Toujours plus d’organismes pour un marché qui ne grandit plus ?

Tous les ans Les Experts Compétences  épluchent le jaune budgétaire et c’est en ce moment

Le Jaune budgétaire 2027 révèle un paradoxe : le nombre d’organismes de formation progresse de 8,3 % en un an, tandis que leur chiffre d’affaires global recule légèrement. Derrière cette évolution se cache une réalité plus préoccupante : une majorité de très petites structures ne représente qu’une faible part de l’activité économique du secteur

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Un secteur qui continue de se multiplier

Le Jaune budgétaire 2027, annexé au projet de loi de finances, apporte un éclairage particulièrement intéressant sur la situation économique des organismes de formation.

En 2025, 113 710 organismes sont recensés dans le champ statistique retenu, contre 105 028 en 2024.

Soit une progression de 8,3 % en une seule année.

Dans le même temps, leur chiffre d’affaires cumulé passe de 29,58 à 29,33 milliards d’euros, soit une diminution d’environ 0,8 %.

Ces deux évolutions, prises ensemble, méritent attention.

Le nombre de prestataires augmente, mais l’activité économique totale mesurée par leur chiffre d’affaires ne suit pas.

Cela ne signifie pas que chaque organisme voit son activité diminuer. Certains se développent, d’autres se créent, se spécialisent ou changent de modèle économique. D’autres encore peuvent rencontrer des difficultés.

Mais une interrogation s’impose : la croissance du nombre de prestataires correspond-elle à une croissance réelle du marché, ou à une fragmentation toujours plus importante de l’offre ?

Toujours plus d’organismes pour un marché qui ne grandit plus ?

Le jaune budgétaire : Qu’est-ce que c’est ?

67,5 % des organismes pour seulement 8,2 % du chiffre d’affaires

C’est sans doute l’information la plus révélatrice du Jaune budgétaire 2027.

En additionnant deux catégories de structures comptant au plus un salarié et/ou formateur, on obtient les proportions suivantes :

  • Les organismes individuels de cette taille représentent 47,5 % des organismes, mais seulement 3,6 % du chiffre d’affaires.

  • Les structures privées à but lucratif de cette taille représentent 20 % des organismes, mais seulement 4,6 % du chiffre d’affaires.

Au total, 67,5 % des organismes recensés ne réalisent que 8,2 % du chiffre d’affaires du secteur.

À l’autre extrémité de cette photographie économique, les organismes publics et parapublics représentent 1,4 % des prestataires et réalisent 18,8 % du chiffre d’affaires.

Ces catégories ne sont pas directement comparables : les premières sont définies par leur statut et leur taille, la seconde par leur statut juridique. Les organismes publics peuvent également exercer des missions, mobiliser des moyens et accueillir des publics très différents.

Il n’en reste pas moins que ces chiffres révèlent une profonde hétérogénéité économique.

Nous parlons d’un même secteur professionnel, mais certainement pas d’entreprises disposant des mêmes ressources.

 

Une moyenne qui masque des réalités très différentes

Rapporter le chiffre d’affaires total au nombre d’organismes donne un ordre de grandeur d’environ 258 000 euros par organisme en 2025.

Mais cette moyenne ne décrit pas l’organisme type.

Elle rassemble des formateurs indépendants, de petites entreprises spécialisées, des associations, des groupes privés, des établissements publics et des structures intervenant dans l’apprentissage.

Certains réalisent une activité ponctuelle ou complémentaire. D’autres disposent d’équipes permanentes, d’établissements, de plateaux techniques et de capacités importantes.

Leur chiffre d’affaires ne correspond pas davantage à leur bénéfice.

Il serait donc trompeur de considérer cette moyenne comme un indicateur de revenu ou de rentabilité.

Ce que montrent les statistiques, c’est avant tout une forte dispersion de l’activité économique entre les différentes catégories d’organismes.

Et cette dispersion devrait être prise en compte dans la conception des politiques de régulation.

 

Les mêmes obligations, mais pas les mêmes moyens

Depuis plusieurs années, les organismes de formation doivent évoluer dans un environnement réglementaire particulièrement exigeant.

Déclaration d’activité, bilan pédagogique et financier, obligations contractuelles, justificatifs, contrôles administratifs et financiers : autant de démarches qui participent à l’encadrement du secteur.

À ces exigences s’ajoute, pour les prestataires souhaitant accéder aux financements publics ou mutualisés concernés, la certification Qualiopi, sous réserve des exceptions prévues par les textes.

La nécessité de garantir la qualité des prestations et de lutter contre les fraudes ne saurait être contestée.

Mais une question économique demeure : le coût de la conformité pèse-t-il de la même manière sur une structure individuelle et sur un organisme disposant de plusieurs dizaines de salariés ?

Un grand établissement peut répartir certaines fonctions administratives entre plusieurs collaborateurs. Un formateur indépendant doit souvent assumer lui-même la pédagogie, la prospection, la gestion et le suivi documentaire.

Il ne s’agit pas d’affirmer que les petits organismes sont moins bien contrôlés, ni que les grands sont systématiquement avantagés.

Il s’agit de constater que des obligations comportant des coûts fixes peuvent représenter des charges proportionnellement différentes selon la taille des structures.

Or les tableaux du Jaune budgétaire ne permettent pas de mesurer directement ce coût.

C’est précisément l’une des évaluations qu’il serait utile de conduire.

 

Le développement du nombre d’organismes est-il vraiment un signe de bonne santé ?

L’augmentation du nombre de prestataires est parfois interprétée comme un signe de dynamisme et de diversification de l’offre.

Cette interprétation peut être justifiée : l’apparition de nouveaux acteurs favorise potentiellement la spécialisation, l’innovation pédagogique et la proximité avec certains publics.

Mais elle n’est pas la seule possible.

Une multiplication des très petites structures peut également traduire une transformation des modes d’exercice du métier, avec davantage d’indépendants, de sous-traitants et d’activités de formation complémentaires.

Le Jaune budgétaire 2026 signalait d’ailleurs une rupture statistique entre 2023 et 2024, liée à de nouvelles obligations déclaratives concernant certains sous-traitants intervenant dans des formations éligibles au CPF.

Cette précision interdit de considérer toute hausse du nombre d’organismes comme une création nette d’entreprises nouvelles.

Il faut distinguer les créations effectives, les changements de statut, les entrées dans le champ statistique et les modifications des obligations déclaratives.

Compter davantage d’organismes ne suffit donc pas à démontrer que le secteur se porte mieux.

 

Un marché qui se contracte légèrement

Le chiffre d’affaires global des organismes diminue de 0,8 % entre 2024 et 2025, selon les données provisoires du Jaune 2027.

Ce recul reste limité en valeur courante. Il ne permet pas, à lui seul, de conclure à une crise généralisée.

Mais il intervient dans un contexte où la dépense nationale consacrée à la formation professionnelle continue et à l’apprentissage recule également.

Selon le même document, cette dépense passe de 57,18 milliards d’euros en 2024 à 56,25 milliards en 2025, soit une baisse de 1,6 %.

Attention toutefois : la dépense nationale et le chiffre d’affaires des organismes correspondent à deux indicateurs différents. Ils ne doivent ni être additionnés ni être confondus.

Le premier mesure l’ensemble des dépenses consacrées à la formation et à l’apprentissage, selon un périmètre défini. Le second mesure l’activité économique déclarée des prestataires.

Leur évolution simultanée signale néanmoins que la croissance des moyens n’est plus acquise.

Pour les organismes, cette situation renforce l’importance de la diversification des clients, de la maîtrise des coûts et de l’adaptation de l’offre.

 

Après la réforme de 2018, quelle place pour les indépendants ?

La loi du 5 septembre 2018 a profondément transformé le financement, la gouvernance et les modalités d’accès à la formation professionnelle.

Elle a notamment facilité le développement de l’apprentissage, modifié le fonctionnement du CPF et redéfini le rôle des acteurs institutionnels.

Ces évolutions ont ouvert des possibilités nouvelles à certains prestataires, tout en imposant de nouvelles conditions d’exercice à d’autres.

Huit ans plus tard, le Jaune budgétaire 2027 montre un secteur extrêmement diversifié, mais marqué par une forte concentration du chiffre d’affaires dans certaines catégories de structures.

Il ne démontre pas que la réforme de 2018 serait responsable de cette répartition. Une telle conclusion nécessiterait une comparaison historique approfondie, à périmètre constant.

Mais il invite à s’interroger sur les conséquences des choix de régulation pour les différentes catégories d’organismes.

Les dispositifs sont-ils suffisamment adaptés à leur diversité ? Les petites structures disposent-elles d’une représentation effective dans les décisions qui les concernent ? Les obligations administratives sont-elles proportionnées aux moyens des prestataires et aux risques identifiés ?

Ces questions devraient faire partie intégrante de l’évaluation du système.

 

Il est temps de regarder derrière les chiffres

Le Jaune budgétaire 2027 ne décrit pas un secteur homogène.

Il révèle au contraire un univers professionnel où coexistent des structures aux dimensions, aux ressources et aux modèles économiques profondément différents.

Le chiffre de 67,5 % des organismes pour 8,2 % du chiffre d’affaires ne prouve pas que les petites structures sont condamnées à disparaître.

Il montre cependant qu’une majorité numérique ne représente qu’une fraction limitée de l’activité économique.

C’est une réalité dont les politiques publiques et les représentants professionnels devraient tenir compte.

Car la qualité d’un système de formation ne dépend pas uniquement de ses grands opérateurs. Elle repose aussi sur la diversité des intervenants, la proximité avec les entreprises, la spécialisation des formateurs et leur capacité à répondre à des besoins particuliers.

La question n’est pas de savoir s’il existe trop d’organismes de formation. Elle est de savoir si le système permet à cette diversité de travailler, de se développer et de former efficacement.

Et à mesure que les financements se resserrent, cette question devient plus pressante.


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SOURCES

  • Jaune budgétaire 2027,Formation professionnelle, pages 8 à 11 et 69 à 70 ;
  • Jaune budgétaire 2026, Formation professionnelle, chapitre consacré aux prestataires de formation continue, notamment les précisions méthodologiques relatives aux sous-traitants.

Mini FAQ :

1. Combien d’organismes de formation sont recensés en France ?


Le Jaune budgétaire 2027 recense 113 710 organismes dans son champ statistique pour 2025, soit une progression de 8,3 % par rapport à 2024. Il s’agit des organismes déclarant une activité économique de formation selon les critères retenus par la Dares.

2. Quel est le chiffre d’affaires global des organismes de formation ?


Il atteint 29,33 milliards d’euros en 2025, contre 29,58 milliards en 2024, soit un recul d’environ 0,8 %. Les chiffres de 2025 sont provisoires.


3. Pourquoi 67,5 % des organismes ne réalisent-ils que 8,2 % du chiffre d’affaires ?


Parce que cette proportion regroupe de très petites structures, souvent individuelles ou comptant au plus un salarié et/ou formateur. Leur activité économique moyenne est nettement inférieure à celle des organismes de plus grande taille.


4. Les petits organismes sont-ils pénalisés par les obligations administratives ?


Certaines obligations comportent des coûts fixes susceptibles de peser proportionnellement davantage sur les petites structures. Toutefois, les Jaunes budgétaires ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer ce déséquilibre.


5. Le marché de la formation professionnelle est-il en crise ?


Les données montrent un léger recul du chiffre d’affaires global en 2025, malgré une augmentation du nombre d’organismes. Cela appelle à la vigilance, mais ne suffit pas à établir une crise généralisée.

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