Le CPF devient-il un outil de pilotage de l’État ?

Ah ! le CPF ? Les Experts Compétences  qui viennent du monde du DIF n’en finissent pas de s’interroger sur les buts de l’état concernant la formation.

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Au cœur de l’été, la signature de la Convention d’Objectifs et de Performance (COP) 2026-2028 entre l’État et la Caisse des Dépôts est passée relativement inaperçue.

Pourtant, ce document stratégique mérite toute l’attention des professionnels de la formation.

À première vue, il s’agit d’un contrat administratif fixant les missions de la Caisse des Dépôts pour les trois prochaines années.

À y regarder de plus près, il dessine une nouvelle philosophie de la formation professionnelle.

Le CPF n’apparaît plus seulement comme un droit individuel permettant à chacun de développer ses compétences.

Il devient progressivement un véritable instrument de pilotage économique, au service des politiques publiques de l’emploi, des compétences et de la compétitivité.

Cette évolution interroge directement les organismes de formation.

  1. CPF : 3 jugements qui changent tout

 

Le CPF devient-il un outil de pilotage de l’État ?

Une modernisation technologique sans précédent

La Convention prévoit plusieurs évolutions majeures.

Parmi les plus significatives figurent :

  • le déploiement du Passeport de compétences ;
  • la généralisation du Passeport de prévention ;
  • la montée en puissance de la plateforme AGORA comme outil national de centralisation des données ;
  • le développement d’algorithmes d’intelligence artificielle dédiés à la lutte contre la fraude ;
  • un suivi beaucoup plus fin des parcours de formation.

Pris séparément, chacun de ces outils répond à une logique parfaitement compréhensible.

L’État souhaite mieux connaître les parcours professionnels.

Il veut réduire les fraudes.

Il cherche également à améliorer l’efficacité de la dépense publique.

Sur le principe, ces objectifs sont légitimes.


 

Derrière la technologie, un changement de philosophie

Ce qui frappe dans cette Convention n’est pas uniquement l’accumulation d’outils numériques.

C’est le changement de logique.

Pendant longtemps, le CPF reposait sur une idée simple :

chaque citoyen construit librement son projet professionnel.

Progressivement, cette logique semble évoluer.

Le CPF devient un levier destiné à orienter les compétences vers les besoins économiques identifiés au niveau national.

Autrement dit, la formation professionnelle n’est plus seulement considérée comme un droit individuel.

Elle devient un instrument de souveraineté économique.


 

Une évolution qui s’inscrit dans un contexte déjà très tendu

Cette Convention n’arrive pas dans un paysage apaisé.

Depuis plusieurs années :

  • les pouvoirs publics cherchent à maîtriser la dépense liée au CPF ;
  • les partenaires sociaux dénoncent un recul progressif du paritarisme ;
  • les branches professionnelles réclament une meilleure adéquation entre les formations financées et les besoins des entreprises ;
  • de nombreux organismes de formation dénoncent une standardisation croissante des procédures.

Parallèlement, les petites structures doivent déjà faire face :

  • à Qualiopi ;
  • aux contrôles renforcés ;
  • aux évolutions permanentes des référentiels ;
  • aux nouvelles exigences numériques.

La COP 2026-2028 ajoute une couche supplémentaire de pilotage.


 

Les bénéfices attendus

Il serait toutefois caricatural de ne voir dans cette évolution qu’une dérive administrative.

Plusieurs avancées peuvent être saluées.

Parmi elles :

  • une meilleure sécurisation des financements publics ;
  • une réduction des fraudes ;
  • une meilleure connaissance des parcours professionnels ;
  • un pilotage plus précis des abondements publics ;
  • une vision nationale plus cohérente des compétences disponibles.

Ces objectifs répondent à des préoccupations réelles.

Personne ne souhaite le retour des dérives observées lors de l’explosion du CPF en 2020.


 

Les risques pour les organismes de formation

Mais toute politique publique produit également des effets secondaires.

Le risque majeur est celui d’une hyper-centralisation.

Lorsque toutes les décisions reposent sur :

  • des bases de données nationales ;
  • des algorithmes ;
  • des référentiels uniformisés ;
  • des critères automatisés,

la diversité de l’offre de formation peut progressivement s’appauvrir.

Les structures les plus innovantes sont souvent les plus petites.

Or ce sont précisément elles qui disposent des moyens administratifs les plus limités.

La normalisation croissante pourrait conduire à privilégier les grands opérateurs au détriment des organismes spécialisés.


 

La liberté de choisir reste la clé de l’engagement

Depuis plus de cinquante ans, la formation professionnelle repose sur un principe fondamental :

la montée en compétences suppose l’adhésion du bénéficiaire.

On apprend rarement efficacement sous la contrainte.

C’est précisément ce qui faisait la force du CPF :

la possibilité de construire un projet personnel.

Transformer progressivement ce droit en outil de planification pourrait produire un effet paradoxal.

À vouloir optimiser les parcours, on risque de réduire l’engagement des individus.

Or sans engagement :

  • la motivation diminue ;
  • les abandons augmentent ;
  • les reconversions deviennent plus difficiles.

 

Quatre conditions pour réussir cette modernisation

Les Experts Compétences estiment que cette évolution peut réussir à une condition : préserver l’équilibre entre pilotage national et liberté individuelle.

Quatre priorités apparaissent essentielles.

1. Restaurer une véritable liberté d’usage

Les bénéficiaires doivent conserver une capacité réelle de choisir leur projet de formation dans un cadre stable et lisible.

2. Préserver la diversité des organismes de formation

L’innovation pédagogique naît souvent dans les petites structures.

Leur disparition appauvrirait durablement le secteur.

3. Redonner une place aux partenaires sociaux

Le recul du paritarisme engagé depuis 2018 mérite aujourd’hui d’être réinterrogé.

La gouvernance de la formation professionnelle ne peut reposer uniquement sur une logique administrative.

4. Articuler besoins économiques et aspirations individuelles

Former uniquement pour répondre aux tensions de recrutement serait une erreur.

Former uniquement selon les envies individuelles le serait tout autant.

L’équilibre entre ces deux dimensions demeure la clé d’une politique efficace.


 

Notre analyse

La Convention d’Objectifs et de Performance 2026-2028 traduit une ambition forte :

faire de la compétence un levier stratégique de souveraineté économique.

Cette ambition est légitime.

Mais elle ne pourra produire ses effets que si elle conserve ce qui a toujours fait la force du CPF :

la liberté pour chacun de construire son avenir professionnel.

Être compétent ne doit jamais devenir un simple objectif statistique.

La compétence reste avant tout un projet humain.

Car une société progresse durablement lorsque les individus choisissent d’apprendre, de se reconvertir et de transmettre leurs savoirs.

La technologie peut accompagner cette dynamique.

Elle ne doit jamais s’y substituer.


Donc

L’avenir du CPF ne se jouera probablement pas uniquement dans les algorithmes, les plateformes ou les tableaux de bord.

Il dépendra de la capacité des pouvoirs publics à concilier trois exigences :

  • l’efficacité économique ;
  • la maîtrise des finances publiques ;
  • le respect des aspirations individuelles.

L’histoire de la formation professionnelle montre qu’aucune réforme ne réussit durablement lorsqu’elle oublie l’humain.

À l’heure où les métiers évoluent plus vite que jamais, la compétence doit rester un droit vivant, choisi et porteur d’avenir.

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SOURCES

  • Convention d’Objectifs et de Performance 2026-2028 entre l’État et la Caisse des Dépôts.
  • Caisse des Dépôts – Mon Compte Formation.
  • France Compétences – Documentation institutionnelle.
  • Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles – Réforme de la formation professionnelle.
  • Travaux de Jean-Marie Luttringer sur la gouvernance de la formation professionnelle.

Mini FAQ : Le CPF devient-il un outil de pilotage de l’État ?

Qu’est-ce que la Convention d’Objectifs et de Performance (COP) 2026-2028 ?

Il s’agit du document stratégique signé entre l’État et la Caisse des Dépôts définissant les priorités de gestion du CPF et des services associés pour la période 2026-2028.

Quel est le rôle d’AGORA ?

AGORA est une plateforme destinée à centraliser les données relatives aux parcours professionnels et aux compétences afin d’améliorer le pilotage des politiques publiques.

Pourquoi parle-t-on d’intelligence artificielle dans le CPF ?

La COP prévoit le développement d’outils d’IA afin de renforcer la détection des fraudes, sécuriser les financements et améliorer le contrôle des dispositifs.

Les organismes de formation doivent-ils s’inquiéter ?

La modernisation présente des opportunités mais impose également une vigilance accrue concernant la diversité de l’offre, la liberté pédagogique et la place des petites structures.

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