Les Experts Compétences qui ont connu les temps d’avant France Compétences, se posent la question de savoir si France Compétences a été bénéfique pour les OF
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Lorsque la réforme de la formation professionnelle est entrée en vigueur en 2019, l’ambition affichée était claire : simplifier le système, développer l’apprentissage, favoriser l’accès à la formation et moderniser les parcours professionnels.
Sept ans plus tard, le constat est beaucoup moins glorieux.
Selon les chiffres publiés par France Compétences et régulièrement analysés par la Cour des comptes, l’établissement public a accumulé près de 11 milliards d’euros de déficit depuis sa création.
Onze milliards.
Pour donner un ordre de grandeur, cela représente davantage que le budget annuel de plusieurs ministères.
La question n’est donc plus de savoir s’il existe un problème.
La vraie question est désormais : qui paiera la facture ?
11 milliards de déficit : qui paiera la facture ?
Comment en est-on arrivé là ?
Pendant plusieurs années, l’apprentissage a bénéficié d’un soutien massif de l’État.
Les aides aux employeurs se sont multipliées.
Les contrats d’apprentissage ont explosé.
Les centres de formation ont ouvert de nouvelles sections.
Les écoles privées ont développé massivement leurs cursus en alternance.
Résultat :
- plus d’apprentis ;
- plus de CFA ;
- plus de financements ;
- plus de dépenses.
Sur le papier, les résultats semblent spectaculaires.
Mais derrière les chiffres de croissance se cache une réalité beaucoup moins reluisante : les dépenses ont progressé beaucoup plus vite que les recettes.
Pendant que l’on célébrait les records d’entrées en apprentissage, la trésorerie de France Compétences fondait comme neige au soleil.
Le tabou de la qualité
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics communiquent essentiellement sur le nombre de contrats signés.
Mais une question essentielle reste largement absente du débat :
Quelle est la qualité réelle des formations financées ?
Combien d’apprentis trouvent un emploi durable ?
Quels sont les taux de réussite réels ?
Quels établissements créent réellement de la valeur ?
Quels autres captent simplement des financements publics ?
Le sujet devient particulièrement sensible lorsque des milliards d’euros sont engagés chaque année.
Car sans évaluation rigoureuse, le risque est simple : financer des volumes plutôt que des résultats.
L’argent magique n’existe pas
Pendant longtemps, l’État a compensé les déficits de France Compétences.
Mais les finances publiques françaises sont elles-mêmes sous tension.
La dette publique dépasse désormais les 3 000 milliards d’euros.
Les marges budgétaires se réduisent.
Autrement dit : le mécanisme de sauvetage permanent ne pourra probablement pas durer éternellement.
Tôt ou tard, quelqu’un devra payer.
Premier scénario : les entreprises
C’est l’hypothèse la plus évidente.
Les entreprises financent déjà une grande partie du système via leurs contributions obligatoires.
Une augmentation des prélèvements reste techniquement possible.
Mais dans un contexte économique déjà compliqué pour de nombreuses PME, cette solution risque de provoquer de fortes résistances.
Beaucoup de dirigeants estiment déjà supporter une charge administrative et fiscale croissante.
Deuxième scénario : les organismes de formation
Depuis plusieurs mois, les signaux se multiplient.
Baisse des niveaux de prise en charge.
Renforcement des contrôles.
Durcissement des critères qualité.
Réduction de certains financements.
Pour de nombreux observateurs, le mouvement est déjà engagé.
Les organismes de formation pourraient devenir les premiers contributeurs involontaires au redressement financier du système.
Troisième scénario : les apprentis
Politiquement, c’est le scénario le plus sensible.
Pourtant, plusieurs experts évoquent déjà un recentrage des aides.
L’objectif serait de réserver les financements les plus généreux aux secteurs réellement en tension.
Une telle évolution remettrait en cause le modèle de croissance quasi illimitée observé depuis plusieurs années.
Quatrième scénario : les contribuables
En réalité, c’est déjà le cas.
Lorsque l’État renfloue France Compétences, l’argent provient du budget public.
Autrement dit, du contribuable.
La question n’est donc pas de savoir si les citoyens paient.
Ils paient déjà.
La véritable question est de savoir combien de temps ils continueront à le faire.
Une réforme devenue victime de son succès ?
Le paradoxe est saisissant.
L’apprentissage est souvent présenté comme l’une des grandes réussites des dernières années.
Mais c’est précisément cette croissance spectaculaire qui fragilise aujourd’hui l’équilibre financier du système.
Une politique publique peut-elle être considérée comme un succès lorsqu’elle produit simultanément des déficits massifs ?
La question mérite d’être posée.
Ce que personne n’ose dire
Le débat actuel se concentre souvent sur les économies à réaliser.
Mais une autre question reste largement absente :
Avons-nous réellement évalué l’efficacité des milliards investis ?
Car avant de chercher qui paiera la facture, il serait peut-être utile de vérifier si les dépenses engagées produisent bien les résultats attendus.
Dans n’importe quelle entreprise, un investissement de plusieurs dizaines de milliards d’euros ferait l’objet d’indicateurs précis de rentabilité.
Pourquoi la formation professionnelle devrait-elle échapper à cette logique ?
DONC
Les 11 milliards de déficit de France Compétences ne sont pas un simple accident comptable.
Ils révèlent les limites d’un modèle fondé sur une croissance rapide des financements sans véritable maîtrise de leur soutenabilité à long terme.
Le plus probable n’est pas qu’une seule catégorie paie la facture.
Le plus probable est que l’effort soit réparti entre entreprises, organismes de formation, apprentis et contribuables.
Reste une question fondamentale :
Comment éviter que les acteurs vertueux du secteur soient pénalisés pour des dérives qu’ils n’ont pas créées ?
Le débat ne fait probablement que commencer.
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Mini FAQ : 11 milliards de déficit : qui paiera la facture ?
Pourquoi France Compétences est-elle déficitaire ?
Principalement en raison de la forte hausse des dépenses liées à l’apprentissage et au CPF, qui ont progressé plus vite que les recettes du système.
Le déficit est-il réellement de 11 milliards d’euros ?
Oui. Le cumul des déficits depuis la création de France Compétences approche les 11 milliards d’euros selon les données publiques disponibles.
Les financements de l’apprentissage vont-ils baisser ?
C’est une hypothèse de plus en plus évoquée. Plusieurs niveaux de prise en charge ont déjà été revus à la baisse.
Les organismes de formation sont-ils concernés ?
Oui. Le renforcement des contrôles et les évolutions de financement impactent déjà de nombreux organismes.
Une nouvelle réforme est-elle probable ?
Oui. Les tensions budgétaires actuelles rendent une nouvelle évolution du système très probable dans les prochaines années.