56 milliards, où va l’argent de la formation ?

 Les Experts Compétences Décodent le jaune budgétaire

La France a consacré 56,25 milliards d’euros à la formation professionnelle continue et à l’apprentissage en 2025. Un montant considérable, en diminution de 1,6 % par rapport à 2024. Mais derrière ce chiffre se cachent des financements très différents : formations, aides aux employeurs, rémunérations, exonérations et dépenses internes des entreprises. Les Jaunes budgétaires 2026 et 2027 permettent de mieux comprendre la destination de cet argent et les enjeux pour les organismes de formation.

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56 milliards d’euros : un chiffre qui ne dit pas tout

Chaque année, lorsque paraît le Jaune budgétaire consacré à la formation professionnelle, un chiffre retient l’attention : celui de la dépense nationale.

Pour 2025, le Jaune 2027 l’évalue à 56,25 milliards d’euros, contre 57,18 milliards en 2024, après révision.

La baisse atteint donc 1,6 %.

Mais que représente réellement cette somme ?

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il ne s’agit pas de 56 milliards d’euros versés aux organismes de formation pour dispenser des cours.

La dépense nationale rassemble des réalités très différentes : achats de formation, dépenses des entreprises pour leurs salariés, coûts pédagogiques de l’apprentissage, rémunérations de stagiaires, aides aux employeurs, dépenses de formation des agents publics et certains investissements.

Une dépense comptabilisée au titre de la formation ne correspond donc pas nécessairement à une recette pour un organisme de formation.

Cette distinction est essentielle pour comprendre l’économie réelle du secteur.

56 milliards, où va l’argent de la formation ?

Qui dépense l’argent ?

Le Jaune budgétaire 2027 classe les dépenses selon leur financeur final, c’est-à-dire l’acteur qui réalise directement la dépense.

En 2025, plusieurs grands circuits structurent le financement de la formation professionnelle.

Les opérateurs de compétences (OPCO) engagent 9,87 milliards d’euros au titre des fonds légaux, contre 10,07 milliards en 2024.

L’État intervient à hauteur de 8,06 milliards d’euros, hors formation de ses propres agents, contre 8,58 milliards l’année précédente.

Les Régions représentent 3,81 milliards d’euros, contre 3,88 milliards en 2024.

Les organismes exerçant une mission de service public, notamment France Travail et les acteurs intervenant dans le CPF, totalisent 5,34 milliards d’euros, contre 5,57 milliards en 2024.

Les dépenses de formation des trois fonctions publiques pour leurs propres agents atteignent, quant à elles, 7,33 milliards d’euros.

À ces circuits s’ajoutent notamment les dépenses directes des entreprises et celles des ménages.

Ces montants montrent la diversité des financeurs. Ils ne doivent pas être additionnés à des sommes déjà incluses dans la dépense nationale.

Ils rappellent également que le financement de la formation repose sur une combinaison de ressources publiques, de contributions des entreprises et de dépenses privées.

 

 

L’apprentissage occupe une place considérable

L’un des faits les plus marquants est le poids du financement de l’apprentissage.

En 2025, les OPCO consacrent 8,26 milliards d’euros à la prise en charge des coûts pédagogiques des contrats d’apprentissage.

Ce montant représente l’essentiel de leurs dépenses sur fonds légaux.

De son côté, l’État consacre 3,34 milliards d’euros aux aides aux employeurs d’apprentis, contre 3,85 milliards en 2024.

Ces deux postes ne financent pas la même chose.

Le premier correspond à la prise en charge de coûts pédagogiques. Le second soutient financièrement les employeurs qui recrutent des apprentis.

Il serait donc inexact de présenter l’ensemble de ces sommes comme des recettes des centres de formation d’apprentis.

Ce constat n’enlève rien à l’importance de l’apprentissage, qui constitue une voie essentielle de qualification et d’insertion professionnelle.

Mais il pose une question de politique publique : comment arbitrer entre les moyens consacrés à l’apprentissage, ceux destinés aux salariés en activité et ceux réservés aux personnes en recherche d’emploi ?

Car ces publics ne disposent pas des mêmes dispositifs ni des mêmes possibilités d’accès à la formation.

 

Les demandeurs d’emploi : un recul préoccupant

Le Jaune 2027 indique que les dépenses de formation de France Travail pour les personnes en recherche d’emploi passent de 3,42 milliards d’euros en 2024 à 3,22 milliards en 2025.

Soit une diminution de 5,7 %.

Ce recul intervient après plusieurs années de transformations des politiques de formation des demandeurs d’emploi.

Il ne signifie pas que toutes les actions financées pour ce public disparaissent, ni que France Travail serait son seul financeur.

Les Régions et d’autres dispositifs continuent d’intervenir.

Mais cette évolution mérite une attention particulière.

Pour un organisme de formation intervenant auprès de demandeurs d’emploi, la baisse des dépenses peut se traduire, selon les territoires et les marchés, par une réduction des volumes commandés ou une modification des priorités.

Les conséquences ne sont pas uniformes.

Elles dépendent des secteurs professionnels, des besoins locaux, des appels d’offres et des décisions des financeurs.

La question centrale devient alors celle de l’accès effectif à la formation pour les publics qui en ont le plus besoin.

 

Le CPF : deux évolutions opposées

Le Compte personnel de formation constitue un autre exemple de la nécessité de regarder les chiffres dans le détail.

En 2025, les dépenses de CPF concernant les actifs occupés du secteur privé passent de 1,16 à 1,06 milliard d’euros, soit une baisse de 8,6 %.

Mais les dépenses de CPF concernant les personnes en recherche d’emploi évoluent dans le sens inverse : elles passent de 650 à 770 millions d’euros, soit une progression de 17,6 %.

On ne peut donc pas affirmer que toutes les dépenses de CPF diminuent.

Ce sont les répartitions entre publics qui évoluent.

Pour les organismes de formation, cette distinction est déterminante.

Un prestataire principalement positionné sur des formations destinées aux salariés peut connaître une situation différente de celle d’un organisme accueillant majoritairement des demandeurs d’emploi.

Il faut également distinguer la dépense comptabilisée par financeur des montants facturés par les prestataires, et tenir compte des cofinancements.

Le CPF n’est pas un marché uniforme.

 

 

Les entreprises financent aussi directement la formation

On réduit parfois le financement de la formation professionnelle aux contributions obligatoires et aux fonds administrés par les institutions.

Pourtant, les entreprises réalisent également des dépenses directes importantes.

Elles achètent des formations pour leurs salariés ou organisent elles-mêmes des actions de développement des compétences, sans nécessairement passer par un OPCO.

Cette réalité mérite d’être rappelée.

Elle montre qu’une partie de l’activité de formation repose sur une relation directe entre les entreprises et les prestataires.

Pour les organismes indépendants, cette relation peut constituer un facteur d’autonomie économique.

Elle permet de construire des prestations adaptées à des besoins identifiés, sans dépendre exclusivement des dispositifs financés par des fonds mutualisés.

Mais toutes les entreprises ne disposent pas des mêmes moyens.

Les données du Jaune 2027 indiquent qu’en 2025 les entreprises et associations de moins de onze salariés consacrent, au total, 3,2 milliards d’euros de dépenses brutes à la formation, dont 1,5 milliard de dépenses directes et 1,7 milliard de dépenses intermédiées.

Après remboursements et aides, leurs dépenses nettes s’élèvent à environ 3 milliards d’euros.

L’accès à la formation dépend donc aussi de la taille de l’employeur et de sa capacité à mobiliser des ressources.

 

 

Pourquoi les 56 milliards ne se retrouvent-ils pas dans le chiffre d’affaires des organismes ?

Voilà sans doute le point le plus intéressant pour notre enquête.

Le Jaune budgétaire 2027 évalue le chiffre d’affaires des organismes de formation à 29,33 milliards d’euros en 2025.

Dans le même temps, la dépense nationale atteint 56,25 milliards.

La différence entre ces deux chiffres ne représente pas une somme mystérieusement disparue.

Elle s’explique notamment par leurs périmètres distincts.

La dépense nationale comprend des aides, des rémunérations, des exonérations et des formations organisées en interne, qui ne correspondent pas nécessairement à des achats auprès d’organismes recensés.

Le chiffre d’affaires des prestataires mesure, lui, les recettes d’activité de formation entrant dans le champ des bilans pédagogiques et financiers et des données complémentaires retenues.

Il ne faut donc pas soustraire les deux montants pour prétendre calculer des « frais intermédiaires ».

Ce serait une erreur.

Mais la coexistence de ces deux indicateurs révèle une difficulté de lecture du système.

Combien des moyens consacrés à la formation financent directement des prestations pédagogiques ? Combien soutiennent les bénéficiaires et les employeurs ? Combien correspondent à l’administration, à l’accompagnement et au contrôle ?

Les Jaunes permettent de répondre partiellement à ces questions, mais pas d’établir à eux seuls une comptabilité consolidée de chaque euro, depuis son origine jusqu’à son utilisation finale.

C’est pourtant une information essentielle pour apprécier l’efficacité globale du dispositif.

 

Des financeurs puissants, des prestataires très différents

Notre premier article montrait que 67,5 % des organismes de formation recensés en 2025 ne réalisaient que 8,2 % du chiffre d’affaires du secteur.

Notre deuxième article examinait le coût de fonctionnement des institutions qui organisent et régulent les financements.

Ce troisième volet permet de rapprocher ces deux réalités.

D’un côté, un système de financement reposant sur plusieurs circuits institutionnels, des règles d’éligibilité, des conventions, des contrôles et des priorités définies par les financeurs.

De l’autre, un tissu d’organismes extrêmement diversifié, dont une majorité de très petites structures.

Cette situation soulève une interrogation légitime.

Les dispositifs de financement sont-ils conçus pour répondre aux besoins de formation, ou leur complexité finit-elle parfois par orienter l’offre vers les prestations les plus faciles à financer et à administrer ?

La question mérite d’être étudiée sans préjugé.

Il ne serait pas sérieux d’affirmer, sur la seule base des données budgétaires, que les organismes les plus importants captent systématiquement les financements au détriment des petits.

Mais il serait tout aussi peu satisfaisant de ne jamais examiner les effets des procédures et des règles d’accès sur la diversité des prestataires.

 

 

Et si l’on mesurait davantage les résultats ?

Les montants dépensés constituent un indicateur indispensable de l’effort national.

Ils ne suffisent pourtant pas à apprécier l’efficacité de la politique de formation professionnelle.

Une dépense peut augmenter sans améliorer les compétences. Elle peut aussi diminuer à la suite d’une meilleure organisation, sans dégrader les résultats.

Encore faut-il le démontrer.

L’évaluation devrait donc rapprocher les financements mobilisés des effets observés : accès à la formation, acquisition de compétences, maintien dans l’emploi, insertion professionnelle, satisfaction des entreprises et progression des bénéficiaires.

Elle devrait également permettre d’identifier les coûts de gestion et les délais qui pèsent sur la réalisation des actions.

L’enjeu n’est pas seulement de savoir combien la France dépense.

Il est de comprendre ce que ces dépenses permettent réellement d’accomplir.

 

 

Le vrai débat commence après les chiffres

Les Jaunes budgétaires 2026 et 2027 montrent un système qui mobilise toujours des ressources considérables, mais dont les dépenses reculent en 2025.

Ils révèlent également des évolutions contrastées entre les différents financeurs et les différents publics.

L’apprentissage conserve une place majeure. Les dépenses de formation des demandeurs d’emploi financées par France Travail diminuent. Le CPF évolue différemment selon la situation professionnelle des bénéficiaires.

Quant aux organismes de formation, leur chiffre d’affaires global ne représente qu’une partie de la dépense nationale, parce que celle-ci couvre un champ beaucoup plus large.

Il n’y a donc pas un seul marché de la formation, mais plusieurs circuits économiques qui coexistent et s’influencent.

Pour les organismes, la question de leur autonomie demeure entière.

Peuvent-ils encore construire leur offre en partant d’abord des besoins pédagogiques des personnes et des entreprises, ou doivent-ils de plus en plus l’adapter aux conditions imposées par les dispositifs de financement ?

C’est peut-être là que se situe le véritable enjeu de la réforme du système.

Car les milliards consacrés à la formation professionnelle n’ont de sens que s’ils permettent de former réellement.

L’argent doit être au service de la formation. Ce n’est pas la formation qui devrait être au service des circuits de financement.


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SOURCES

Jaune budgétaire 2027, pages 8 à 12, 69 à 70 et 92 à 94 ; Jaune budgétaire 2026, deuxième partie consacrée à la dépense nationale et troisième partie consacrée aux financeurs. Données 2025 provisoires.

Mini FAQ : 56 milliards, où va l’argent de la formation ?

1. Combien la France dépense-t-elle pour la formation professionnelle ?

En 2025, la dépense nationale consacrée à la formation professionnelle continue et à l’apprentissage atteint 56,25 milliards d’euros, selon le Jaune budgétaire 2027. Elle diminue de 1,6 % par rapport à 2024, sur la base des données révisées.

2. Qui finance la formation professionnelle en France ?

Le financement repose sur plusieurs acteurs : entreprises, OPCO, État, Régions, France Travail, Caisse des dépôts, autres organismes publics et ménages. Leurs interventions financent aussi bien des actions de formation que certaines aides, rémunérations et dépenses connexes.

3. Pourquoi les organismes de formation ne perçoivent-ils pas les 56 milliards d’euros ?

Parce que la dépense nationale ne correspond pas uniquement aux achats de formation. Elle comprend notamment des aides aux employeurs, des rémunérations de stagiaires et des dépenses de formation internes aux entreprises. Le chiffre d’affaires des organismes recensés atteint 29,33 milliards d’euros en 2025, selon un périmètre différent.

4. Les financements de la formation des demandeurs d’emploi diminuent-ils ?

Les dépenses de formation de France Travail pour les personnes en recherche d’emploi reculent de 5,7 % entre 2024 et 2025, passant de 3,42 à 3,22 milliards d’euros. Cela ne signifie toutefois pas que tous les financements de formation destinés à ce public diminuent dans les mêmes proportions.

5. Comment mieux mesurer l’efficacité des financements ?

En rapprochant les dépenses engagées des résultats obtenus : compétences acquises, insertion ou maintien dans l’emploi, satisfaction des bénéficiaires, qualité des formations et coûts de gestion. Les montants budgétaires ne suffisent pas, à eux seuls, à mesurer l’efficacité d’une politique publique.

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