencontrer de plus en plus de difficultés.

  • Xerfi observe les rachats, les défaillances et les repositionnements.
  • Le Synofdes observe les suppressions d’emplois.
  • Les comptes de certains grands organismes montrent que des acteurs restent extrêmement rentables tandis que d’autres voient leurs marges disparaître.

Ce ne sont probablement pas trois phénomènes indépendants.

Ils racontent la même transformation du marché.

Pendant longtemps, être indépendant signifiait être seul maître chez soi.

Demain, la véritable indépendance consistera peut-être à savoir exactement ce que l’on refuse de partager… et tout ce que l’on accepte enfin de construire avec les autres.


 

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MOTS CLÉS 

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SOURCES

  • Le Blog de la Formation – formations-conseils.com, « Top 10 des principaux Organismes de Formation 2026 », 22 septembre 2026.
  • Xerfi, Le marché de la formation professionnelle à l’horizon 2030, étude mise à jour le 29 janvier 2026.
  • Cegos, communications relatives à l’acquisition de Next Group et à la stratégie de croissance du groupe, 2022.
  • SKOLAE, présentation du groupe et de SKOLAE Formation, issu du rapprochement d’Abilways et M2i.
  • Studi, historique du groupe et intégration à Galileo Global Education.
  • ESRA, « DIXIT rejoint l’ESRA ! », 4 juin 2025.
  • Prépavenir Formation, présentation et offre de formation.
  • Graine de Photographe, offre de formation professionnelle et certification Qualiopi.
  • Légifrance, décret n° 2025-1236 du 17 décembre 2025 portant création des centres de formation professionnelle continue et d’apprentissage.

Mini FAQ : OF : Rester seul ou se regrouper ?

La formation professionnelle est-elle réellement en train de se concentrer ?

Plusieurs opérations importantes le montrent : acquisition de Next Group par Cegos, intégration de M2i avec Abilways au sein de SKOLAE Formation, appartenance de Studi à Galileo Global Education ou encore acquisition de DIXIT par l’ESRA. Xerfi identifie également les rachats et repositionnements parmi les grandes tendances concurrentielles du marché. Cela ne signifie toutefois pas que le secteur est devenu concentré : il demeure composé d’un très grand nombre d’acteurs.

Un petit organisme doit-il forcément rejoindre un groupe ?

Non. La petite taille peut rester un avantage lorsqu’elle repose sur une forte expertise, une clientèle identifiée et une structure de coûts adaptée. Le problème apparaît surtout lorsque le petit OF doit financer seul toutes les fonctions devenues nécessaires à son activité.

Que peut-on mutualiser sans fusionner ?

Achats, outils numériques, certaines fonctions administratives, ressources commerciales, ingénierie, veille, technologies, moyens de production ou réponses à certains marchés peuvent être partagés. Le principe consiste à préserver ce qui différencie chaque organisme et à mutualiser ce qui ne le différencie pas.

Le GME peut-il constituer une solution ?

Oui pour répondre à certains marchés, et les organismes de formation l’utilisent depuis longtemps. Mais le défi actuel va plus loin : il consiste à imaginer des coopérations qui ne disparaissent pas avec la fin d’un appel d’offres.

Faut-il donc grossir ou coopérer ?

Il n’existe probablement pas de réponse unique. Les trajectoires observées montrent au contraire plusieurs modèles : croissance interne, acquisition, intégration dans un groupe, spécialisation ou coopération entre indépendants. La bonne question pour un dirigeant est plutôt : quelles fonctions doivent absolument rester chez moi, et lesquelles n’ai-je plus intérêt à supporter seul ?

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OF : un « plan social à bas bruit » a-t-commencé ?

OF : un « plan social à bas bruit » a-t-commencé ?

Les Experts Compétences  remercient Michel Baujard (mescertifs, CFS+) et ses excellents webinar dont le dernier :

  • Webinar « Organismes de formation : quel rebond après le plafond CPF ? », intervention de David Cluzeau, délégué général du Synofdes, transcription du webinar communiquée à formations-conseils.com.

. Près de 40 % des organismes de formation interrogés par le Synofdes ont déjà supprimé des emplois depuis janvier 2026. Plus de la moitié envisagent encore de le faire dans les prochains mois. Depuis plus d’un an, nous alertons sur la fragilisation économique des organismes de formation. Les derniers chiffres disponibles suggèrent que nous sommes peut-être entrés dans une nouvelle phase : celle où la contraction des financements commence à transformer durablement le tissu même de la formation professionnelle.

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Il y a encore quelques mois, on pouvait parler de tensions.

Baisse des financements publics, restrictions sur le CPF, diminution de certaines commandes, pression sur les prix, difficultés de trésorerie, instabilité réglementaire…

Sur formations-conseils.com, nous avons consacré de nombreux articles à ces évolutions. Nous avons également essayé de ne pas nous contenter de les dénoncer : spécialisation des organismes de formation, diversification des financeurs, nouvelles alliances, mutualisation de certaines fonctions, repositionnement de l’offre, vente de transformations plutôt que de simples heures de formation…

Avant l’été, une enquête du Synofdes donne une dimension beaucoup plus concrète à ce que nous observions.

Et un terme employé par David Cluzeau, délégué général du Synofdes, lors d’un récent webinar nous paraît particulièrement bien résumer la situation :

un « plan social à bas bruit ».

OF : un « plan social à bas bruit » a-t-commencé ?

39,2 % des organismes interrogés ont déjà supprimé des emplois

Le Synofdes a publié le 17 septembre les résultats d’une enquête flash portant sur la situation économique des organismes de formation au premier semestre 2026.

Soyons précis sur la méthodologie : il ne s’agit pas d’une enquête portant sur l’ensemble des organismes de formation français. Elle repose sur 79 réponses, représentant 20 % des adhérents du Synofdes. Le syndicat la présente lui-même comme une photographie destinée à compléter son baromètre annuel. Il faut donc considérer ces résultats comme un signal sectoriel, et non comme une extrapolation statistique à l’ensemble des OF français.

Mais le signal est difficile à ignorer.

49,4 % des répondants déclarent une activité globale en forte baisse au cours des six premiers mois de 2026.

81 % déclarent un impact fort des restrictions budgétaires sur leur activité.

Et surtout :

39,2 % ont déjà supprimé des emplois depuis janvier 2026.

Plus inquiétant encore, 54,4 % envisagent d’en supprimer dans les mois à venir.

Ce phénomène n’est d’ailleurs pas apparu soudainement en septembre.

Dans son baromètre 2025-2026 publié en février, le Synofdes indiquait déjà que 56 % des répondants avaient réduit ou suspendu certaines activités entre 2024 et 2025, que 48 % avaient réduit leur masse salariale en 2025 et que 9 % envisageaient un dépôt de bilan à court ou moyen terme.

Nous ne sommes donc plus seulement face à des dirigeants qui disent :

« L’année va être difficile. »

Nous commençons à mesurer les conséquences de cette difficulté sur les emplois.

 

Pourquoi personne ne voit vraiment ce « plan social » ?

Parce qu’il n’existe pas.

Ou plutôt parce qu’il n’existe pas sous la forme habituelle d’un grand plan social national et visible.

Le secteur de la formation est constitué d’une multitude de structures. Lorsqu’une entreprise industrielle supprime 800 emplois sur un même site, l’événement devient immédiatement visible.

Lorsqu’un organisme de formation supprime trois postes, qu’un autre en supprime quatre, qu’un troisième ne remplace pas deux départs, qu’un quatrième ferme un établissement et qu’un cinquième cesse son activité, chacun de ces événements reste local et souvent invisible.

C’est précisément ce que David Cluzeau décrit lorsqu’il parle, dans le webinar, d’une sorte de « plan social à bas bruit » : dans des structures de petite taille, quelques suppressions de postes se voient peu. Pourtant, leur accumulation peut finir par transformer profondément le secteur.

Et le problème ne concerne pas seulement les salariés permanents.

Le Synofdes constate également une diminution du recours aux formateurs indépendants parmi une partie des répondants. Autrement dit, les OF ne semblent pas simplement remplacer des salariés par davantage de sous-traitance pour rendre leurs charges plus variables. La contraction touche aussi une partie des ressources externes.

C’est un élément essentiel.

Car lorsque les compétences commencent à quitter un secteur, les conséquences peuvent être beaucoup plus longues que la crise qui les a provoquées.

 

Une compétence perdue ne revient pas sur commande

C’est probablement le point le plus préoccupant.

Un formateur licencié ne va pas nécessairement attendre deux ans que le marché de la formation professionnelle reparte.

Il cherchera un autre emploi.

Un ingénieur pédagogique peut rejoindre une entreprise. Un commercial peut changer de secteur. Un responsable administratif peut faire de même. Un expert métier peut décider que la formation ne lui permet plus de vivre correctement.

Les organismes, parallèlement, réduisent leurs investissements.

Or cela intervient précisément au moment où ils devraient investir : intelligence artificielle, digitalisation, hybridation des parcours, nouvelles compétences, évolution des métiers, transition écologique…

David Cluzeau souligne lui-même ce paradoxe dans son intervention : l’affaiblissement de la capacité d’investissement des OF intervient au moment où le secteur doit accompagner des transformations économiques majeures.

On peut réduire aujourd’hui la dépense consacrée à la formation.

On ne peut pas être certain de retrouver demain l’appareil de formation que l’on aura laissé disparaître.

D’autant que le ralentissement du CPF est, lui, mesurable au-delà de l’enquête du Synofdes : la Dares comptabilise 1,226 million de formations financées par le CPF commencées en 2025, soit 11 % de moins qu’en 2024.

Depuis février 2026, de nouvelles règles ont par ailleurs plafonné à 1 500 euros la mobilisation des droits CPF pour les formations relevant du Répertoire spécifique et à 1 600 euros pour les bilans de compétences.

Il serait évidemment excessif d’attribuer toutes les difficultés des OF au seul CPF. Le Synofdes cite également la baisse des financements publics, la diminution des commandes et appels d’offres, la perte ou la non-reconduction de marchés ainsi que les contraintes administratives et réglementaires.

C’est justement cette accumulation qui rend la situation particulière.

 

Mais les organismes de formation ne peuvent pas seulement attendre

C’est ici que l’intervention de David Cluzeau devient particulièrement intéressante.

Le Synofdes demande davantage de stabilité dans les politiques publiques et les financements. Mais son délégué général ne dit pas aux organismes de formation d’attendre simplement que l’État ouvre de nouveau les robinets.

Il les invite également à repenser leur modèle économique, à diversifier leurs marchés et à mutualiser certains coûts.

Dans le webinar, il évoque les groupements d’achats, les mutualisations et même la possibilité de solutions coopératives, notamment pour les outils numériques, l’intelligence artificielle ou certaines fonctions de gestion.
Nous partageons cette analyse.

Nous la défendons même depuis longtemps.

Mais il faut également connaître intimement le monde de la formation pour comprendre à quel point elle sera difficile à mettre en œuvre.

 

Les OF savent se regrouper… lorsqu’ils y sont obligés

J’ai moi-même constitué et participé à de nombreux groupements d’organismes de formation : Consortium, GME, groupements d’intérêt et autres formes de coopération, y compris dans des opérations associant de grands acteurs comme l’Afpa.

Cela fonctionne.

Les appels d’offres ont d’ailleurs progressivement obligé les organismes à apprendre à travailler ensemble.

Un organisme possède une expertise, un autre une implantation territoriale, un troisième une capacité de production ou des moyens techniques complémentaires.

On additionne les compétences pour être capable de répondre à un marché qu’aucun des partenaires n’aurait pu assumer seul.

Mais il existe une différence fondamentale entre se regrouper pour remporter ponctuellement un marché et organiser durablement une partie de son entreprise avec d’autres.

Et c’est là que les choses deviennent beaucoup plus compliquées.

 

Le paradoxe d’un métier du partage qui partage difficilement

Le monde de la formation est extrêmement fragmenté.

Beaucoup de dirigeants ont construit leur entreprise autour d’un savoir-faire particulier, parfois même autour d’une seule formation ou d’une expertise très étroite.

Cette expertise est leur identité.

Elle est également leur avantage concurrentiel.

Il n’est donc pas surprenant qu’ils cherchent à la protéger.

Après de nombreuses années passées à accompagner des organismes de formation, j’ai souvent constaté ce paradoxe : nous exerçons un métier fondé sur la transmission et le partage du savoir, mais nous pouvons nous montrer extraordinairement protecteurs lorsqu’il s’agit de partager notre propre savoir-faire.

Certains organismes qui travaillent sur des marchés très proches peuvent collaborer pour répondre à un appel d’offres puis redevenir immédiatement concurrents une fois le marché terminé.

C’était possible tant que chacun disposait d’un modèle économique suffisamment solide pour supporter seul ses fonctions administratives, ses outils, son ingénierie, son commercial, sa communication, ses locaux et ses investissements.

Cela le sera peut-être beaucoup moins demain.

 

Se regrouper ne veut pas dire fusionner

C’est probablement l’un des malentendus qu’il faudra lever.

Mutualiser ne signifie pas nécessairement vendre son entreprise ou abandonner son identité.

Deux ou cinq organismes peuvent rester indépendants tout en partageant certaines fonctions.

  • Pourquoi chacun devrait-il acheter séparément les mêmes outils ?
  • Pourquoi chacun devrait-il construire seul son expertise IA ?
  • Pourquoi plusieurs petits OF d’un même territoire ne pourraient-ils pas partager certaines ressources commerciales, administratives ou technologiques ?
  • Pourquoi ne pas construire des offres complémentaires plutôt que de continuer à se battre sur les mêmes marchés avec des catalogues presque identiques ?

Les formes juridiques et opérationnelles peuvent être multiples : groupements momentanés pour certains marchés, achats communs, moyens techniques mutualisés, fonctions support partagées, partenariats commerciaux durables, ingénierie commune, consortiums ou structures coopératives.

Il ne s’agit pas de tout partager.

Il s’agit de déterminer ce qui constitue réellement le cœur différenciant de l’organisme et ce qui peut être mutualisé sans le dénaturer.

Cette distinction pourrait devenir l’une des grandes questions stratégiques des prochaines années.

 

Le marché a déjà commencé sa concentration

Ce mouvement n’est d’ailleurs pas entièrement théorique.

Ces dernières années ont déjà vu des rapprochements significatifs. Cegos a ainsi acquis Next Group en 2022, groupe dont Nextformation constitue l’activité de reconversion professionnelle. Dans son communiqué de l’époque, Cegos parlait explicitement de « consolidation du marché de la formation ».

Plus récemment, M2i et Abilways se sont rapprochés pour constituer SKOLAE Formation, présenté en septembre 2025 comme un ensemble multispécialiste réunissant notamment M2i, EFE, CFPJ, ISM ou Pyramyd.

À l’autre extrémité du spectre, certains organismes disparaissent. CEFIAC Formation, par exemple, a connu une liquidation judiciaire ouverte en mai 2024, clôturée pour insuffisance d’actif en mai 2026, avant sa radiation.

Il ne faut évidemment pas tirer de ces trois trajectoires une loi générale : leurs histoires, leurs tailles et les raisons de leurs évolutions sont différentes.

Mais elles illustrent les différentes formes que peut prendre la recomposition d’un marché : rapprochement, consolidation, changement d’échelle… ou disparition.

 

La question n’est peut-être plus : faut-il coopérer ?

Pendant longtemps, nous avons présenté les alliances entre organismes comme une stratégie possible.

Elles permettaient d’accéder à de nouveaux marchés, d’élargir une offre, de couvrir un territoire ou de répondre à un appel d’offres plus important.

La situation décrite aujourd’hui par le Synofdes change peut-être la nature de la question.

Quand l’activité baisse, que le remplissage des sessions devient insuffisant, que la trésorerie se tend, que les investissements nécessaires augmentent et que les emplois commencent à disparaître, la coopération n’est plus seulement une stratégie de développement.

Elle peut devenir une stratégie de résistance.

Et peut-être, demain, une condition de survie.

Cela ne dispense évidemment pas les pouvoirs publics de s’interroger sur la cohérence de leurs politiques. France compétences reconnaît elle-même, dans sa convention d’objectifs 2026-2028, la nécessité d’un financement du système qui soit à la fois sécurisé, soutenable et inscrit dans une stratégie pluriannuelle.

On ne peut pas demander aux organismes d’investir, d’innover, de recruter, de digitaliser leurs formations et d’accompagner les grandes transitions économiques tout en modifiant continuellement leur environnement économique et réglementaire.

Mais les dirigeants d’OF doivent également regarder la situation telle qu’elle est.

Le modèle qui consistait à rester seul sur son marché, à protéger jalousement son expertise et à supporter individuellement toutes ses fonctions pourrait devenir de plus en plus difficile à défendre.

Pendant des années, les organismes de formation se sont regroupés parce qu’un appel d’offres les y obligeait.

Demain, certains devront peut-être apprendre à se regrouper simplement pour continuer à exister.

Si cet article vous a plu, vous pouvez suivre les travaux des experts compétences en rejoignant le blog de la formation et vous inscrire à la Newsletter. Les experts compétences accompagnent tous les projets à forte composante numérique autour du Marketing, du Management et de la Formation. Ceci pour des organismes de formation comme pour les entreprises. Pour les contacter, laissez leur un message

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SOURCES

  • Synofdes, « Résultats de l’enquête flash du premier semestre 2026 », 17 septembre 2026.
  • Synofdes / Recherches & Solidarités, Baromètre des organismes de formation 2025-2026, février 2026.
  • Webinar « Organismes de formation : quel rebond après le plafond CPF ? », intervention de David Cluzeau, délégué général du Synofdes, transcription du webinar communiquée à formations-conseils.com.
  • Dares, données relatives au Compte personnel de formation en 2025, juillet-août 2026.
  • Ministère du Travail, règles du Compte personnel de formation applicables en 2026.
  • France compétences, Convention d’objectifs et de performance 2026-2028.
  • Cegos, communiqué relatif à l’acquisition de Next Group, avril 2022.
  • M2i Formation / SKOLAE Formation, rapprochement M2i-Abilways, septembre 2025.

Mini FAQ : OF : un « plan social à bas bruit » a-t-commencé ?

L’enquête du Synofdes représente-t-elle tous les organismes de formation français ?

Non. L’enquête flash repose sur 79 réponses, soit 20 % des adhérents du Synofdes. Le syndicat précise qu’elle constitue une photographie de la situation de son réseau et qu’elle viendra compléter son baromètre annuel. Ses résultats constituent donc un signal important, mais ne doivent pas être extrapolés mécaniquement à l’ensemble des organismes français.

Les difficultés viennent-elles uniquement du CPF ?

Non. Les répondants citent notamment les financements des Régions, de France Travail, de l’État et d’autres financeurs publics, la diminution des commandes et appels d’offres, les marchés non renouvelés ainsi que les évolutions du CPF.

Se regrouper signifie-t-il fusionner ?

Non. La mutualisation peut prendre des formes très différentes : achats groupés, fonctions support partagées, outils communs, GME pour certains marchés, ingénierie mutualisée, partenariats commerciaux, consortiums ou structures coopératives. L’objectif n’est pas nécessairement de faire disparaître les entreprises existantes, mais de ne plus supporter isolément tous les coûts.

Les OF peuvent-ils encore agir sur leur modèle économique ?

Oui. C’est même l’un des enseignements intéressants de l’intervention du Synofdes : diversification, mutualisation et réflexion sur les modèles économiques doivent accompagner la demande de davantage de stabilité des financements publics.

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Que se passe-t-il dans les OPCO ?

Que se passe-t-il dans les OPCO ?

Les Experts Compétences ont l’impression de revenir en 2018. Perquisition au siège d’Opco EP, saisies de téléphones et de données informatiques, factures et comptes rendus de réunions examinés par les enquêteurs : l’affaire révélée fin septembre 2026 dépasse largement le cas d’un opérateur de compétences. Elle pose une question beaucoup plus dérangeante : huit ans après la grande réforme de 2018, qu’avons-nous réellement changé dans la gestion de l’argent de la formation professionnelle ?

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Il faut évidemment commencer par une précaution essentielle.

Une perquisition n’est pas une condamnation. L’ouverture d’investigations et la saisie de documents ne permettent pas de préjuger de leurs conclusions ni d’imputer à quiconque une infraction qui n’aurait pas été établie.

Mais l’affaire Opco EP n’arrive pas dans un ciel parfaitement bleu.

En février 2025, la Cour des comptes avait publié un rapport consacré à la gestion de l’Opérateur de compétences des entreprises de proximité sur les exercices 2019 à 2023. Et certaines de ses observations étaient particulièrement sévères.

Un an et demi plus tard, la Brigade financière s’intéresse à son tour à l’organisme.

Pour ceux qui ont connu les OPCA, les Fongecif et la réforme de 2018, cette actualité réveille quelques souvenirs.

Et quelques questions.

Que se passe-t-il dans les OPCO ?

Opco EP : la justice entre dans le dossier

Selon les informations révélées par Les Échos et reprises depuis par plusieurs médias spécialisés, la Brigade financière a perquisitionné en septembre 2026 le siège parisien d’Opco EP ainsi que le domicile de son directeur général.

Des téléphones et des données informatiques auraient notamment été saisis ou copiés et les enquêteurs s’intéresseraient à des factures ainsi qu’à des comptes rendus de réunions.

L’événement est considérable dans le petit monde de la formation professionnelle.

Opco EP n’est pas un organisme marginal.

C’est l’un des onze opérateurs de compétences issus de la réforme de 2018. La Cour des comptes rappelle qu’il couvre 53 branches professionnelles représentant, pour les données qu’elle a examinées, environ 434 600 entreprises et 2,4 millions de salariés. Il s’appuie sur plus de 1 100 collaborateurs et représentait en 2022 environ 2 milliards d’euros de ressources et autant d’engagements.

Nous ne parlons donc pas d’une petite structure périphérique.

Nous parlons d’un acteur majeur du système français de financement de la formation professionnelle.

 

La Cour des comptes avait déjà allumé plusieurs voyants rouges

Il faut relire aujourd’hui le rapport publié par la Cour des comptes en février 2025.

La formule employée était particulièrement claire : l’Opco EP s’exposait à des « risques majeurs de contentieux pour non-respect des règles de la commande publique ».

La Cour rappelait notamment que les OPCO sont soumis aux règles de la commande publique pour leurs propres achats et pour certains achats de formation réalisés dans le cadre de projets collectifs ou d’appels d’offres.

Or elle constatait une mise en ordre tardive de la fonction achats.

Ce constat avait d’ailleurs une profondeur historique intéressante : selon la Cour, les anciens OPCA Agefos-PME et Actalians, dont est notamment issu Opco EP, ne disposaient pas de véritables services achats et ne recouraient qu’exceptionnellement aux procédures de marchés publics.

En 2020, le nouvel Opco EP n’avait encore constitué qu’un service achats embryonnaire avec le recrutement d’une personne.

Et ce n’est qu’à partir du second semestre 2022 que l’opérateur a commencé à assurer un suivi systématique des marchés qu’il passait.

Autrement dit : la transformation des OPCA en OPCO n’a pas fait disparaître instantanément les pratiques, les organisations et les cultures de gestion héritées de l’ancien système.

 

Le recours aux cabinets de conseil pose également question

La Cour s’est également intéressée au recours important à des prestations extérieures de conseil.

C’est un sujet sensible.

Pourquoi une structure disposant de plus de 1 100 salariés doit-elle externaliser certaines missions ? Où se situe la frontière entre une expertise extérieure légitime et une dépendance excessive à des cabinets privés ? Comment les prestataires sont-ils sélectionnés ? Et quelle information est donnée aux administrateurs qui représentent les partenaires sociaux ?

Opco EP a contesté une partie de l’analyse de la Cour.

Dans sa réponse officielle, l’organisme indique notamment que le recours à son principal prestataire de conseil s’inscrivait dans son plan de transformation et avait été approuvé par son conseil d’administration. Il précise que 6,971 millions d’euros HT auraient été dépensés sur quatre ans dans le cadre concerné, sur une enveloppe initialement prévue de 30 millions d’euros.

Opco EP soutient également que ces consultants ne se sont pas substitués à ses directeurs et que les compétences nécessaires n’étaient pas toutes disponibles en interne pendant la transformation de l’organisme.

Cette réponse doit évidemment être versée au dossier.

Elle ne fait cependant pas disparaître la question centrale soulevée par la Cour : comment un organisme chargé de gérer des sommes considérables provenant du système de formation professionnelle organise-t-il ses achats, sa mise en concurrence et le contrôle de ses prestataires ?

 

Et si l’affaire Opco EP nous ramenait à 2018 ?

C’est ici que l’affaire devient particulièrement intéressante.

Revenons huit ans en arrière.

La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a profondément bouleversé l’architecture de la formation professionnelle française.

Les 20 OPCA ont laissé la place à 11 OPCO.

France compétences a été créée.

Le CPF a progressivement été confié à la Caisse des dépôts.

La collecte des contributions légales, encore assurée transitoirement par les OPCO, a finalement basculé vers les Urssaf et la MSA en 2022.

Les OPCO ont été recentrés sur de nouvelles missions : financement de l’alternance, accompagnement des branches, appui aux entreprises — notamment celles de moins de 50 salariés — et développement des compétences.

Il serait donc inexact de dire que le gouvernement a simplement changé l’étiquette « OPCA » en « OPCO ».

La transformation institutionnelle a été considérable.

Mais ceux qui travaillaient déjà dans la formation avant 2018 peuvent légitimement poser une autre question :

cette réforme cherchait-elle aussi, sans toujours le dire explicitement, à reprendre le contrôle d’un système paritaire devenu extrêmement puissant financièrement ?

C’est une question, pas une conclusion.

Mais elle mérite aujourd’hui d’être posée.

 

Avant 2018, les OPCA étaient devenus des acteurs considérables

Ceux qui dirigeaient alors des organismes de formation se souviennent de la place qu’occupaient les OPCA.

Ils collectaient les contributions des entreprises, finançaient les formations, négociaient avec les organismes, développaient des politiques de branche et disposaient, pour certains, d’organisations territoriales et de moyens considérables.

Ils n’étaient plus de simples organismes administratifs chargés de rembourser des factures de formation.

Ils étaient devenus des acteurs structurants du marché.

La réforme de 2018 leur a retiré l’une des fonctions qui fondait historiquement leur puissance : la collecte.

Cette dernière a finalement été transférée aux Urssaf et à la MSA.

L’argent remonte désormais dans un système beaucoup plus centralisé autour de France compétences avant d’être réparti entre les différents financeurs et dispositifs.

On peut discuter des avantages et des défauts de cette architecture.

Mais politiquement et financièrement, le changement est majeur.

 

Et puis il y eut les Fongecif

Pour les organismes de formation qui travaillaient beaucoup sur la reconversion professionnelle des salariés, la réforme de 2018 a provoqué un autre séisme.

Les Fongecif ont disparu au profit des commissions paritaires interprofessionnelles régionales, devenues les associations Transitions Pro.

Le congé individuel de formation — le fameux CIF — a été remplacé par le projet de transition professionnelle, le PTP.

Sur le papier, on pourrait presque avoir l’impression d’une transformation administrative.

Dans la réalité, elle a été beaucoup plus brutale.

Je peux ici parler d’expérience.

À l’époque, nous travaillions énormément avec le Fongecif. Pour certains organismes de formation, les salariés en reconversion représentaient une part très importante du chiffre d’affaires.

Puis le système s’est arrêté.

Le nouveau dispositif s’est installé.

Les interlocuteurs ont changé.

Et surtout, les moyens disponibles pour financer les reconversions ont fortement diminué.

Longtemps, j’ai gardé de cette période l’impression empirique que l’enveloppe avait été divisée approximativement par deux.

Les chiffres publiés depuis permettent aujourd’hui de sortir du simple témoignage.

 

Le financement de la reconversion a effectivement chuté de 54 %

Dans une revue des dépenses consacrée à l’apprentissage et à la formation professionnelle, l’Inspection générale des finances a étudié le passage du CIF au projet de transition professionnelle.

Son constat est spectaculaire :

le passage du CIF au PTP en 2019 s’est accompagné d’une baisse des financements de 54 %.

Ce chiffre éclaire rétrospectivement ce qu’ont vécu de nombreux organismes de formation.

Ce n’était pas seulement une impression de terrain.

Ce n’était pas uniquement le remplacement d’un sigle par un autre.

Une part considérable de la capacité de financement de la reconversion des salariés avait disparu.

Aujourd’hui, le PTP continue bien à financer des reconversions professionnelles et permet notamment, sous conditions, le financement de la formation et le maintien de la rémunération.

Mais le changement de 2019 a représenté une contraction financière majeure.

Pour beaucoup d’organismes de formation positionnés sur les formations longues de reconversion, ce fut l’un des premiers grands chocs économiques de la nouvelle architecture.

 

Fongecif et Transitions Pro : rupture ou continuité ?

Il y a d’ailleurs une subtilité historique souvent oubliée.

Les associations Transitions Pro ne sont pas simplement apparues ex nihilo après la disparition des Fongecif.

Dans une réponse officielle publiée en 2020, le ministère du Travail précisait que les commissions paritaires interprofessionnelles régionales, communément appelées Transitions Pro, s’étaient substituées aux Fongecif à compter du 1er janvier 2020 et qu’il s’agissait des mêmes personnes morales, toujours gérées par les partenaires sociaux.

Voilà qui rend l’histoire particulièrement intéressante.

Institutionnellement, on supprime un dispositif, on modifie profondément ses règles et son financement, on change son nom et ses missions.

Mais une partie de la structure paritaire demeure.

Il faut donc être prudent avec les interprétations rétrospectives.

Je n’ai trouvé aucun élément sérieux permettant d’affirmer que la suppression des Fongecif aurait été décidée pour sanctionner des détournements de fonds ou des dépenses somptuaires.

Ce serait aller au-delà des faits disponibles.

En revanche, une chose est documentée : la réforme a permis à l’État de reconstruire profondément les circuits financiers, la gouvernance et les dispositifs de la formation professionnelle.

Et elle a simultanément réduit très fortement les moyens consacrés au dispositif qui succédait au CIF.

 

2018 : une réforme de la formation ou une réforme de ses financeurs ?

C’est peut-être sous cet angle qu’il faut aujourd’hui relire la loi de 2018.

Nous l’avons beaucoup présentée comme la réforme du CPF, de l’apprentissage et de la liberté individuelle de choisir son avenir professionnel.

C’était évidemment une partie du projet.

Mais elle fut également une gigantesque réforme des circuits financiers de la formation.

  • Qui collecte ?
  • Qui répartit ?
  • Qui décide ?
  • Qui finance ?
  • Qui contrôle ?
  • Qui achète ?
  • Et qui rend compte de l’utilisation de l’argent ?

La création de France compétences, la transformation des OPCA en OPCO, le transfert de la collecte aux Urssaf, la gestion du CPF par la Caisse des dépôts et le remplacement des Fongecif s’inscrivent tous dans cette recomposition.

L’affaire Opco EP nous oblige donc à poser une question dérangeante :

a-t-on réellement changé les pratiques ou avons-nous parfois surtout changé l’architecture qui les entoure ?

 

Les organismes de formation connaissent bien l’asymétrie du système

Cette interrogation est d’autant plus légitime que, depuis plusieurs années, les exigences pesant sur les organismes de formation n’ont cessé de s’accroître.

  • Qualiopi.
  • Contrôles de service fait.
  • Traçabilité.
  • Justification des réalisations.
  • Preuves documentaires.
  • Lutte contre la fraude.
  • Contrôles CPF.
  • Sous-traitance encadrée.
  • Certification.
  • Obligations administratives.

Les organismes de formation ont appris qu’un document manquant, une feuille d’émargement imparfaite, une preuve insuffisante ou une procédure mal formalisée peuvent bloquer un financement ou conduire à une non-conformité.

Il serait donc difficilement compréhensible que les mêmes exigences de rigueur ne s’appliquent pas avec encore davantage de force aux organismes qui gèrent des centaines de millions, voire des milliards d’euros issus du système de formation professionnelle.

C’est probablement là que l’affaire Opco EP devient politiquement sensible pour toute la profession.

 

Attention toutefois à ne pas mettre les onze OPCO dans le même sac

Le titre de cet article pose volontairement la question : « Que se passe-t-il dans les OPCO ? »

Mais une enquête visant un opérateur ne permet évidemment pas de soupçonner les dix autres.

Ce serait intellectuellement malhonnête.

En revanche, la question de l’efficience des OPCO dépasse désormais le seul cas d’Opco EP.

Une mission de l’Inspection générale des affaires sociales consacrée aux onze opérateurs a encore récemment travaillé sur leurs coûts, leurs processus de gestion, leurs systèmes d’information, leurs politiques de contrôle et les possibilités de mutualisation ou d’économies.

La question de leur fonctionnement est donc bien devenue un sujet de politique publique.

Et c’est normal.

Les OPCO occupent une position absolument stratégique entre les branches professionnelles, les entreprises, les CFA, les organismes de formation, France compétences et l’État.

 

Et maintenant ?

Il faut attendre les résultats de l’enquête concernant Opco EP.

La perquisition de septembre 2026 ne constitue pas une preuve de culpabilité et les critiques formulées par la Cour des comptes avaient, pour certaines, été contestées par l’opérateur.

Opco EP indiquait notamment dès février 2025 avoir engagé des mesures correctrices et affirmait respecter désormais strictement les règles de la commande publique.

La justice devra donc déterminer s’il existe ou non des faits susceptibles de recevoir une qualification pénale.

Mais pour le monde de la formation professionnelle, l’affaire pose déjà une question plus large.

Depuis 2018, les organismes de formation ont connu une transformation considérable de leur environnement : disparition du CIF, montée en puissance du CPF, réforme de l’apprentissage, création de France compétences, Qualiopi, contrôles renforcés, nouvelles règles de financement, baisse ou déplacement de certaines enveloppes.

Pendant ce temps, les structures qui financent et organisent le système ont elles aussi été réformées.

La perquisition d’Opco EP nous rappelle simplement une évidence :

la transparence ne peut pas être exigée uniquement de ceux qui dispensent les formations. Elle doit l’être avec au moins la même exigence de ceux qui administrent l’argent destiné à les financer.

Et peut-être faudra-t-il, huit ans après la loi Avenir professionnel, ouvrir enfin ce dossier :

qu’a réellement changé la transformation des OPCA en OPCO ?

  • Pas seulement dans les textes.
  • Dans les pratiques.
  • Dans les coûts.
  • Dans la gouvernance.

Et dans la manière dont l’argent de la formation professionnelle est réellement utilisé.

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OPCO, Opco EP, formation professionnelle, OPCA, Fongecif, Transitions Pro, projet de transition professionnelle, PTP, CIF, réforme 2018, loi Avenir professionnel, France compétences, Cour des comptes, Brigade financière, commande publique, organismes de formation, financement de la formation, alternance, reconversion professionnelle.

SOURCES

  • Cour des comptes, L’opérateur de compétences des entreprises de proximité (Opco EP) – exercices 2019-2023, rapport publié en février 2025.
  • Réponse de la présidence paritaire et de la direction générale d’Opco EP aux observations définitives de la Cour des comptes, février 2025.
  • Loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel.
  • Inspection générale des finances, Revue de dépenses : dispositifs de soutien à l’emploi et à l’accompagnement des demandeurs d’emploi / apprentissage et formation professionnelle, analyse du projet de transition professionnelle.
  • Assemblée nationale, réponse ministérielle du 18 février 2020 relative au remplacement du CIF et des Fongecif par le projet de transition professionnelle et les associations Transitions Pro.
  • IGAS, travaux consacrés à l’efficience et au fonctionnement des opérateurs de compétences.
  • Les Échos, informations révélées par Alain Ruello sur la perquisition de septembre 2026 au sein d’Opco EP.
  •  

Mini FAQ : Que se passe-t-il dans les OPCO ?

Une perquisition signifie-t-elle qu’Opco EP est coupable ?

Non. Une perquisition est un acte d’enquête permettant notamment de rechercher et saisir des éléments. Elle ne préjuge ni de l’existence d’une infraction ni de la responsabilité des personnes concernées.

La Cour des comptes avait-elle déjà alerté sur Opco EP ?

Oui. Dans son rapport publié en février 2025 sur les exercices 2019 à 2023, elle évoquait notamment des risques importants liés au respect des règles de la commande publique, ainsi que des insuffisances de gouvernance et de gestion.

Les OPCA sont-ils simplement devenus des OPCO en 2019 ?

Non. La réforme a profondément modifié leur périmètre et l’architecture financière du système. Vingt OPCA ont été remplacés par onze OPCO et la collecte des contributions légales a finalement été transférée aux Urssaf et à la MSA. Les OPCO conservent néanmoins un rôle essentiel dans l’alternance, l’accompagnement des branches et le financement du développement des compétences, particulièrement pour les petites entreprises.

Les Fongecif ont-ils simplement changé de nom ?

Pas exactement. Le CIF a été supprimé et remplacé par le projet de transition professionnelle. Les Fongecif ont laissé place aux associations Transitions Pro, tout en conservant une continuité juridique importante puisque le ministère indiquait en 2020 qu’il s’agissait des mêmes personnes morales. Les règles et surtout le niveau de financement ont cependant fortement changé.

Les moyens consacrés aux reconversions ont-ils réellement diminué ?

Oui. L’Inspection générale des finances a calculé que le passage du CIF au PTP en 2019 s’était accompagné d’une baisse des financements de 54 %.

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Auditeur Qualiopi = contrôleur ?

Auditeur Qualiopi = contrôleur ?

La volonté affichée de renforcer rapidement le contrôle de la formation professionnelle pose une question rarement abordée : qui va réellement contrôler les organismes de formation ? Les services de l’État ? Les financeurs ? France compétences ? Les certificateurs Qualiopi ? À force de vouloir faire de Qualiopi un outil de lutte contre les dérives du secteur, ne sommes-nous pas en train de transformer silencieusement le métier de l’auditeur ? C’est ce que pensent nos Experts Compétences 

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Un auditeur Qualiopi nous a récemment écrit à la suite d’un article consacré à la volonté gouvernementale de renforcer l’assainissement du marché de la formation professionnelle.

Son message pourrait se résumer en une phrase :

« On veut transformer les auditeurs en contrôleurs. Mais avec quelle légitimité ? »

La question mérite mieux qu’une réponse en commentaire.

Car quelque chose est effectivement en train de changer dans la formation professionnelle française.

Depuis plusieurs années, à chaque nouvelle affaire de fraude, de sous-traitance incontrôlée, de formation fictive ou de détournement de financements publics, la même réponse revient : il faut renforcer les contrôles.

Personne ne contestera sérieusement cet objectif.

Mais contrôler quoi ? Par qui ? Et avec quels pouvoirs ?

C’est là que les choses deviennent beaucoup moins simples.

Auditeur Qualiopi = contrôleur ?

Qualiopi n’a pas été créé pour traquer les fraudeurs !

Revenons à la fonction initiale de Qualiopi.

Le Code du travail impose aux prestataires qui souhaitent accéder à certains financements publics ou mutualisés d’être certifiés selon des critères définis réglementairement. La certification est délivrée par des organismes certificateurs accrédités ou par certaines instances de labellisation reconnues.

Le référentiel national porte notamment sur l’information du public, la définition des objectifs, l’adaptation aux bénéficiaires, les moyens pédagogiques et techniques, les compétences des intervenants, l’environnement professionnel, le recueil des appréciations ou encore les résultats obtenus.

L’auditeur vérifie donc qu’un organisme répond aux exigences d’un référentiel de certification.

C’est déjà un travail important.

Mais ce n’est pas la même chose que rechercher une fraude.

Un auditeur n’est ni un inspecteur du travail, ni un officier de police judiciaire, ni un agent du service régional de contrôle.

Et surtout, ses moyens d’investigation ne sont pas ceux de l’administration.

Cette distinction risque pourtant de devenir de plus en plus difficile à maintenir.

 

La lutte contre la fraude change complètement la donne

La loi du 30 juin 2025 contre les fraudes aux aides publiques a considérablement renforcé l’arsenal disponible.

Elle vise notamment les organismes ayant intentionnellement utilisé ou établi des documents permettant d’obtenir indûment une déclaration d’activité, une aide publique ou le paiement d’une prestation de formation.

Puis la DGEFP a donné, dans sa circulaire du 17 février 2026, des instructions particulièrement claires aux services de contrôle pour 2026 et 2027.

Il faut cibler les organismes suspects, accélérer les procédures, mieux utiliser les possibilités de suspension, développer le droit de communication et concentrer une partie importante des contrôles sur deux marchés particulièrement exposés : le CPF et l’apprentissage.

Le vocabulaire lui-même a changé.

La circulaire demande des procédures « rapides et efficaces » et évoque des « sanctions exemplaires ». Elle insiste également sur la coopération avec les OPCO et la Caisse des dépôts.

Nous sommes clairement entrés dans une nouvelle période.

Mais précisément : où se situe Qualiopi dans ce nouvel arsenal ?

 

Certification, contrôle, fraude : trois choses différentes

C’est probablement ici que réside le principal danger de la période actuelle.

Nous avons tendance à utiliser le mot « contrôle » pour parler de réalités qui n’ont ni le même objectif, ni les mêmes méthodes, ni les mêmes conséquences.

La certification Qualiopi vérifie la conformité d’un prestataire à un référentiel.

Le contrôle d’un financeur vérifie notamment que les conditions permettant la prise en charge sont respectées et que la prestation financée correspond à ce qui est attendu.

Le contrôle administratif et financier de l’État dispose de prérogatives spécifiques prévues par le Code du travail et peut conduire à des sanctions et au reversement de sommes.

La lutte contre la fraude, enfin, cherche des comportements intentionnels : fausses pièces, prestations fictives, détournements, montages destinés à obtenir indûment des financements.

Ces quatre fonctions peuvent communiquer.

Elles peuvent s’alimenter mutuellement.

Mais elles ne sont pas interchangeables.

Et surtout, les personnes qui les exercent ne disposent ni des mêmes pouvoirs ni des mêmes garanties.

 

Le paradoxe du fraudeur parfaitement conforme

C’est probablement l’une des faiblesses les plus intéressantes du système.

Imaginons deux organismes.

Le premier est une petite structure parfaitement sérieuse.

Elle forme réellement ses stagiaires. Les formateurs sont compétents. Les clients sont satisfaits.

Mais son dirigeant est médiocre administrativement.

Il oublie une formalisation. Une procédure n’est pas suffisamment documentée. Une preuve manque. Un indicateur a été mal interprété.

L’audit peut révéler une non-conformité.

Prenons maintenant un second organisme.

Celui-ci a parfaitement compris le système documentaire.

  • Procédures impeccables.
  • Tableaux impeccables.
  • Questionnaires impeccables.
  • Dossiers impeccables.

Il a acheté un « kit Qualiopi », préparé chaque élément de preuve et sait exactement ce que l’auditeur demandera.

Et pourtant, derrière cette façade documentaire, certaines pratiques peuvent être très différentes de ce que racontent les documents.

Lequel des deux est le plus facile à auditer ?

La réponse n’est pas nécessairement celui que l’on croit.

C’est toute la différence entre prouver sa conformité et être réellement vertueux.

 

Un auditeur peut-il détecter une fraude ?

Évidemment.

Un auditeur expérimenté peut remarquer une incohérence.

  • Une signature étrange.
  • Des documents trop parfaits.
  • Des dates incompatibles.
  • Des procédures manifestement fabriquées pour l’audit.
  • Une organisation qui ne correspond pas à ce qui lui est présenté.

Son expérience professionnelle joue alors un rôle essentiel.

  • Mais que doit-il faire ensuite ?
  • Jusqu’où doit-il investiguer ?
  • Doit-il demander d’autres documents ?
  • Interroger les stagiaires ?
  • Vérifier la réalité d’un emploi ?
  • Contrôler une facture ?

Examiner les relations entre un donneur d’ordre et ses sous-traitants ?

Recouper les informations avec celles détenues par France Travail, un OPCO, la Caisse des dépôts ou l’administration fiscale ?

À un moment, il change de métier.

Et c’est précisément la frontière qu’il va falloir définir.

 

Le problème n’est donc pas seulement de « durcir Qualiopi »

On entend régulièrement qu’il faudrait rendre Qualiopi plus sévère.

Mais ajouter des indicateurs, exiger davantage de documents ou multiplier les preuves ne garantit absolument pas que l’on détectera davantage de fraude.

Cela pourrait même produire l’effet inverse.

Plus le système devient documentaire, plus les organismes sérieux doivent consacrer du temps à produire des documents.

Et plus les fraudeurs professionnels apprennent à produire… les documents attendus.

La fraude n’est pas nécessairement le produit d’une absence de procédure.

Elle peut parfaitement se cacher derrière une procédure irréprochable.

On ne combat donc pas nécessairement une fausse facture en ajoutant une nouvelle procédure qualité.

Cela paraît évident.

Cela mérite pourtant d’être rappelé.

 

Et qui contrôle la qualité pédagogique ?

Une autre confusion apparaît régulièrement dans les débats.

Qualiopi serait censé garantir la « qualité » des formations.

Mais de quelle qualité parlons-nous ?

Le référentiel vérifie bien l’existence d’objectifs, l’adaptation des prestations, les moyens pédagogiques, les compétences des intervenants et l’évaluation des résultats.

Cela ne signifie pas qu’un auditeur assiste pendant trois semaines à la formation pour déterminer si le formateur est excellent.

La certification porte sur un système et des pratiques démontrables.

Inversement, le contrôle administratif et financier de l’État n’est pas une inspection pédagogique générale destinée à attribuer une note à la qualité d’un cours.

Nous avons donc construit un système dans lequel beaucoup d’acteurs contrôlent quelque chose, mais où la notion même de qualité réelle de la formation reste difficile à objectiver.

C’est probablement pourquoi les résultats prennent progressivement davantage de place.

 

Demain, faudra-t-il contrôler les résultats ?

C’est la prochaine étape logique.

Un organisme affiche un taux de réussite exceptionnel ?

Très bien.

Mais comment est-il calculé ?

Il annonce 90 % d’insertion professionnelle ?

Dans quels emplois ?

Combien de temps après la formation ?

Sur quelle population ?

Avec quel taux de réponse ?

Les personnes étaient-elles déjà en emploi avant leur entrée en formation ?

Et surtout : qui vérifie ces données ?

Plus l’État voudra piloter la formation professionnelle par les résultats, plus il faudra dépasser le simple examen des procédures.

Et là encore, l’auditeur Qualiopi risque de se retrouver au milieu du gué.

On lui demandera implicitement davantage d’analyse sans nécessairement lui donner davantage de pouvoirs.

 

La question de la compétence des auditeurs va devenir centrale

Le Code du travail prévoit déjà que l’accréditation des organismes certificateurs doit notamment garantir la compétence des auditeurs Qualiopi selon des exigences définies par arrêté.

Le problème n’est donc pas que rien n’existe.

La vraie question est plutôt :

les compétences exigées aujourd’hui seront-elles suffisantes pour les missions que l’on voudra confier demain aux auditeurs ?

Car détecter une non-conformité au référentiel est une compétence.

Comprendre un dispositif de financement en est une autre.

  • Analyser un modèle de sous-traitance en est une troisième.
  • Repérer une fraude organisée en est encore une autre.
  • Évaluer la pertinence d’un dispositif pédagogique en est une cinquième.

Et apprécier sérieusement les résultats d’insertion suppose encore d’autres compétences.

On ne peut pas simplement empiler toutes ces responsabilités sur le même professionnel et considérer que le problème est réglé.

 

Et l’harmonisation devient alors un enjeu majeur

Tous les organismes de formation connaissent cette conversation.

« Mon auditeur précédent acceptait cela. »

« Chez tel certificateur, ils l’interprètent autrement. »

« L’auditeur de mon confrère n’a pas demandé cette preuve. »

Une part de ces différences est inévitable : un audit comporte nécessairement une appréciation professionnelle.

Mais plus les conséquences d’un audit deviennent importantes, moins une hétérogénéité excessive est acceptable.

Car si Qualiopi devient progressivement l’un des instruments de sécurisation du marché, une non-conformité ne sera plus seulement une discussion entre un OF et son certificateur.

Elle pourra avoir des conséquences économiques considérables.

La question de l’homogénéité des pratiques des certificateurs et des auditeurs devient alors beaucoup plus importante qu’au moment où Qualiopi était principalement présenté comme une certification qualité.

 

Les certificateurs eux-mêmes sont de plus en plus intégrés au système

L’évolution réglementaire est d’ailleurs intéressante.

Depuis 2024, les organismes certificateurs et instances de labellisation doivent transmettre chaque année au ministère un bilan de leur activité de certification. Pour les certificateurs, ce bilan est également transmis à l’instance nationale d’accréditation.

Ce n’est pas encore faire de l’auditeur un contrôleur de l’État.

Il faut être précis.

Mais cela montre que Qualiopi n’est plus un univers totalement séparé de la politique publique de surveillance du marché.

Et la logique actuelle pousse clairement vers davantage de circulation d’informations entre les différents acteurs.

La DGEFP demande elle-même une coordination accrue des contrôles avec les OPCO et la Caisse des dépôts.

Demain, jusqu’où cette circulation ira-t-elle ?

C’est une question déterminante.

 

Le contrôle de demain sera probablement un contrôle par la donnée

C’est peut-être là que se trouve la véritable évolution.

Le système français compte trop d’organismes et trop de prestations pour imaginer que des inspecteurs puissent contrôler physiquement tout le monde en permanence.

  • Le modèle qui se dessine est donc probablement différent.
  • Les données permettront de faire apparaître des anomalies.
  • Un taux inhabituel.
  • Une croissance spectaculaire.
  • Une concentration anormale de financements.
  • Des taux de rupture surprenants.
  • Des résultats incohérents.
  • Des sous-traitances en cascade.
  • Des volumes difficilement compatibles avec les moyens déclarés.

La donnée sélectionnera les organismes à regarder.

Puis différents acteurs interviendront selon la nature du risque : certificateur, financeur, Caisse des dépôts, OPCO, France Travail, services régionaux de contrôle…

C’est d’ailleurs déjà l’orientation retenue par la DGEFP, qui demande aux services régionaux de bâtir leurs plans de contrôle à partir de critères permettant de cibler les organismes suspects.

C’est probablement beaucoup plus efficace que d’essayer de transformer chaque audit Qualiopi en enquête antifraude.

 

Alors, quel doit être le rôle de l’auditeur ?

Peut-être faut-il justement résister à la tentation d’en faire un super-contrôleur.

Son rôle pourrait rester clair :

vérifier la conformité au référentiel, constater les incohérences et signaler, dans un cadre juridique parfaitement défini, les situations qui dépassent son champ de compétence.

Ensuite, à chacun son métier.

  • Aux financeurs de contrôler ce qu’ils financent.
  • Aux certificateurs de garantir la qualité de leur processus de certification.
  • Aux services de l’État d’exercer leurs pouvoirs de contrôle.
  • Aux autorités compétentes de rechercher et sanctionner la fraude.

Et aux organismes de formation de démontrer non seulement qu’ils disposent des bonnes procédures, mais qu’ils délivrent réellement les prestations qu’ils annoncent.

Cette répartition paraît moins spectaculaire qu’un « grand nettoyage » du secteur.

Mais elle serait probablement beaucoup plus solide.

 

Qualiopi V10 ne pourra pas résoudre seul le problème

C’est également pour cette raison qu’il faudra être prudent lorsque la prochaine évolution de Qualiopi arrivera.

Si l’on attend du futur référentiel qu’il garantisse simultanément la qualité pédagogique, l’insertion professionnelle, la conformité administrative, la bonne utilisation de l’argent public, la régularité de la sous-traitance et l’absence de fraude, on lui demandera l’impossible.

Un référentiel qualité peut améliorer les pratiques.

  • Il peut professionnaliser les organismes.
  • Il peut obliger à formaliser des processus.
  • Il peut rendre certaines dérives plus visibles.

Mais il ne remplacera jamais un véritable système de contrôle.

Et surtout, une certification n’est pas une enquête.

Cette distinction devra être protégée.

 

Le véritable enjeu des dix-huit prochains mois

Le débat ne devrait donc peut-être pas porter uniquement sur la sévérité de Qualiopi.

Il devrait porter sur l’architecture complète du contrôle de la formation professionnelle.

  • Qui détecte ?
  • Qui vérifie ?
  • Qui enquête ?
  • Qui sanctionne ?
  • Qui contrôle les contrôleurs ?
  • Qui garantit que les mêmes règles sont appliquées à Lille, Marseille, Paris ou Toulouse ?

Et comment éviter qu’un organisme sérieux soit écrasé sous la preuve documentaire pendant qu’un fraudeur professionnel présente un classeur absolument parfait ?

Ce sont ces questions qui détermineront l’efficacité du dispositif.

Car la difficulté n’est pas de contrôler davantage.

La difficulté est de mieux contrôler.

Et peut-être faut-il ajouter une dernière distinction, fondamentale :

  • Une non-conformité n’est pas une mauvaise formation.
  • Une mauvaise formation n’est pas nécessairement une fraude.
  • Et une certification Qualiopi n’est pas un certificat de moralité.

Si la réforme à venir parvient à préserver ces distinctions tout en permettant aux différents acteurs d’échanger davantage d’informations et de cibler les véritables risques, elle pourra réellement assainir le marché.

Si elle consiste simplement à transformer progressivement les auditeurs Qualiopi en inspecteurs sans leur en donner ni le statut, ni les pouvoirs, ni les moyens, elle créera surtout davantage de procédures.

Et probablement de nouveaux « kits Qualiopi » pour apprendre à y répondre

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SOURCES

  • Ministère du Travail – DGEFP, Circulaire n° DGEFP/MOC/2026/30 du 17 février 2026 relative aux priorités de contrôle dans la formation professionnelle pour 2026 et 2027.
  • Légifrance, Code du travail, articles L.6316-1 à L.6316-5 – qualité des actions de formation professionnelle.
  • Légifrance, Code du travail, articles R.6316-1 à R.6316-9, version 2026.
  • Légifrance, article D.6316-1-1, référentiel national et modalités d’audit Qualiopi.
  • Légifrance, loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 contre toutes les fraudes aux aides publiques, notamment son article 20 relatif à la formation professionnelle
  •  

Mini FAQ : Auditeur Qualiopi = contrôleur ?

Un auditeur Qualiopi est-il un contrôleur de l’État ?
Non. La certification est délivrée par des organismes certificateurs accrédités ou par des instances de labellisation reconnues. Les services régionaux de contrôle de l’État disposent de leurs propres compétences et pouvoirs.

Qualiopi permet-il de détecter les fraudes ?
Un audit peut faire apparaître des incohérences ou des non-conformités, mais Qualiopi est d’abord un dispositif de certification fondé sur un référentiel national. La recherche et la sanction des fraudes relèvent d’un arsenal juridique et administratif beaucoup plus large.

Les financeurs ont-ils eux aussi un rôle de contrôle ?
Oui. Le Code du travail leur confie notamment un rôle concernant l’adéquation financière des prestations avec les besoins, l’ingénierie pédagogique, les moyens mobilisés et les tarifs pratiqués.

Les auditeurs Qualiopi doivent-ils être compétents ?
Oui. La réglementation prévoit explicitement des exigences destinées à garantir leur compétence. La question qui se pose désormais est celle de l’adéquation de ces compétences si leur rôle évolue vers des missions de plus en plus proches de la détection des risques et de la fraude.

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Afpa : faut-il sauver tous les centres pour sauver la formation professionnelle ?

Afpa : faut-il sauver tous les centres pour sauver la formation professionnelle ?

Un de nos Experts Compétences  partage son expérience dans l’article ci-dessous

La menace de fermeture d’une trentaine de centres Afpa, dont Issoudun et Châteauroux, provoque la colère des élus et des salariés. Cette inquiétude est légitime. Mais elle ne doit pas empêcher de poser une question plus dérangeante : comment l’Afpa en est-elle arrivée là ? L’histoire du pôle audiovisuel d’Issoudun, que j’ai observée de très près comme dirigeant d’organismes de formation, raconte à elle seule une partie du problème.

Le débat sur l’Afpa est toujours difficile.

D’un côté, il y a un établissement public historique, des milliers de salariés, des formateurs compétents, des plateaux techniques souvent remarquables et une mission essentielle : permettre à des demandeurs d’emploi et à des salariés d’apprendre un métier.

De l’autre, il y a un modèle économique qui, depuis des années, ne fonctionne plus.

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  3. Afpa : que faut-il vraiment sauver ?
  4. Une situation financière critique
  5. Défis structurels et organisationnels
  6. L’impact des réformes publiques
  7. Scénario d’avenir: réorganisation ou dissolution
  8. L’Afpa : perte de financements, rumeur de fermeture ?

Le projet de transformation présenté en septembre 2026 prévoit jusqu’à 867 licenciements économiques et la fermeture potentielle de 30 centres. L’Afpa compte aujourd’hui 5 410 salariés ; elle en comptait plus de 11 000 au début des années 2010. Entre 2021 et 2025, son chiffre d’affaires a reculé de 25 % et le nombre de stagiaires de 39 %. En 2025, 72 de ses 142 centres étaient déficitaires.

Difficile, devant de tels chiffres, de réduire la discussion à une opposition entre ceux qui voudraient « sauver le service public » et ceux qui voudraient « faire des économies ».

Le problème est beaucoup plus ancien.

Et je voudrais le raconter à partir d’une histoire que j’ai vécue.

Afpa : faut-il sauver tous les centres pour sauver la formation professionnelle ?

Quand nous formions des monteurs et des opérateurs de prise de vues à Paris

Il y a une quinzaine d’années, lorsque je dirigeais Nextformation puis M2i Formation, j’ai développé des formations aux métiers de l’audiovisuel.

Monteur audiovisuel, opérateur de prise de vues…

Nous utilisions notamment les titres professionnels du ministère du Travail. Je connaissais d’ailleurs bien les interlocuteurs de l’Afpa qui travaillaient sur ces certifications.

À Paris, ces formations fonctionnaient très bien.

Nous étions directement en concurrence avec des écoles spécialisées de l’audiovisuel. Le marché existait, les candidats existaient et, surtout, l’écosystème professionnel existait.

Car une formation audiovisuelle ne se résume pas à mettre vingt ordinateurs dans une salle.

Il faut des caméras. De la lumière. Du son. Des studios. Des plateaux. Des salles de montage. Des équipements de postproduction. Des professionnels capables d’intervenir ponctuellement.

En région parisienne, tout cela existe.

Et comme nous étions un organisme privé, nous avions une contrainte assez simple : nous ne pouvions pas acheter tout ce dont nous avions besoin.

Alors nous louions.

Besoin d’un plateau pendant quelques jours ? Location.

Besoin de caméras particulières ? Location.

Besoin d’un équipement exceptionnel pour un exercice ? Location.

Le coût de production de la formation devait rester compatible avec son chiffre d’affaires.

C’était parfois inconfortable. Je regardais évidemment avec envie ceux qui disposaient de magnifiques équipements permanents.

Mais cette contrainte nous obligeait aussi à réfléchir en entrepreneurs.

 

Et l’Afpa développait l’audiovisuel… à Issoudun

Pendant ce temps, l’Afpa développait ces mêmes métiers à Issoudun.

Je me souviens parfaitement de ma réaction de l’époque : Issoudun ? Pour former aux métiers de l’audiovisuel ?

Ce choix avait évidemment une logique d’aménagement du territoire.

Installer une activité de formation spécialisée dans une ville moyenne, c’est faire venir des stagiaires, des formateurs, créer de l’activité, maintenir des emplois et contribuer à l’animation économique d’un territoire.

Cette logique se défend.

Mais elle entraîne une conséquence économique dont on parle moins.

À Paris et en Île-de-France, l’organisme de formation peut s’appuyer sur tout un tissu de prestataires audiovisuels.

À Issoudun, il faut davantage reconstituer autour du centre l’environnement technique nécessaire à la formation.

Et cela coûte cher.

Je n’avancerai pas ici de montant d’investissement, car je ne dispose pas des documents permettant de le vérifier. Mais la question économique demeure : lorsqu’un environnement professionnel existe déjà ailleurs, est-il toujours pertinent de financer des infrastructures permanentes pour le reproduire sur un territoire choisi pour d’autres raisons ?

C’est précisément le genre de question que le débat actuel sur l’Afpa devrait permettre de poser.

 

Et pourtant, Issoudun a fonctionné

C’est là que l’histoire devient intéressante.

Parce qu’il serait beaucoup trop facile d’écrire aujourd’hui : « On vous l’avait bien dit, installer l’audiovisuel à Issoudun était une absurdité. »

Les faits racontent quelque chose de plus compliqué.

L’Afpa d’Issoudun a bel et bien construit au fil du temps une spécialisation audiovisuelle. Dès 2015, elle formait des opérateurs de prise de vues en partenariat avec l’INA. Et l’Afpa reconnaissait elle-même que l’emploi dans cette profession se trouvait alors majoritairement en Île-de-France.

Plus de dix ans après, ces formations existent toujours.

En mars 2026, l’Afpa présentait encore les films d’examen réalisés par les stagiaires de la formation d’opérateur de prise de vues vidéo d’Issoudun, toujours en partenariat avec l’INA.

Et les résultats du centre ne décrivent certainement pas un établissement où il ne se passerait plus rien : pour 2025, l’Afpa affiche à Issoudun 87,8 % de réussite, 93,5 % de stagiaires satisfaits et 56,4 % d’accès à l’emploi dans les six mois, toutes formations du centre confondues.

Il faut donc être intellectuellement honnête : ce qui pouvait paraître économiquement étrange au départ a produit une activité réelle et durable.

C’est justement ce qui rend le cas passionnant.

 

Pendant ce temps, le privé disparaissait progressivement de ce marché

Car j’ai vécu parallèlement une autre histoire.

Mes formations audiovisuelles fonctionnaient. Elles attiraient des candidats placés dans les entreprises du secteur.

Puis, progressivement, les financements sont devenus beaucoup plus difficiles à obtenir.

À l’époque, il ne s’est pas produit un matin une conférence de presse annonçant : « Nous ne financerons plus les futurs professionnels de l’audiovisuel. »

Cela ne fonctionne pas comme cela.

Dans la réalité quotidienne d’un organisme de formation, le changement apparaît dossier après dossier.

Un financement auparavant possible ne l’est plus.

Un dossier présenté au Fongecif — aujourd’hui Transitions Pro — est refusé.

Une Région modifie ses priorités.

Pôle emploi, devenu France Travail, finance moins facilement tel parcours.

Les règles évoluent, les priorités changent et, progressivement, le modèle économique de la formation devient impossible.

C’est ce que j’ai vécu.

J’ai fini par arrêter ces formations. D’autres opérateurs privés ont fait de même.

Je me garderai d’en déduire qu’il existait une instruction gouvernementale explicite visant à supprimer les formations conduisant à l’intermittence : je n’ai pas de document permettant de l’établir.

Je peux en revanche témoigner d’une réalité professionnelle : les possibilités de financement de ces parcours se sont progressivement réduites jusqu’à rendre leur exploitation beaucoup plus difficile pour des organismes privés.

Et pendant ce temps, Issoudun continuait.

Miracle ?

Pas vraiment.

C’est aussi l’une des différences fondamentales entre un opérateur privé et un opérateur public.

 

Le vrai sujet : qui supporte le risque économique ?

Lorsqu’un organisme privé perd ses financements, il réduit ses coûts, transforme son offre ou ferme la formation.

S’il ne le fait pas, il finit par disparaître.

Un établissement public peut supporter beaucoup plus longtemps une activité déficitaire ou insuffisamment rentable lorsqu’elle répond à d’autres objectifs : politique de l’emploi, aménagement du territoire, maintien d’une présence locale, insertion de publics éloignés de l’emploi…

Et ce n’est pas nécessairement une anomalie.

C’est même l’une des raisons d’être du service public.

Si l’on demandait à l’Afpa de ne former que les publics immédiatement rentables, dans les villes les plus rentables et sur les formations les plus rentables, autant confier l’ensemble du marché au privé.

Mais cette mission particulière ne dispense pas de regarder les coûts.

C’est précisément là que le modèle Afpa semble avoir atteint ses limites.

La direction reconnaît aujourd’hui que l’agence dépend à près de 80 % des marchés publics. Les coûts immobiliers absorbent 26 % du chiffre d’affaires. Soixante-huit sites pourraient être cédés totalement ou partiellement et treize nouvelles implantations seraient ouvertes… en location.

Le détail est presque symbolique.

L’Afpa envisage aujourd’hui la solution que connaissent depuis toujours des milliers d’organismes privés : ne pas nécessairement posséder l’outil immobilier pour délivrer la formation.

 

L’Afpa elle-même reconnaît que son modèle doit changer

Ce diagnostic n’est d’ailleurs plus seulement celui de ses concurrents ou de la Cour des comptes.

C’est celui de l’Afpa.

Dans son rapport d’activité 2025, l’établissement écrit que son futur contrat d’objectifs et de performance 2026-2029 doit permettre d’adapter son modèle économique, dans un contexte de contraction des financements publics et de concurrence accrue.

Parmi les orientations annoncées : développement de l’alternance, orientation accrue vers le marché privé, adaptation de l’offre aux besoins économiques locaux et amélioration du pilotage par « la performance, la rentabilité et l’efficience », avec un objectif de retour à l’équilibre financier en 2029.

Autrement dit, la question n’est plus de savoir si le modèle doit évoluer.

L’Afpa elle-même répond oui.

La question est désormais : comment ?

 

Alors, faut-il fermer Issoudun ?

C’est évidemment là que les élus locaux entrent dans le débat.

Dans l’Indre, les centres d’Issoudun et de Châteauroux sont menacés. Dominique Roullet, vice-président du conseil régional Centre-Val de Loire chargé de l’aménagement du territoire, a dénoncé le projet comme « inacceptable » et demandé leur maintien, selon La Nouvelle République du 21 septembre 2026.

On comprend parfaitement sa position.

Un élu chargé de l’aménagement du territoire regarde autre chose qu’un compte d’exploitation.

Il regarde :

  • Les emplois.
  • Les stagiaires.
  • L’activité locale.
  • Les conséquences d’une fermeture pour les habitants.
  • La désertification éventuelle de certains territoires.

Et il a raison de regarder tout cela.

Mais la direction de l’Afpa regarde désormais également une autre réalité : un établissement public dont la moitié des centres sont déficitaires ne peut probablement pas continuer indéfiniment à fonctionner avec la même cartographie.

Ces deux réalités ne s’annulent pas.

Elles doivent être mises face à face.

 

La question qu’un organisme privé ne peut s’empêcher de poser

Il reste néanmoins une question un peu inconfortable.

Imaginons un organisme privé possédant 142 centres.

Son chiffre d’affaires baisse de 25 % en quatre ans.

Son nombre de stagiaires chute de 39 %.

La moitié de ses implantations sont déficitaires.

Et l’immobilier absorbe plus du quart de son chiffre d’affaires.

 

Combien de temps survivrait-il ?

Probablement pas très longtemps.

Cela ne signifie pas qu’il faille appliquer mécaniquement à l’Afpa les mêmes critères qu’à une entreprise privée.

Mais cela signifie que la mission de service public ne peut pas devenir une réponse automatique à toute interrogation économique.

Un investissement public peut parfaitement être justifié alors qu’un investisseur privé ne le réaliserait jamais.

Encore faut-il être capable d’expliquer quelle mission supplémentaire cet investissement finance et quels résultats collectifs il produit.

C’est peut-être cela qui a trop souvent manqué dans le débat autour de l’Afpa.

 

Sauver l’Afpa, mais sauver quel modèle ?

Je n’ai aucune envie de voir disparaître l’Afpa.

Elle possède une expertise considérable, des formateurs remarquables, des titres professionnels qui ont structuré pendant des décennies une partie de la formation qualifiante française et une capacité à accueillir certains publics que le marché privé ne prendra jamais spontanément en charge.

En 2025, l’Afpa indique avoir accueilli 108 500 personnes, formé 60 800 stagiaires et obtenu 72 % d’accès à l’emploi parmi les stagiaires concernés par cet indicateur.

Ce n’est pas rien.

Mais défendre l’Afpa ne devrait pas signifier défendre automatiquement chaque bâtiment, chaque implantation, chaque organisation et chaque choix effectué au cours des décennies précédentes.

C’est peut-être même l’inverse.

Si nous voulons conserver un grand opérateur public de formation professionnelle, il faut accepter de regarder lucidement ce qui le fragilise.

Et le cas d’Issoudun résume admirablement le paradoxe.

Installer des formations audiovisuelles loin du principal bassin d’emploi et de l’écosystème technique pouvait sembler économiquement hasardeux.

Pourtant, un savoir-faire local s’est constitué et fonctionne encore aujourd’hui.

Faut-il alors conserver le centre ?

La réponse ne peut pas être simplement : « oui parce qu’il existe ».

Elle ne peut pas davantage être : « non parce qu’il coûte cher ».

Il faut mesurer ce qu’il apporte réellement au territoire, aux stagiaires, aux entreprises et au service public — puis comparer ce résultat au coût nécessaire pour le produire.

C’est finalement une question que connaissent parfaitement tous les dirigeants d’organismes de formation.

Quelle valeur produisons-nous avec chaque euro mobilisé ?

Le privé est obligé d’y répondre chaque mois.

L’Afpa ne peut plus éviter d’y répondre elle aussi.

Et peut-être est-ce précisément en acceptant cette question qu’elle pourra continuer à remplir demain les missions que le marché, lui, ne remplira jamais.

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SOURCES

  • Afpa, Rapport d’activité 2025, publié en 2026.
  • Afpa, Centre d’Issoudun — résultats 2025.
  • Afpa, Présentation des films d’examen de la formation OPVV d’Issoudun, 11 mars 2026.
  • Afpa, Collaboration Afpa-INA pour la formation d’opérateurs de prise de vues à Issoudun, 2016.
  • Le Monde, « Formation professionnelle : l’AFPA va licencier plus de 800 personnes », 15 septembre 2026.
  • Le Parisien avec AFP, « Formation professionnelle : jusqu’à 867 suppressions de postes à l’Afpa et 30 sites menacés de fermeture », 15 septembre 2026.
  • La Nouvelle République, « Un plan injuste : le coup de gueule de Dominique Roullet contre les menaces de fermeture d’Afpa dans l’Indre », 21 septembre 2026 — article communiqué par l’auteur.
  •  

Mini FAQ : Afpa : faut-il sauver tous les centres pour sauver la formation professionnelle ?

L’Afpa va-t-elle réellement fermer 30 centres ?
À ce stade, il s’agit d’un projet de transformation présenté en septembre 2026. Jusqu’à 30 centres sont menacés et jusqu’à 867 licenciements économiques sont envisagés ; la procédure d’information-consultation doit encore suivre son cours.

Pourquoi l’Afpa est-elle en difficulté ?
Plusieurs facteurs se cumulent : baisse de l’activité, forte dépendance à la commande publique, concurrence des organismes privés, poids du patrimoine immobilier et inadéquation d’une partie de l’appareil de production avec le marché actuel. La direction de l’Afpa reconnaît elle-même la nécessité d’adapter son modèle économique.

Le centre d’Issoudun est-il inefficace ?
Les données disponibles ne permettent pas de l’affirmer. L’Afpa affiche pour le centre 87,8 % de réussite, 93,5 % de satisfaction et 56,4 % d’accès à l’emploi à six mois en 2025. Son activité audiovisuelle existe toujours, notamment autour de la formation d’opérateur de prise de vues menée avec l’INA.

Les métiers de l’audiovisuel sont-ils toujours concentrés en Île-de-France ?
L’Afpa indique actuellement que l’Île-de-France figure en tête des régions recrutant dans le montage et la postproduction. Pour sa formation de monteur audiovisuel, elle publie pour 2025 un taux de réussite de 83,3 % et un accès à l’emploi à six mois de 54,5 %.

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Top 10 des principaux Organismes de Formation 2026

Top 10 des principaux Organismes de Formation 2026

Les Experts Compétences , il y a deux ans, nous avions publié sur Le Blog de la Formation un classement des principaux organismes de formation à partir des données disponibles dans l’étude Xerfi de 2024.

L’exercice était instructif : chiffre d’affaires, EBE, rentabilité… Il permettait de mettre quelques chiffres derrière un marché de la formation professionnelle que l’on décrit volontiers comme gigantesque, mais dont les acteurs restent extrêmement fragmentés.

NOS ARTICLES SUR LE MEME SUJET

  1. Top 10 des principaux Organismes de Formation 2026
  2. Le top 10 des organismes de  formation 2024
  3. Panorama du business de la formation professionnelle 

En 2026, Xerfi renouvelle l’exercice dans son étude Le marché de la formation professionnelle à l’horizon 2030. Cette étude de 320 pages, mise à jour le 29 janvier 2026, analyse notamment le jeu concurrentiel, les défaillances, rachats et repositionnements et comporte des fiches consacrées aux principaux acteurs.

Parmi les groupes et organismes étudiés figurent notamment l’Afpa, AFTRAL, Cegos, CESI, ID Formation, OpenClassrooms, Orsys, Promotrans et SKOLAE.

Mais depuis notre précédent article, le paysage a suffisamment changé pour qu’un simple classement par chiffre d’affaires devienne trompeur.

Nous avons donc repris le sujet autrement.

Nous avons recherché les derniers comptes ou chiffres publics disponibles d’une sélection de dix acteurs significatifs, en ajoutant notamment M2i Formation et Nextformation à notre observation.

Et les résultats racontent beaucoup de choses sur le marché de la formation de 2026.

Top 10 des principaux Organismes de Formation 2026

Attention : comparer ce qui est comparable

Première difficulté : « chiffre d’affaires d’un organisme de formation » ne signifie pas toujours la même chose.

AFTRAL communique sur l’activité de l’ensemble de son réseau. Cegos publie les comptes d’une société française. L’Afpa exerce ses activités à travers plusieurs structures. SKOLAE réunit désormais enseignement supérieur et formation professionnelle. OpenClassrooms possède un modèle entièrement numérique. CESI relève encore d’un autre modèle.

Comparer leurs chiffres sans expliquer leur périmètre reviendrait donc à comparer des pommes, des poires et quelques pastèques.

Notre tableau n’est par conséquent pas un palmarès Xerfi, mais une photographie économique réalisée à partir des derniers chiffres publics que nous avons pu vérifier.

Nous avons rectifié un point important : pour M2i, nous disposons bien de l’EBE 2024, soit 1,60 M€ ; et pour Orsys, nous retenons les comptes de la société opérationnelle ORSYS (95,8 M€), pas ceux de la holding/consolidation financière, afin de rester cohérent avec notre logique « organisme de formation ». 

Dix acteurs de la formation professionnelle passés au crible

Organisme / groupeDernière donnée retenueChiffre d’affaires / activitéEBE / EBITDARésultat netMarge EBE / EBITDACe qu’il faut retenir
AFTRAL2024364,2 M€n.d.n.d.n.d.Poids lourd spécialisé transport-logistique ; plus de 150 centres et 296 000 stagiaires accueillis. (Aftral)
Cegos2025137,0 M€31,2 M€23,4 M€22,8 %Rentabilité remarquable malgré un CA quasiment stable (-0,6 %). (Pappers)
Afpa Entreprises2025104,0 M€-11,7 M€-13,6 M€-11,2 %Résultats déficitaires ; attention, il s’agit de la filiale Afpa Entreprises et non de l’ensemble de l’Afpa. (Pappers)
Orsys202495,8 M€10,1 M€6,18 M€10,5 %CA +6,3 % et très forte amélioration de la rentabilité par rapport à 2023. (Pappers)
OpenClassrooms2023*62,8 M€-6,54 M€-9,29 M€-10,4 %Derniers comptes publics exploitables trouvés ; ne pas présenter ces chiffres 2023 comme représentatifs de sa situation en 2026. (Pappers)
M2i Formation202456,1 M€1,60 M€2,10 M€2,8 %CA en recul de 4,4 %. M2i a depuis rejoint Abilways pour constituer SKOLAE Formation. (M2I Formation)
Promotrans FPC202554,5 M€0,58 M€-1,07 M€≈ 1,1 %Activité et marge en recul ; résultat net devenu négatif.
ID Formationdonnée publique actuelle54 M€n.d.n.d.n.d.SCOP de près de 900 collaborateurs, présente dans 9 régions ; chiffre communiqué par l’organisme. (ID FORMATION)
Nextformation20247,68 M€-0,97 M€-1,28 M€-12,6 %Petit acteur comparativement, mais cas très instructif : l’EBE était encore de +2,45 M€ en 2021. (Pappers)
SKOLAE Formation2026CA consolidé formation non publién.d.n.d.n.d.Né du rapprochement Abilways-M2i : 8 marques, 3 000 formations, 2 900 formateurs et 150 000 apprenants par an. (Skolae Formation)

* OpenClassrooms : les derniers comptes publics exploitables identifiés portent sur 2023. Nous conservons cette donnée à titre de comparaison historique, sans l’assimiler à la situation économique de l’entreprise en 2026. 

Ce tableau n’est pas le classement officiel Xerfi 2026. Il constitue une photographie indépendante réalisée par Le Blog de la Formation à partir des derniers comptes publiés, rapports institutionnels et données communiquées par les organismes. Les exercices et périmètres juridiques n’étant pas homogènes, les chiffres doivent être lus comme des ordres de grandeur économiques et non comme un classement comptable strict. « n.d. » signifie que nous n’avons pas identifié de donnée publique suffisamment fiable et comparable.

Et ce tableau mérite quelques commentaires.

 

1. AFTRAL : un poids lourd qui change d’échelle

AFTRAL affiche 364,22 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, plus de 150 centres, plus de 1 800 formateurs, 296 000 stagiaires accueillis et 19,2 millions d’heures de formation.

À cette échelle, nous ne sommes évidemment plus dans le modèle de l’organisme de formation classique.

AFTRAL illustre parfaitement la puissance que peut atteindre un acteur fortement spécialisé : transport et logistique, implantation territoriale, plateaux techniques, écoles, alternance et relations étroites avec les entreprises d’un secteur.

Cela confirme d’ailleurs l’une des convictions que nous développons régulièrement sur ce blog : la spécialisation peut constituer une force économique considérable.

 

2. Cegos : 137 millions de chiffre d’affaires… et surtout 31 millions d’EBITDA

Le chiffre qui nous paraît le plus spectaculaire n’est peut-être pas le chiffre d’affaires.

Cegos affiche pour 2025 137 M€ de CA, pratiquement stable par rapport aux 138 M€ de 2024.

Mais son EBITDA atteint 31,2 M€, contre 28,2 M€ l’année précédente. Le résultat net s’établit à 23,4 M€.

La marge d’EBITDA ressort ainsi à 22,8 %.

Autrement dit : dans un marché que l’on décrit comme difficile, il est encore possible de dégager une rentabilité très importante.

Voilà qui mérite d’être retenu.

 

3. Orsys : près de 96 millions d’euros et un spectaculaire redressement de la marge

Les comptes 2024 d’Orsys font apparaître 95,8 M€ de chiffre d’affaires, contre 90,15 M€ précédemment.

L’EBITDA atteint 10,14 M€, contre 4,39 M€, et le résultat net passe de 1,12 M€ à environ 6,18 M€.

C’est probablement l’un des exemples les plus intéressants de notre photographie.

Car il montre une fois encore qu’il ne suffit pas de regarder le volume d’activité.

La capacité à transformer le chiffre d’affaires en résultat est devenue un indicateur central.

 

4. Promotrans : le phénomène inverse

Promotrans FPC raconte une autre histoire.

Son chiffre d’affaires passe de 60,5 M€ en 2023 à 59,1 M€ en 2024 puis 54,5 M€ en 2025.

Plus significatif encore, l’EBE passe de 5,17 M€ en 2022 à 3 M€ en 2023, 2,02 M€ en 2024 et seulement 584 000 € en 2025.

Le résultat net devient négatif, à -1,07 M€.

Voilà exactement pourquoi un classement fondé uniquement sur le chiffre d’affaires peut masquer l’essentiel.

54 millions d’euros de CA ne signifient pas nécessairement une entreprise économiquement confortable.

 

5. M2i : un acteur à suivre désormais à l’intérieur de SKOLAE

M2i Formation réalisait 56,1 M€ de chiffre d’affaires en 2024, en baisse de 4,4 % dans un contexte qualifié d’attentiste par l’entreprise.

Mais depuis, le paysage a radicalement changé.

En 2025, Abilways, aujourd’hui intégré à SKOLAE, a acquis M2i. Les actions M2i ont ensuite été retirées d’Euronext Growth en juillet 2025.

Et SKOLAE présente aujourd’hui son pôle SKOLAE Formation comme issu de la fusion d’Abilways et M2i, avec huit marques et plus de 3 000 programmes de formation.

C’est l’un des mouvements structurants du marché : la concentration.

Le M2i que nous observions isolément il y a quelques années doit désormais être regardé comme une composante d’un ensemble beaucoup plus vaste.

 

6. OpenClassrooms : croissance et rentabilité ne vont pas nécessairement ensemble

Les derniers comptes publics exploitables que nous avons trouvés pour OpenClassrooms concernent 2023.

Ils montrent 62,8 M€ de chiffre d’affaires, contre 72,8 M€ en 2022, un EBITDA de -6,54 M€ et une perte nette de -9,29 M€.

Nous refusons évidemment d’en tirer une conclusion sur sa situation économique actuelle : 2023 n’est pas 2026.

Mais ces chiffres restent intéressants pour comprendre une caractéristique du marché : le modèle numérique peut permettre une croissance extrêmement rapide sans garantir immédiatement la rentabilité.

OpenClassrooms demeure aujourd’hui une école entièrement en ligne proposant notamment plus de 50 parcours professionnalisants et environ 600 cours en libre accès.

 

7. Nextformation : le cas qui doit faire réfléchir les OF

Nextformation est beaucoup plus petit, mais nous avons volontairement souhaité l’intégrer à notre observation.

Pourquoi ?

Parce que son évolution est particulièrement instructive.

Son CA était de 10,4 M€ en 2021, puis 9,09 M€ en 2022, 7,46 M€ en 2023 et 7,68 M€ en 2024.

Mais surtout, son EBITDA passe de +2,45 M€ en 2021 à -970 000 € en 2024. Le résultat net 2024 est de -1,28 M€.

Voilà un cas presque pédagogique.

En quelques exercices, un organisme peut passer d’une marge d’EBITDA supérieure à 20 % à une exploitation déficitaire.

Pour les dirigeants d’OF, c’est probablement beaucoup plus instructif qu’un podium.

 

8. ID Formation : attention au piège des sociétés juridiques

ID Formation revendique environ 900 collaborateurs et 54 M€ de chiffre d’affaires et se présente comme une SCOP implantée dans neuf régions, active dans la formation, l’insertion, l’orientation et la reconversion.

Mais la recherche illustre parfaitement un problème méthodologique : la société parisienne portant exactement la dénomination « ID FORMATION » dans certaines bases juridiques affiche des comptes de quelques dizaines de milliers d’euros seulement.

Ce n’est manifestement pas le même périmètre économique que celui du groupe opérationnel revendiquant 54 M€.

Un numéro SIREN n’est donc pas toujours suffisant pour comparer des groupes de formation.

C’est une précaution que tous les classements devraient rappeler.

 

9. Et l’Afpa ?

L’Afpa constitue encore un cas particulier.

Sa filiale Afpa Entreprises, destinée aux entreprises, salariés et agents publics, affiche en 2025 104 M€ de chiffre d’affaires, un EBE de -11,7 M€ et un résultat net de -13,6 M€.

Mais réduire l’Afpa à cette seule filiale serait évidemment erroné.

L’établissement public a accueilli en 2025 108 500 personnes et formé environ 60 800 stagiaires.

C’est précisément pourquoi nous avons consacré récemment un article entier à la question du modèle économique de l’Afpa : ses missions de service public, ses infrastructures et son exposition au marché rendent la comparaison avec un OF privé classique particulièrement délicate.

 

10. SKOLAE : peut-être le signal le plus important de 2026

Enfin, SKOLAE mérite une place dans notre tableau même si nous ne disposons pas encore d’un chiffre consolidé permettant une comparaison propre avec Cegos ou AFTRAL.

Pourquoi ?

Parce que le groupe représente précisément ce qui est en train d’arriver au marché.

SKOLAE réunit désormais deux grands univers : SKOLAE Education, issu notamment des réseaux GES et Eductive, et SKOLAE Formation, constitué autour d’Abilways et M2i.

Le groupe revendique 23 écoles, 37 villes, plus de 21 000 étudiants, 150 000 apprenants et huit marques de formation professionnelle.

La taille pertinente n’est donc plus forcément celle de « l’organisme de formation ».

Elle devient celle du groupe d’éducation et de compétences.

Et cela change beaucoup de choses.

 

Le véritable enseignement : le chiffre d’affaires ne suffit plus

Cette photographie nous paraît finalement plus instructive qu’un simple Top 10.

Regardez les écarts.

Cegos : 22,8 % de marge EBITDA.

Orsys : environ 10,6 %.

Promotrans FPC : 1,1 %.

Nextformation : -12,6 %.

Afpa Entreprises : -11,2 %.

Tous appartiennent pourtant, au sens large, au même univers de la formation professionnelle.

Voilà probablement la grande leçon de 2026 : il n’existe plus vraiment “un” modèle économique de l’organisme de formation.

Il existe des modèles.

Spécialistes sectoriels, groupes internationaux, plateformes numériques, opérateurs publics, réseaux d’écoles, acteurs de l’insertion, spécialistes du B2B, groupes consolidateurs…

Et leurs performances divergent considérablement.

De la fragmentation à la concentration ?

L’étude Xerfi 2026 insiste précisément sur les rachats, les repositionnements, les défaillances et la transformation du jeu concurrentiel.

L’acquisition de M2i et son intégration dans SKOLAE en constitue une illustration particulièrement concrète.

Pendant des décennies, le marché français de la formation s’est caractérisé par son extraordinaire fragmentation.

Des dizaines de milliers d’organismes pouvaient cohabiter parce que les financements, les marchés et les territoires permettaient cette dispersion.

La question qui se pose désormais est différente :

sommes-nous entrés dans une phase de concentration ?

Ce n’est probablement pas la disparition des petits organismes au profit de quelques géants qui se prépare. Les besoins de proximité, de spécialisation et d’expertise resteront considérables.

Mais le milieu du marché pourrait être pris en étau.

D’un côté, de grands groupes capables d’investir dans la technologie, le marketing, les certifications, les appels d’offres, l’intelligence artificielle et la consolidation.

De l’autre, de petites structures hyperspécialisées, légères et extrêmement expertes.

Et entre les deux, des organismes généralistes supportant des coûts fixes importants sans disposer de la puissance des grands réseaux.

C’est peut-être là que se situe désormais la zone de danger.

 

Et pour un organisme de formation de 2 millions d’euros ?

C’est finalement la question qui intéresse le plus les lecteurs de ce blog.

Faut-il chercher à ressembler à AFTRAL, Cegos ou SKOLAE ?

Évidemment non.

Mais leurs comptes donnent trois enseignements très concrets.

Le premier : le volume ne protège pas. Un CA de plusieurs dizaines de millions d’euros peut coexister avec une exploitation déficitaire.

Le deuxième : la spécialisation reste une arme. AFTRAL, Orsys, Cegos ou M2i se sont historiquement construits autour de territoires de compétences identifiables.

Le troisième : surveiller l’EBE devient aussi important que surveiller le chiffre d’affaires.

Un OF qui réalise 2 M€ avec 12 % d’EBE peut être économiquement beaucoup plus solide qu’un concurrent réalisant 5 M€ en perdant de l’argent.

C’est exactement pour cette raison que nous avons consacré plusieurs articles à la lecture de l’EBE et de l’EBITDA.

En 2026, la course au chiffre d’affaires n’est plus une stratégie suffisante.

La question devient :

Combien de valeur reste-t-il à l’organisme une fois la formation produite, vendue et délivrée ?

Et les comptes des grands acteurs montrent que les réponses peuvent être radicalement différentes.

 

Donc : derrière le Top 10, deux marchés apparaissent

Notre classement de 2024 donnait encore l’impression que l’on pouvait regarder les principaux organismes de formation avec une grille relativement commune.

Celui de 2026 raconte autre chose.

Cegos gagne beaucoup d’argent. Orsys améliore fortement sa rentabilité. AFTRAL atteint une taille considérable. Promotrans voit ses marges se contracter. Nextformation connaît une trajectoire difficile. OpenClassrooms représente un modèle numérique radicalement différent. M2i disparaît progressivement comme acteur autonome dans un groupe plus vaste. SKOLAE construit précisément ce groupe. Et l’Afpa pose la question des limites mêmes de la comparaison entre marché et service public.

Le secteur de la formation professionnelle ne se contente donc pas de ralentir.

Il se recompose.

Et derrière les débats sur le CPF, l’apprentissage, Qualiopi, les financements publics ou l’intelligence artificielle se déroule peut-être un mouvement beaucoup plus structurel :

la sélection des modèles économiques capables de survivre au nouveau marché de la formation.

C’est probablement cela qu’il faudra observer au cours des quatre prochaines années.

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SOURCES

Xerfi, Le marché de la formation professionnelle à l’horizon 2030, étude 26SAE35, janvier 2026 ; rapports et communications financières AFTRAL et M2i Formation ; comptes sociaux publiés Cegos, Orsys, Promotrans FPC, Nextformation et Afpa Entreprises ; communications institutionnelles SKOLAE, ID Formation, OpenClassrooms et Afpa.

Mini FAQ : Top 10 des principaux Organismes de Formation 2026

Xerfi publie-t-il un Top 10 officiel des organismes de formation en 2026 ?
L’étude Xerfi 2026 comporte une analyse concurrentielle et des fiches consacrées aux principaux acteurs, mais la présentation publique de l’étude ne fournit pas un classement chiffré complet permettant de reproduire gratuitement un Top 10. Notre tableau est donc une reconstruction indépendante à partir de données publiques.

Pourquoi CESI, Adecco, Apave ou Lefebvre ne figurent-ils pas dans notre tableau ?
Ils sont bien présents parmi les acteurs étudiés par Xerfi, mais nous avons privilégié ici dix cas pour lesquels nous pouvions identifier une donnée pertinente ou qui apportaient un enseignement particulier. Pour certains groupes, le chiffre d’affaires consolidé mélange plusieurs activités et conduirait à une comparaison trompeuse. À titre d’exemple, le Groupe Lefebvre annonce 556 M€ de CA en 2024, mais ce chiffre couvre l’ensemble de ses activités européennes de connaissance juridique, et non la seule formation professionnelle française.

Pourquoi les exercices ne sont-ils pas tous identiques ?
Parce que toutes les entreprises ne publient pas leurs comptes au même moment et que certaines ne publient pas certains exercices. Nous avons systématiquement indiqué l’année utilisée afin de ne pas faire passer une donnée 2023 pour une donnée 2025.

Faut-il en conclure que les principaux OF sont en difficulté ?
Non. Les chiffres montrent au contraire des situations extrêmement contrastées : certains affichent des marges élevées tandis que d’autres connaissent une forte dégradation de leur rentabilité. C’est précisément cette dispersion qui constitue l’un des enseignements de notre analyse.

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Afpa : L’état est propriétaire, financeur, donneur d’ordre, peut-il l’abandonner ?

Afpa : L’état est propriétaire, financeur, donneur d’ordre, peut-il l’abandonner ?

Les Experts Compétences  disent, ouille ! « Entre 2021 et 2025, le chiffre d’affaires aurait baissé de 25 %, le nombre de stagiaires accueillis dans les centres de 39 %, à 61 000 en 2025, et 72 centres sur 142 étaient déficitaires. Le PSE prévoit plus de 800 suppressions d’emplois. » dixit Pierre Prady DGA de l’Afpa.

le débat ne porte peut-être plus seulement sur « faut-il sauver l’Afpa ? », mais sur l’incohérence du modèle que l’État lui a assigné. Depuis 2017, l’Afpa est un EPIC et demeure un opérateur du service public de l’emploi. Le ministère lui-même la qualifiait encore, dans une réponse publiée en juillet 2026, d’« opérateur majeur » jouant un rôle essentiel auprès des publics éloignés de l’emploi, dans les transitions professionnelles et pour les besoins en compétences des entreprises.

Or, simultanément, son activité doit trouver une grande partie de ses ressources sur un marché concurrentiel.

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Le plan de restructuration de l’Afpa ouvre un débat qui dépasse largement le sort d’un établissement public ou celui de ses salariés.

Il pose une question beaucoup plus embarrassante pour la politique française de formation professionnelle :

Que veut réellement faire l’État de l’Afpa ?

Car la situation actuelle présente un paradoxe difficile à ignorer.

L’Afpa appartient au service public de l’emploi. Elle exerce des missions que l’État lui a confiées. Elle dispose d’un réseau territorial, de plateaux techniques, d’une ingénierie de certification et d’une capacité d’intervention construits pendant des décennies.

Mais, dans le même temps, elle doit rechercher une part importante de son activité sur un marché concurrentiel où elle répond notamment à des appels d’offres publics.

Autrement dit, l’État demande à son propre opérateur de trouver sur le marché une partie des ressources nécessaires à son fonctionnement.

Et lorsque ces marchés se contractent, l’opérateur public se retrouve en difficulté.

Le problème n’est donc peut-être pas seulement celui de l’Afpa.

Il est celui du modèle que l’on a construit autour d’elle.

Afpa : L’état est propriétaire, financeur, donneur d’ordre, peut-il l’abandonner ?

Un établissement public… placé sur un marché

Depuis le 1er janvier 2017, l’Afpa est un établissement public industriel et commercial — un EPIC.

Ce choix n’était pas anodin.

Le texte fondateur lui attribue explicitement des missions de service public : participation à la formation et à la qualification des personnes les plus éloignées de l’emploi, contribution à l’ingénierie de formation, à la certification professionnelle et à l’évolution des compétences.

Mais les textes prévoyaient également l’exercice d’activités concurrentielles de formation professionnelle.

L’Afpa est donc, depuis l’origine de l’EPIC, placée dans une situation particulière :

elle est à la fois opérateur public et acteur économique de la formation.

Cette hybridation pouvait fonctionner tant que les différentes commandes permettaient d’alimenter suffisamment son appareil de formation.

Elle devient beaucoup plus difficile lorsque la commande se contracte.

En septembre 2026, la direction de l’Afpa reconnaît elle-même que le modèle n’est plus soutenable financièrement.

Selon les informations publiées par Le Monde, son chiffre d’affaires a diminué de 25 % entre 2021 et 2025. Le nombre de stagiaires accueillis dans ses centres a reculé de 39 %, pour atteindre environ 61 000 personnes formées en 2025.

72 centres sur 142 seraient déficitaires.

L’établissement serait en outre dépendant des marchés publics à près de 80 %.

Ce dernier chiffre mérite que l’on s’y arrête.

Car il permet de comprendre une grande partie du problème.

 

Quand la puissance publique devient le client de son propre opérateur

Le mécanisme est singulier.

D’un côté, l’État possède et pilote un opérateur national de formation.

De l’autre, une grande partie de la commande de formation destinée aux demandeurs d’emploi transite par différents acheteurs publics : régions, France Travail et autres acteurs institutionnels.

L’Afpa doit alors répondre à des marchés, remporter des lots et trouver suffisamment d’activité pour faire fonctionner ses centres.

Elle se retrouve ainsi en concurrence avec des organismes privés — ce qui n’a en soi rien d’anormal dès lors qu’il s’agit d’activités concurrentielles.

Mais une question apparaît immédiatement :

toutes les activités de l’Afpa doivent-elles réellement être soumises à cette logique ?

C’est ici que le débat devient beaucoup plus intéressant que l’opposition traditionnelle entre formation publique et formation privée.

 

Le problème n’est pas « public contre privé »

Les organismes privés de formation ont toute leur place dans le système français.

Ils savent former des demandeurs d’emploi, accompagner les entreprises, développer des pédagogies spécialisées et répondre rapidement à des besoins territoriaux.

Ils n’ont pas à être écartés d’un marché simplement parce qu’un opérateur public existe.

Inversement, l’existence d’un établissement public ne justifie pas que celui-ci bénéficie automatiquement de toutes les commandes publiques de formation.

Ce serait remplacer une concurrence imparfaite par un monopole.

La véritable question est ailleurs.

Existe-t-il, au sein de l’Afpa, des capacités dont la France considère qu’elles doivent être conservées indépendamment de leur rentabilité immédiate ?

Si la réponse est non, l’Afpa peut effectivement être considérée comme un organisme de formation parmi d’autres et être soumise largement aux règles du marché.

Mais si la réponse est oui, le raisonnement change complètement.

 

Un plateau technique n’est pas une salle de formation

Nous l’avions déjà souligné dans notre précédent article : toutes les capacités de formation ne sont pas interchangeables.

Une salle équipée de tables, de chaises et de quelques ordinateurs peut être créée, déplacée ou remplacée relativement rapidement.

Il n’en va pas de même d’un plateau technique industriel, d’un atelier bâtiment, d’une infrastructure de formation lourde ou d’un centre disposant simultanément d’équipements, de formateurs spécialisés et parfois de capacités d’hébergement et de restauration.

Le rapport d’activité 2024 de l’Afpa faisait encore état de 126 centres, 13 500 places d’hébergement et 114 restaurants.

En 2025, l’établissement indique avoir accueilli 108 500 personnes, dont environ 60 800 en formation.

Ces infrastructures ont un coût.

Mais leur disparition a également un coût.

Car lorsqu’un plateau technique ferme, il ne suffit pas nécessairement de publier un nouvel appel d’offres trois ans plus tard pour le voir réapparaître.

  • Les machines ont été vendues.
  • Les formateurs sont partis.
  • Les compétences se sont dispersées.
  • Le foncier a parfois changé d’usage.

C’est précisément ce qui distingue une capacité stratégique d’une simple prestation achetée sur catalogue.

 

Près de 1,6 milliard d’euros depuis 2017 : une question impossible à éviter

Un autre chiffre alimente aujourd’hui le débat.

Selon des données syndicales citées par Le Monde et considérées comme cohérentes par la direction de l’Afpa, l’État aurait versé près de 1,6 milliard d’euros de subventions exceptionnelles depuis 2017 pour répondre aux besoins de trésorerie de l’établissement.

Attention aux mots : il ne faut pas transformer mécaniquement ce montant en « 1,6 milliard d’euros de pertes ».

Ce n’est pas exactement la même chose.

Mais le chiffre pose malgré tout une question considérable.

Si le modèle économique de l’Afpa nécessite depuis des années des interventions exceptionnelles aussi importantes, pourquoi le problème structurel n’a-t-il pas été réglé plus tôt ?

Deux interprétations sont possibles.

Soit l’Afpa exerce des fonctions que l’État juge indispensables, auquel cas il faut déterminer clairement lesquelles et leur attribuer un financement cohérent.

Soit l’essentiel de son activité relève désormais du marché concurrentiel, auquel cas il faut en tirer toutes les conséquences sur son organisation et son dimensionnement.

Mais rester durablement entre les deux modèles produit précisément la situation actuelle.

 

Le PSE peut réduire les coûts. Il ne répond pas à la question

Plus de 800 suppressions de postes sont aujourd’hui envisagées.

Une restructuration peut naturellement réduire les charges d’un établissement et améliorer son équilibre économique.

Elle peut même être indispensable lorsque l’activité diminue durablement.

Mais elle ne répond pas, à elle seule, à la question stratégique.

Car si les causes du déséquilibre demeurent, quelques années plus tard le même problème risque de se reproduire avec un établissement simplement plus petit.

La question essentielle n’est donc pas seulement :

Combien de postes faut-il supprimer ?

Elle devrait être :

De quelle Afpa la France aura-t-elle besoin dans dix ans ?

 

France 2030, réindustrialisation, transition énergétique : où est l’Afpa ?

C’est probablement l’interrogation la plus intéressante soulevée aujourd’hui par les représentants du personnel.

La France affirme vouloir réindustrialiser son économie.

Elle investit dans la transition énergétique.

Elle cherche à développer de nouvelles filières industrielles.

Elle parle de souveraineté, de nucléaire, de rénovation énergétique, de mobilité, de numérique et de métiers en tension.

Tous ces projets ont un point commun : ils nécessitent des compétences.

Et souvent des compétences techniques.

Dans ce contexte, il est légitime de demander quelle place l’État souhaite donner à son opérateur historique de formation professionnelle dans les grandes politiques nationales de transformation économique.

Cela ne signifie évidemment pas que l’Afpa devrait recevoir toutes les formations de France 2030 ou devenir l’opérateur exclusif des politiques publiques.

Ce serait contradictoire avec l’existence d’un écosystème extrêmement riche d’organismes privés, de CFA, d’écoles, de branches professionnelles et d’acteurs territoriaux.

Mais on peut raisonnablement s’étonner qu’une réflexion sur l’avenir de l’Afpa puisse être conduite principalement sous l’angle de son déficit sans être simultanément intégrée à une réflexion nationale sur les compétences dont le pays aura besoin.

 

Ce que l’État devrait peut-être commencer par décider

Avant de savoir combien de centres ou de salariés l’Afpa peut conserver, il faudrait probablement effectuer un inventaire beaucoup plus simple.

  • Identifier ce qui relève réellement d’une mission de service public.
  • Identifier les infrastructures et plateaux techniques considérés comme stratégiques.
  • Identifier les territoires dans lesquels une disparition de capacité serait difficilement réversible.
  • Identifier les activités qui peuvent parfaitement être exercées dans le champ concurrentiel.

Et accepter ensuite les conséquences du choix.

Les premières pourraient faire l’objet d’un financement public clairement identifié et évalué.

Les secondes pourraient relever normalement du marché, dans des conditions de concurrence transparentes avec les organismes privés.

Ce serait au moins lisible.

 

L’Afpa n’est peut-être que le symptôme

Voilà finalement pourquoi cette affaire concerne beaucoup plus largement tous les professionnels de la formation.

Depuis plusieurs années, la politique publique cherche simultanément à réduire les dépenses, renforcer les contrôles, rationaliser les dispositifs, développer l’apprentissage, répondre aux métiers en tension, accompagner les transitions professionnelles et soutenir la réindustrialisation.

Chacun de ces objectifs peut se comprendre séparément.

Mais encore faut-il qu’ils forment ensemble une politique cohérente.

  • L’Afpa révèle aujourd’hui cette difficulté.
  • L’État est son propriétaire.
  • L’État en assure la tutelle.
  • L’État lui confie des missions de service public.
  • La commande publique représente une part déterminante de son activité.

Et lorsque cette activité ne suffit plus, l’État doit intervenir pour éviter que son opérateur ne s’effondre.

Ce système mérite au minimum d’être interrogé.

Le débat ne devrait donc pas se limiter à savoir si le PSE de l’Afpa comporte 800 postes de trop ou de moins.

Il devrait commencer beaucoup plus en amont :

Quelles capacités de formation la France considère-t-elle comme stratégiques et veut-elle garantir sur son territoire, indépendamment des fluctuations du marché ?

Une fois cette question tranchée, on pourra déterminer quelle partie doit relever de l’Afpa, quelle partie peut être confiée au marché et comment organiser leur coexistence.

Mais faire l’inverse — réduire d’abord l’outil et définir ensuite ce dont nous aurons besoin — comporte un risque.

Avant de démanteler la maison, il serait prudent de savoir quels murs sont porteurs.

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SOURCES

  • Code du travail, articles L.5315-1 et suivants — missions de l’établissement public chargé de la formation professionnelle des adultes.
  • Ordonnance n° 2016-1519 du 10 novembre 2016 portant création de l’établissement public chargé de la formation professionnelle des adultes.
  • Afpa, Rapport d’activité 2025.
  • Afpa, Rapport d’activité 2024.
  • Le Monde, 15 septembre 2026, « Formation professionnelle : l’AFPA va licencier plus de 800 personnes ».
  •  

Mini FAQ : Afpa : L’état est propriétaire, financeur, donneur d’ordre, peut-il l’abandonner ?

L’Afpa est-elle encore un organisme public ?
Oui. Depuis 2017, l’Afpa est un établissement public industriel et commercial (EPIC) intégré au service public de l’emploi. Elle exerce des missions de service public tout en développant également des activités dans le champ concurrentiel.

Pourquoi l’Afpa répond-elle à des appels d’offres ?
Parce qu’une partie de ses activités de formation s’exerce sur des marchés financés notamment par des acheteurs publics. Son statut public ne lui garantit donc pas automatiquement l’attribution des actions de formation.

Les organismes privés sont-ils responsables des difficultés de l’Afpa ?
Non. Les difficultés actuelles renvoient notamment à la baisse de l’activité, aux coûts de structure et au modèle économique de l’établissement. Opposer les organismes privés à l’Afpa masque la question centrale : quelles capacités l’État veut-il conserver au titre de l’intérêt général ?

Pourquoi les plateaux techniques sont-ils importants ?
Parce que certaines formations industrielles, bâtiment ou techniques nécessitent des équipements lourds, des locaux spécifiques et des formateurs spécialisés. Ces capacités sont beaucoup plus longues et coûteuses à reconstruire qu’une offre de formation tertiaire classique.

Le PSE réglera-t-il le problème de l’Afpa ?
Il peut réduire les coûts et contribuer au redressement financier. Mais son efficacité durable dépendra aussi du modèle économique retenu et de la définition des missions que les pouvoirs publics souhaitent confier à l’Afpa.

 

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