Les Experts Compétences ont lu et relu le journal officiel du 07 octobre. Les réformes sortent en rafale avant la fin de ce gouvernement. Ce sera difficile de sortir du gouffre. L’arrêté publié au Journal officiel du 7 octobre 2026 agrée Certif’Pro comme nouvelle instance paritaire nationale des transitions professionnelles. Elle coordonnera les Transitions Pro, définira les priorités de financement des reconversions, répartira progressivement les fonds et récupérera à terme leur système d’information commun. Sur le papier, il s’agit de mieux piloter les reconversions professionnelles. Mais une question mérite d’être posée : alors que le passage du CIF au Projet de transition professionnelle s’est accompagné d’une baisse de 54 % des financements, fallait-il d’abord créer une nouvelle structure nationale de pilotage… ou remettre davantage d’argent dans les reconversions elles-mêmes ?
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Encore une nouvelle structure dans le paysage de la formation professionnelle ?
Pas exactement.
L’association existait déjà.
Mais à partir du 8 octobre 2026, elle change considérablement de dimension.
Un arrêté du 2 octobre, publié au Journal officiel du 7 octobre, vient en effet d’agréer l’Association nationale pour la certification paritaire interprofessionnelle et l’évolution professionnelle, plus connue sous le nom de Certif’Pro, comme instance paritaire nationale chargée des transitions professionnelles.
Derrière cette dénomination administrative se prépare une transformation importante.
Certif’Pro va progressivement devenir la tête de réseau nationale des associations Transitions Pro.
Et lorsqu’on connaît l’histoire mouvementée du financement des reconversions professionnelles depuis 2018, cette décision mérite davantage qu’une lecture rapide du Journal officiel.
Transition pro : Création d’une nouvelle tête de réseau ?????????????
Certif’Pro existait déjà
Commençons par éviter un malentendu.
Certif’Pro n’est pas une administration créée de toutes pièces en octobre 2026.
L’association a été créée en décembre 2018.
Depuis février 2019, elle est notamment responsable de la certification CléA et de son déploiement.
Son nom complet est d’ailleurs révélateur :
Association nationale pour la certification paritaire interprofessionnelle et l’évolution professionnelle.
Jusqu’à présent, le mot « certification » occupait donc une place parfaitement logique.
Mais la loi du 24 octobre 2025 a décidé de lui confier une mission d’une tout autre ampleur.
Elle doit devenir l’instance nationale chargée de coordonner le réseau des commissions paritaires interprofessionnelles régionales, c’est-à-dire les associations que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Transitions Pro.
Le décret du 13 mai 2026 en a précisé l’organisation.
Et l’arrêté publié le 7 octobre lui donne désormais officiellement son agrément.
Un calendrier en trois étapes
La montée en puissance ne se fera pas en une journée.
Elle est organisée progressivement.
À compter du 8 octobre 2026
La nouvelle instance nationale prend notamment en charge :
- l’animation et la coordination du réseau des Transitions Pro ;
- la définition des orientations nationales concernant le financement des transitions professionnelles ;
- les règles, critères et priorités de prise en charge des Projets de transition professionnelle ;
- la participation aux travaux relatifs au Conseil en évolution professionnelle.
Ce premier niveau est déjà loin d’être anodin.
Car définir des « orientations », des « critères » et des « priorités » revient nécessairement à exercer une influence sur les projets qui seront financés.
À compter du 1er janvier 2027
L’instance prendra une dimension financière supplémentaire.
Elle participera directement à la répartition et au versement aux associations Transitions Pro des fonds destinés aux Projets de transition professionnelle.
Nous ne parlons donc plus seulement d’une structure chargée de coordonner un réseau.
Nous parlons d’un acteur placé au cœur du circuit financier de la reconversion professionnelle.
À compter du 1er janvier 2028
Dernière étape :
Certif’Pro récupérera la mission concernant le système d’information national commun des Transitions Pro, aujourd’hui porté par France compétences.
France compétences prépare d’ailleurs explicitement ce transfert dans sa convention d’objectifs et de performance 2026-2028.
En trois étapes, Certif’Pro deviendra donc coordinateur, organisateur des priorités, acteur de la répartition financière et responsable du système d’information commun.
C’est une véritable tête de réseau nationale.
Un détail révélateur : Certif’Pro devra abandonner son activité de certification
La situation produit d’ailleurs un paradoxe assez savoureux.
L’association s’appelle toujours :
Association nationale pour la certification paritaire interprofessionnelle et l’évolution professionnelle.
Mais pour exercer sa nouvelle mission, elle ne pourra justement plus exercer certaines activités liées à la certification.
Le décret du 13 mai 2026 prévoit qu’une instance agréée ne peut pas mettre en œuvre des actions relatives à la définition, à l’enregistrement ou à la délivrance de certifications professionnelles, certifications ou habilitations.
Elle ne peut pas davantage exercer des actions concourant directement au développement des compétences.
Une période transitoire est toutefois prévue jusqu’au 31 décembre 2026, à condition que l’association s’engage à être en conformité au 1er janvier 2027.
La transformation est donc réelle.
Certif’Pro ne se contente pas d’ajouter une activité à son catalogue.
Elle change de métier.
Mais pourquoi cette nouvelle tête de réseau ?
Officiellement, les arguments sont compréhensibles.
Les Transitions Pro constituent un réseau de 18 structures régionales.
Elles financent les projets de reconversion des salariés du secteur privé.
Il peut donc sembler cohérent de disposer d’une coordination nationale permettant d’harmoniser les pratiques, de définir des priorités communes, de mieux répartir les financements et de disposer d’un système d’information partagé.
Personne ne peut sérieusement défendre l’idée qu’il faudrait dix-huit politiques totalement différentes de la reconversion professionnelle.
L’harmonisation peut avoir du sens.
Mais avant de créer un étage supplémentaire de pilotage, il faudrait peut-être regarder l’histoire récente.
Et cette histoire est beaucoup moins confortable.
Souvenons-nous des Fongecif
Pour les plus jeunes professionnels de la formation, le nom appartient presque à l’histoire.
Pour les autres, certainement pas.
Pendant des décennies, les Fongecif ont joué un rôle essentiel dans le financement des reconversions professionnelles.
Le Congé individuel de formation permettait à un salarié de quitter temporairement son poste pour suivre une formation longue tout en bénéficiant, sous certaines conditions, du financement de la formation et du maintien de sa rémunération.
- Le dispositif avait ses défauts.
- Les pratiques pouvaient varier selon les régions.
- Les financements n’étaient pas illimités.
- Tous les dossiers n’étaient évidemment pas acceptés.
- Il fallait certainement mieux contrôler et harmoniser.
Mais il existait.
Et surtout :
il permettait réellement de financer des reconversions longues.
L’auteur de ces lignes peut en témoigner directement.
À partir des années 2000 — et même auparavant — une part importante de notre activité a été construite autour de la reconversion professionnelle.
- Des Titres professionnels.
- Des formations de plusieurs mois.
- Des promotions de dix, douze, parfois seize personnes.
- Des salariés qui quittaient temporairement leur entreprise pour apprendre un nouveau métier.
Et derrière ces formations, il y avait quelque chose que les tableaux budgétaires oublient parfois :
des milliers de personnes qui retrouvaient un emploi ou commençaient une nouvelle carrière.
Pendant des années, ce système a fonctionné.
Puis est arrivée la réforme de 2018.
Le passage du CIF au PTP : –54 % de financements
La loi du 5 septembre 2018 a supprimé le Congé individuel de formation.
Le CIF a été remplacé par le Projet de transition professionnelle, modalité particulière de mobilisation du CPF.
Les Fongecif ont ensuite laissé place, à partir du 1er janvier 2020, aux commissions paritaires interprofessionnelles régionales devenues les associations Transitions Pro.
On pourrait croire qu’il s’agissait essentiellement d’un changement de nom et d’organisation.
Ce serait oublier un chiffre.
Selon un rapport consacré au Projet de transition professionnelle :
le passage du CIF au PTP en 2019 s’est accompagné d’une baisse des financements de 54 %.
Cinquante-quatre pour cent.
Voilà qui explique peut-être davantage les difficultés rencontrées depuis lors que beaucoup de réorganisations institutionnelles.
Un autre rapport public donne un exemple particulièrement parlant.
En Auvergne-Rhône-Alpes, les budgets gérés par le Fongecif avaient pu atteindre 100 millions d’euros.
En 2020, l’association Transitions Pro de la région gérait environ 50 millions d’euros pour quelque 2 000 dossiers de transition professionnelle.
Le problème de la reconversion française n’est donc peut-être pas uniquement organisationnel.
Il est aussi financier.
Quand il n’y a plus assez d’argent, on crée des priorités
C’est ici que la nouvelle instance nationale prend une autre signification.
Parmi ses missions figure la définition des :
« règles, critères et priorités de prise en charge » des Projets de transition professionnelle.
Pourquoi faut-il des priorités ?
Parce que les ressources sont limitées.
Lorsqu’une enveloppe permet de financer tous les projets éligibles, la question du classement des dossiers est secondaire.
Lorsque les ressources deviennent rares, elle devient centrale.
Il faut sélectionner.
- Classer.
- Prioriser.
- Arbitrer.
Nous retrouvons exactement le mouvement que nous observions dans nos précédents articles sur le PLF 2027.
Le CPF devient davantage orienté vers certaines priorités.
Les financements destinés aux CFA deviennent plus ciblés.
France compétences doit réduire ses dépenses.
Et maintenant les transitions professionnelles disposent d’une tête de réseau nationale chargée notamment de déterminer les priorités de financement.
Une même philosophie commence à apparaître :
lorsqu’on ne peut plus financer tout le monde, on organise le tri.
Et maintenant, la question qui fâche : qui paie cette nouvelle organisation ?
C’est probablement la première question que se posera un dirigeant d’organisme de formation.
Une nouvelle instance nationale.
- Des salariés.
- Une direction.
- Des fonctions de coordination.
- Un système d’information.
- Des réunions.
- Des outils.
- Des contrôles.
Tout cela coûte de l’argent.
D’où vient-il ?
Le Code du travail donne une réponse particulièrement intéressante.
Une convention pluriannuelle d’objectifs et de moyens doit être conclue entre l’État et l’instance nationale.
Elle précisera notamment ses moyens humains, ses objectifs et les modalités de son financement.
Et surtout :
les frais de gestion de l’instance seront déduits des fonds qu’elle reçoit de France compétences pour financer les Projets de transition professionnelle.
Leur montant sera encadré par la convention et plafonné par arrêté ministériel.
Il faut être précis.
Cela ne signifie pas automatiquement qu’un euro dépensé par Certif’Pro supprimera un euro de formation.
Le montant global des crédits pourra évoluer et les frais de gestion seront encadrés.
Mais cela signifie tout de même quelque chose de très concret :
le fonctionnement de cette nouvelle tête de réseau sera financé sur l’enveloppe transitant par elle pour les transitions professionnelles.
La question est donc parfaitement légitime :
combien coûtera cette nouvelle organisation ?
Et surtout :
combien restera-t-il pour financer les reconversions ?
Ce que les organismes de formation veulent, ce ne sont pas de nouvelles structures
Disons-le clairement.
Les organismes de formation ne passent pas leurs journées à réclamer de nouveaux organismes de gouvernance.
Ils demandent surtout une chose :
pouvoir former.
Et pour cela, il faut des personnes dont les projets peuvent être financés.
Pour une formation longue de reconversion, l’équation économique est très différente d’un module de quelques heures.
- Il faut constituer une promotion.
- Mobiliser un formateur pendant plusieurs mois.
- Réserver des salles.
- Construire une progression pédagogique.
- Organiser les stages.
- Accompagner les candidats jusqu’à la certification.
Lorsque dix ou quinze personnes peuvent entrer simultanément dans un parcours de neuf mois, un véritable dispositif de reconversion peut fonctionner.
Lorsque les financements arrivent au compte-gouttes et que les décisions sont dispersées dans le temps, ce modèle devient extrêmement difficile à maintenir.
Ce n’est pas seulement un problème pour l’organisme de formation.
C’est un problème pour le salarié qui veut changer de métier.
Le paradoxe français de la reconversion
Rarement le mot « reconversion » aura été autant utilisé.
- Intelligence artificielle.
- Transition écologique.
- Réindustrialisation.
- Métiers en tension.
- Vieillissement de la population active.
- Transformation des métiers.
Tout le monde explique qu’un salarié exercera plusieurs métiers au cours de sa vie professionnelle.
Tout le monde appelle à développer les compétences.
Tout le monde parle de mobilité professionnelle.
Et pourtant, le principal outil permettant de financer une véritable formation longue de reconversion a vu ses moyens considérablement réduits lors de la réforme de 2018.
Aujourd’hui, nous créons une nouvelle organisation pour mieux piloter les transitions.
Très bien.
Mais il faudra finir par poser la question essentielle :
allons-nous mieux administrer la pénurie ou financer davantage de reconversions ?
Certif’Pro peut aussi être une opportunité
Il serait toutefois trop facile de condamner la réforme avant même qu’elle ait commencé.
Une tête de réseau nationale peut apporter de vraies améliorations.
- Elle peut harmoniser les critères entre régions.
- Elle peut réduire les écarts de traitement.
- Elle peut améliorer les données.
- Elle peut rendre les décisions plus lisibles.
- Elle peut identifier les secteurs dans lesquels les besoins de reconversion sont les plus importants.
- Elle peut aussi peser politiquement pour obtenir davantage de moyens.
Et c’est probablement sur ce dernier point que nous jugerons véritablement son efficacité.
- Pas au nombre de réunions organisées.
- Pas au nombre d’indicateurs produits.
- Pas à la sophistication de son système d’information.
Mais à une question beaucoup plus simple :
combien de salariés supplémentaires auront réellement pu changer de métier ?
Le seul indicateur qui devrait compter
Dans quelques années, nous pourrons mesurer la réussite de cette réforme.
Il suffira presque de poser quatre questions.
- Combien de projets de transition ont été déposés ?
- Combien ont été acceptés ?
- Combien de salariés ont terminé leur formation ?
Et combien ont effectivement réussi leur reconversion professionnelle ?
Si la nouvelle instance permet d’améliorer ces chiffres, alors sa création aura été utile.
Si elle aboutit essentiellement à ajouter un niveau supplémentaire de gouvernance dans un système qui manque déjà de financements, nous aurons simplement perfectionné l’administration de la rareté.
Les organismes de formation connaissent trop bien cette situation.
Depuis plusieurs années, on leur demande davantage de qualité.
- Davantage de traçabilité.
- Davantage de certification.
- Davantage de données.
- Davantage de contrôles.
- Davantage de conformité.
Et parallèlement, les financements deviennent plus difficiles à obtenir.
À un moment, il faudra peut-être revenir à une idée extraordinairement simple :
pour réussir une reconversion professionnelle, il faut d’abord pouvoir financer une formation.
Le reste est nécessaire.
Mais le reste vient après.
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SOURCES
- Arrêté du 2 octobre 2026 portant agrément de l’Association nationale pour la certification paritaire interprofessionnelle et l’évolution professionnelle, Journal officiel du 7 octobre 2026.
- Code du travail, article L. 6323-17-5-1.
- Décret n° 2026-378 du 13 mai 2026 relatif à l’instance paritaire nationale et à la commission en charge du conseil en évolution professionnelle au sein de France compétences.
- Loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025.
- France compétences, Convention d’objectifs et de performance 2026-2028.
- IGAS, rapport relatif au Projet de transition professionnelle.
- Rapport public relatif aux reconversions professionnelles.
- Mon Compte Formation, présentation du Projet de transition professionnelle et de son financement.
- Certif’Pro, documentation relative à CléA.
Mini FAQ : Transition pro : Création d’une nouvelle tête de réseau ?????????????
Certif’Pro est-elle une nouvelle association ?
Non. Certif’Pro a été créée en décembre 2018 et exerce notamment depuis 2019 des responsabilités autour de CléA. L’arrêté du 2 octobre 2026 ne crée donc pas l’association : il l’agrée comme instance paritaire nationale des transitions professionnelles.
Que va faire cette nouvelle instance ?
Elle doit notamment coordonner le réseau des Transitions Pro, définir les orientations, règles, critères et priorités nationales de financement des Projets de transition professionnelle, participer aux travaux relatifs au CEP et, progressivement, assurer la répartition des fonds et la responsabilité du système d’information commun.
Pourquoi Certif’Pro doit-elle abandonner ses activités de certification ?
Le décret du 13 mai 2026 prévoit que l’instance nationale agréée ne peut exercer des activités relatives à la définition, à l’enregistrement ou à la délivrance de certifications ou habilitations. Une période transitoire court jusqu’au 31 décembre 2026 pour permettre la mise en conformité.
Qui financera son fonctionnement ?
Une convention pluriannuelle d’objectifs et de moyens avec l’État déterminera son financement. Le Code du travail prévoit que ses frais de gestion sont déduits des fonds qu’elle reçoit de France compétences pour le financement des Projets de transition professionnelle, dans une limite encadrée.
Les Fongecif existent-ils encore ?
Non. Le CIF a été supprimé à compter de 2019 et remplacé par le Projet de transition professionnelle. Les associations Transitions Pro ont succédé aux Fongecif à compter du 1er janvier 2020.
Les financements ont-ils réellement diminué après la réforme de 2018 ?
Oui. Un rapport public consacré au Projet de transition professionnelle indique que le passage du CIF au PTP en 2019 s’est accompagné d’une baisse des financements de 54 %.