CPF : de la liberté de choisir à la liberté de payer pour choisir ?

CPF : de la liberté de choisir à la liberté de payer pour choisir ?

Il y a quelques années,Les Experts Compétences  avaient publié sur ce blog un article consacré à une évolution qui me semblait déjà révélatrice : nous étions passés de la « formation tout au long de la vie » à la « liberté de choisir son avenir professionnel ». (voir le lien dans les articles sur le même sujet)

NOS ARTICLES SUR LE MEME SUJET

  1. CPF : de la liberté de choisir à la liberté de payer pour choisir
  2. Formation tout au long de la vie VS Liberté de choisir son avenir professionnel
  3. Vendre une transformation plutôt qu’une formation
  4. Devenir Expert Compétences
  5. Vendre la pédagogie ou la performance ?
  6. Les signaux qui annoncent une transformation de la FPC

Les mots avaient changé.

Et derrière les mots, la philosophie de notre système de formation professionnelle avait elle aussi profondément évolué.

Aujourd’hui, une nouvelle formule pourrait résumer l’étape qui se prépare.

Elle n’est pas de moi. Elle est d’Arnaud Portanelli, cofondateur de Lingueo et observateur de longue date du CPF :

« On est libre, mais on est libre de payer. »

La formule est provocatrice.

Mais elle pose une vraie question : sommes-nous en train de passer de la liberté de choisir son avenir professionnel à la liberté de payer pour choisir ?

CPF : de la liberté de choisir à la liberté de payer pour choisir ?

2004 : la formation tout au long de la vie

Il faut revenir un peu en arrière.

La loi du 4 mai 2004 portait un titre qui paraît presque appartenir à une autre époque :

« Loi relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social. »

Son article 2 affirmait même que :

« La formation professionnelle tout au long de la vie constitue une obligation nationale. »

La formation devait favoriser l’insertion, la réinsertion, le maintien dans l’emploi, le développement des compétences, mais aussi l’accès à la qualification, le développement économique et culturel et la promotion sociale.

Tout était déjà là.

  • L’idée centrale était celle d’un droit qui accompagne l’individu pendant sa vie professionnelle.
  • L’entreprise avait sa responsabilité.
  • Le salarié avait progressivement la sienne.
  • Les partenaires sociaux jouaient leur rôle.
  • Et la collectivité considérait la formation comme un investissement collectif.

 

2018 : la liberté de choisir son avenir professionnel

Quatorze ans plus tard, changement de vocabulaire.

La loi du 5 septembre 2018 s’appelle :

« Pour la liberté de choisir son avenir professionnel ».

Le mot est fort : liberté.

Le premier chapitre de la loi annonce d’ailleurs clairement l’ambition :

« Renforcer et accompagner la liberté des individus dans le choix de leur formation. »

Avec la monétisation du CPF et surtout l’arrivée de Mon Compte Formation, cette philosophie devient très concrète.

Le titulaire dispose de droits.

  • Il consulte les formations.
  • Il choisit.
  • Il s’inscrit.
  • Il mobilise son compte.

Sans avoir nécessairement à demander l’autorisation de son employeur lorsque la formation est réalisée hors temps de travail.

C’était une véritable rupture.

On pouvait évidemment discuter le système, ses effets inflationnistes, les démarchages abusifs, les fraudes, la qualité parfois très variable de certaines offres ou l’utilisation de fonds publics pour des formations dont le caractère professionnel pouvait être discuté.

Mais le principe était extrêmement lisible :

le CPF appartenait à l’individu et lui donnait une capacité de décision.

 

Puis la liberté a commencé à être encadrée

Depuis, les règles ont changé.

En mai 2024 apparaît une participation financière obligatoire de 100 euros.

Elle est ensuite revalorisée.

En 2026, elle atteint finalement 150 euros.

Mais ce n’est pas le seul changement.

La loi de finances pour 2026 et ses décrets d’application ont également instauré des plafonds de mobilisation du CPF pour certaines catégories de formation.

Pour une certification inscrite au Répertoire spécifique, le titulaire ne peut désormais mobiliser que 1 500 euros de droits CPF.

Pour un bilan de compétences : 1 600 euros.

Pour certains permis de conduire légers : 900 euros, avec en plus de nouvelles conditions d’accès.

Pour le RNCP, en revanche, la mobilisation des droits reste à ce jour sans ce plafond général de 1 500 euros.

Pris séparément, chacun de ces choix peut être expliqué.

  • Il faut lutter contre les abus.
  • Il faut maîtriser la dépense.
  • Il faut éviter certains effets d’aubaine.
  • Il faut orienter les financements vers les compétences utiles à l’économie.

Tout cela peut parfaitement s’entendre.

Mais lorsque l’on regarde l’ensemble du mouvement, une autre question apparaît.

Que reste-t-il progressivement de la liberté initialement promise ?

 

2027 : 350 euros pour une formation « non prioritaire » ?

Une nouvelle étape est désormais envisagée dans le cadre des arbitrages budgétaires pour 2027.

Attention : à l’heure où ces lignes sont écrites, la mesure n’est pas encore en vigueur.

La participation obligatoire reste aujourd’hui fixée à 150 euros.

Mais le gouvernement envisage de porter le reste à charge à 350 euros pour un salarié mobilisant son CPF sans cofinancement lorsqu’il choisit une certification considérée comme non prioritaire.

Pour une certification reconnue comme prioritaire, la participation resterait à 150 euros.

Et c’est ici que le débat devient beaucoup plus intéressant que le simple passage de 150 à 350 euros.

Car il faut désormais répondre à une question :

 

Qu’est-ce qu’une formation prioritaire ?

Selon les éléments rendus publics, le caractère prioritaire serait apprécié à partir d’une liste de certifications définie par arrêté après consultation des partenaires sociaux.

L’intelligence artificielle devrait notamment faire partie des priorités.

Pourquoi pas ?

Le ministère du Travail vient justement de lancer son plan « Impulsion IA 2027 », avec plus de 80 millions d’euros annoncés pour accompagner l’acculturation et la formation à l’intelligence artificielle.

Personne ne contestera sérieusement que l’IA représente aujourd’hui un enjeu majeur de compétences.

Mais le problème n’est pas là.

Le problème est de savoir qui peut déterminer à la place d’un individu quelle compétence sera prioritaire pour son avenir professionnel.

 

Une langue est-elle prioritaire ?

Prenons précisément l’exemple donné par Arnaud Portanelli.

Une formation linguistique pourrait parfaitement ne pas figurer parmi les priorités nationales du moment.

Pourtant, pour un commercial qui doit développer une clientèle internationale, l’anglais peut être absolument déterminant.

  • Pour un salarié souhaitant rejoindre une entreprise allemande, l’allemand peut devenir la compétence qui débloquera son évolution professionnelle.
  • Pour quelqu’un qui envisage une mobilité à l’étranger, une langue peut avoir davantage d’importance que certaines compétences figurant sur une liste nationale.

Et demain ?

Une formation à la négociation est-elle prioritaire ?

  • La prise de parole en public ?
  • Le management ?
  • Excel ?
  • La gestion de projet ?
  • La cybersécurité ?
  • La comptabilité ?
  • Une formation destinée à préparer une reconversion que personne n’avait anticipée ?

Une priorité nationale n’est pas nécessairement une priorité individuelle.

Voilà tout le problème.

 

Le paradoxe du CPF

Nous arrivons alors à une situation assez étrange.

Le CPF continue juridiquement et administrativement à être présenté comme un compte personnel permettant à chaque actif d’acquérir des droits mobilisables tout au long de sa vie professionnelle.

Mais l’utilisation de ces droits devient progressivement conditionnée par plusieurs filtres :

l’éligibilité de la formation ;

son inscription au RNCP ou au Répertoire spécifique ;

les plafonds de mobilisation ;

l’existence éventuelle d’un cofinancement ;

la participation financière obligatoire ;

et demain, peut-être, le caractère « prioritaire » ou non de la certification choisie.

Le droit n’a pas disparu.

Mais son autonomie se réduit.

 

Pourtant, l’idée de priorité n’est pas absurde

Il faut néanmoins éviter une lecture trop simple du débat.

L’argent du CPF n’est pas de l’argent tombé du ciel.

Le dispositif a un coût collectif.

Et dans une période de fortes contraintes budgétaires, il n’est pas illégitime que la collectivité cherche à savoir ce qu’elle finance et pourquoi elle le finance.

Il est également compréhensible de vouloir favoriser certaines compétences stratégiques : intelligence artificielle, numérique, transition écologique, métiers en tension, industrie, santé ou autres secteurs confrontés à des besoins massifs.

De même, la recherche de cofinancements peut avoir du sens.

Employeur, salarié, branche, OPCO, Région ou État peuvent avoir intérêt à construire ensemble certains parcours.

Nous l’avons d’ailleurs souvent défendu sur ce blog : la co-construction du CPF peut être une excellente chose.

Mais co-construire n’est pas décider à la place de l’individu.

Et orienter n’est pas nécessairement contraindre.

 

Le vrai changement : de la liberté au pilotage

C’est peut-être là que se trouve le véritable changement de philosophie.

Pendant plusieurs années, le système a cherché à donner davantage d’autonomie à l’individu.

Aujourd’hui, il semble progressivement chercher à piloter son choix.

La différence est considérable.

Le raisonnement devient :

Vous pouvez choisir librement.

Mais certaines formations seront davantage financées que d’autres.

Certaines seront plafonnées.

Certaines nécessiteront un cofinancement.

Et si votre choix ne correspond pas aux priorités définies collectivement, vous pourrez toujours le faire…

à condition de payer davantage.

Nous retrouvons alors la formule d’Arnaud Portanelli :

« On est libre, mais on est libre de payer. »

 

Et les inégalités dans tout cela ?

C’est probablement la question la plus importante.

350 euros ne représentent pas la même chose pour tout le monde.

Pour un cadre supérieur gagnant confortablement sa vie, le montant peut constituer un simple arbitrage.

Pour un salarié payé au SMIC, une personne à temps partiel ou quelqu’un qui prépare discrètement une reconversion, 350 euros peuvent devenir un véritable obstacle.

Nous risquons alors de créer une liberté à deux vitesses.

Ceux qui peuvent payer conserveront une large liberté de choix.

Les autres seront davantage incités à choisir parmi les priorités retenues par le système ou à rechercher un cofinanceur.

Autrement dit, plus nous faisons dépendre la liberté de formation de la capacité financière personnelle, plus nous nous éloignons du principe de démocratisation qui avait accompagné la création du CPF.

 

De l’obligation nationale à la responsabilité individuelle

En un peu plus de vingt ans, le vocabulaire raconte finalement assez bien l’évolution du système.

En 2004 :

la formation tout au long de la vie constitue une obligation nationale.

En 2018 :

liberté de choisir son avenir professionnel.

En 2024 :

participation financière obligatoire.

En 2026 :

plafonnement de certaines utilisations du CPF.

Et peut-être demain :

priorités nationales et reste à charge différencié.

Ce n’est pas nécessairement la disparition du CPF.

C’est peut-être quelque chose de plus profond :

sa transformation.

D’un outil d’autonomie individuelle, il pourrait progressivement devenir un outil de politique publique des compétences, dans lequel l’individu conserve une liberté de choix, mais où la collectivité décide de plus en plus fortement quels choix elle souhaite financer.

 

Alors, qui doit choisir notre avenir professionnel ?

C’est finalement la question que cette réforme nous oblige à poser.

  • L’État ?
  • Les partenaires sociaux ?
  • L’employeur ?
  • Les branches professionnelles ?
  • Les besoins du marché du travail ?
  • Ou l’individu lui-même ?

La réponse est probablement : un peu de chacun.

Mais l’équilibre est fragile.

Car si l’on considère que l’individu est capable de choisir son avenir professionnel, il faut accepter qu’il puisse parfois choisir une compétence qui ne figure pas dans les priorités du moment.

Et si nous considérons au contraire que la collectivité doit déterminer quelles compétences méritent d’être financées, assumons-le clairement.

Mais dans ce cas, ne parlons peut-être plus tout à fait de la même liberté.

Si cet article vous a plu, vous pouvez suivre les travaux des experts compétences en rejoignant le blog de la formation et vous inscrire à la Newsletter. Les experts compétences accompagnent tous les projets à forte composante numérique autour du Marketing, du Management et de la Formation. Ceci pour des organismes de formation comme pour les entreprises. Pour les contacter, laissez leur un message

Le blog de la formation propose des rubriques comme :

MOTS CLÉS 

CPF, Compte personnel de formation, reste à charge CPF, CPF 350 euros, CPF 2027, formation professionnelle, liberté de choisir son avenir professionnel, formation tout au long de la vie, Arnaud Portanelli, formations prioritaires, cofinancement CPF, Répertoire spécifique, RNCP, compétences, réforme de la formation professionnelle.

SOURCES

  • Loi n° 2004-391 du 4 mai 2004 relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social.
  • Loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel.
  • Service-Public.fr, « CPF : la participation forfaitaire obligatoire augmente », mise à jour avril 2026.
  • Ministère du Travail, présentation du Compte personnel de formation, mise à jour avril 2026.
  • Mon Compte Formation / Caisse des Dépôts, règles d’utilisation du CPF issues de la loi de finances pour 2026.
  • Ministère du Travail, « Impulsion IA 2027 », septembre 2026.
  • Le Figaro, « Le reste à charge du CPF pourrait atteindre les 350 euros pour les formations non-prioritaires », 23 septembre 2026.
  • Le Monde, « La formation professionnelle, marqueur de la politique pour l’emploi d’Emmanuel Macron, subit un nouveau tour de vis de la part du gouvernement », 24 septembre 2026.
  • Publication LinkedIn d’Arnaud Portanelli sur le projet de reste à charge à 350 euros, septembre 2026.
  •  

Mini FAQ : CPF : de la liberté de choisir à la liberté de payer pour choisir ?

Le reste à charge du CPF est-il déjà passé à 350 euros ?

Non. À ce jour, la participation financière obligatoire est fixée à 150 euros en 2026. Le montant de 350 euros correspond à une mesure envisagée pour les salariés sans cofinancement choisissant une certification considérée comme non prioritaire. Elle doit encore être traduite juridiquement avant de pouvoir s’appliquer.

Toutes les formations seraient-elles concernées ?

Non. Le projet repose précisément sur une distinction entre certifications prioritaires et non prioritaires. Les modalités exactes dépendront des textes finalement adoptés.

Qui déterminerait les formations prioritaires ?

Selon les éléments communiqués par le ministère du Travail, une liste de certifications serait définie par arrêté après consultation des partenaires sociaux.

Le CPF permet-il encore de choisir librement sa formation ?

Le titulaire conserve aujourd’hui l’initiative de son projet dans le cadre des formations éligibles. Mais plafonds, conditions d’éligibilité, cofinancements et participation financière encadrent désormais davantage l’utilisation des droits qu’au lancement de Mon Compte Formation.

Pourquoi le gouvernement souhaite-t-il modifier le système ?

L’exécutif invoque notamment la nécessité d’orienter davantage les financements vers les compétences considérées comme prioritaires et la soutenabilité financière du dispositif, dans un contexte budgétaire contraint.

youtubeinstagram
Facebooktwitterlinkedinmail
L’équation impossible !  plus d’individualisation avec moins d’argent

L’équation impossible ! plus d’individualisation avec moins d’argent

 

C’est une contradiction économique que les OF connaissent depuis longtemps, mais qui devient maintenant difficile à masquer. C’est ce que répètent Les Experts Compétences 

Les éléments récents confortent l’angle. L’IGAS constate que les recettes de formation des OPCO ont diminué de 7 % entre 2022 et 2024, tandis que leurs charges de fonctionnement augmentaient. L’annexe budgétaire 2026 indique aussi que les prises en charge sur versements volontaires ont baissé de 20 % en 2024, avec une chute de 65 % des aides de l’État mobilisées sur cette section. Et, très concrètement, certains OPCO préviennent désormais que les critères de financement peuvent évoluer en cours d’année en raison d’un « budget PDC-50 contraint ».

En parallèle, la tension continue sur l’apprentissage : une question publiée au Sénat le 10 septembre 2026 alerte encore sur les diminutions successives des NPEC et leur effet sur l’équilibre financier des CFA.

NOS ARTICLES SUR LE MEME SUJET

  1.  La question de l’individualisation des parcours de formation
  2. France Compétences : vers une baisse des financements
  3. Demandeur d’emploi comment financer sa formation en 2026
  4. Opco les règles vont changer pour les OF
  5. Fin de la subrogation Opco : un bouleversement ?
  6. Faut-il supprimer les Opco ?
  7. Quels sont les relations entre Opco et organisme de formation ?
  8. Comment financer une formation avec l’Opco ?

Il fut un temps où l’économie d’un organisme de formation était relativement simple.

Un formateur. Une salle. Dix ou douze stagiaires. Une formation programmée plusieurs fois dans l’année.

Lorsque le groupe était rempli, l’équilibre économique pouvait être atteint. Le coût du formateur, de la salle, de l’administration et de l’ingénierie pédagogique était réparti entre plusieurs participants.

Ce modèle avait ses défauts. Il était parfois rigide, pas toujours suffisamment adapté aux différences de niveau et aux besoins individuels.

Alors, progressivement, la formation professionnelle a changé.

On a demandé aux organismes de formation d’individualiser les parcours, d’évaluer les acquis, d’adapter les contenus, de suivre chaque apprenant, de mesurer sa progression, de proposer des modalités différentes et de documenter toujours davantage cet accompagnement.

Sur le principe, difficile d’être contre.

Mais un détail semble avoir été oublié : l’individualisation coûte de l’argent.

Et pendant que les exigences augmentaient, les financements, eux, se sont contractés.

Nous arrivons aujourd’hui à une situation paradoxale : le système demande presque une formation sur mesure tout en continuant à rechercher le prix de la formation standardisée.

L’équation impossible ! plus d’individualisation avec moins d’argent

Hier : un formateur pour douze personnes

Prenons volontairement un exemple simplifié.

Une journée de formation réunit douze salariés.

Le formateur intervient pendant sept heures. L’organisme assume également la préparation, la gestion administrative, la commercialisation, les locaux, les outils et le suivi.

Mais le coût de cette journée est réparti entre douze participants.

C’est le principe économique du collectif.

Et pendant des décennies, une grande partie de la formation professionnelle s’est construite ainsi.

Le modèle permettait aussi à l’organisme de programmer plusieurs sessions dans l’année et de travailler simultanément sur différentes disciplines.

L’enjeu était alors assez clair : remplir les sessions.

Aujourd’hui : douze personnes, douze parcours

Le vocabulaire a changé.

  • Positionnement initial.
  • Individualisation.
  • Parcours personnalisé.
  • Adaptation pédagogique.
  • Suivi individualisé.
  • Évaluation continue.
  • Accompagnement.
  • Traçabilité.
  • Remédiation.

Toutes ces notions ont une justification pédagogique.

Mais lorsqu’on les additionne, elles transforment profondément l’économie de la formation.

Car douze personnes inscrites à la même formation ne constituent plus nécessairement un groupe homogène.

Elles peuvent avoir douze niveaux différents, douze objectifs professionnels différents, douze rythmes d’apprentissage différents et parfois douze parcours différents.

Le formateur n’anime alors plus seulement une formation.

Il pilote plusieurs trajectoires individuelles simultanément.

 

Jusqu’où peut aller l’individualisation ?

C’est ici que commence la contradiction.

À force de personnaliser les parcours, on peut progressivement se rapprocher d’un modèle dans lequel chaque apprenant nécessite quasiment son propre accompagnement.

Évidemment, nous ne sommes pas systématiquement dans la situation caricaturale « un formateur pour un stagiaire ».

Le numérique, les LMS, les ressources asynchrones, les classes virtuelles, les exercices automatisés et désormais l’intelligence artificielle permettent de mutualiser une partie du travail.

Mais ils ne suppriment pas l’accompagnement humain.

Et plus on exige une adaptation fine aux besoins de chacun, plus cet accompagnement humain prend du temps.

Or le temps humain reste l’un des principaux coûts d’une formation.

 

Pendant ce temps, les financements se contractent

C’est là que l’équation devient particulièrement difficile pour les organismes de formation.

Les tensions financières touchent désormais plusieurs composantes du système de formation professionnelle.

Les ressources disponibles sont davantage contraintes, les critères de prise en charge évoluent, les financements publics sont davantage ciblés et les entreprises sont progressivement invitées à participer davantage au financement de leurs besoins de compétences.

Les OPCO eux-mêmes évoluent dans cet environnement budgétaire contraint.

Ils ne fabriquent évidemment pas l’argent qu’ils distribuent.

Ils doivent arbitrer entre des enveloppes, des priorités de branches, des dispositifs et des besoins d’entreprises qui restent considérables.

Il serait donc trop simple d’opposer les organismes de formation aux OPCO.

Les deux sont, à des niveaux différents, confrontés à la même contrainte : faire davantage avec une ressource financière qui n’augmente pas au même rythme que les exigences.

 

L’OF se retrouve au bout de la chaîne

Mais lorsqu’un financement diminue, quelqu’un finit nécessairement par absorber la différence.

  • Cela peut être l’entreprise.
  • Cela peut être l’apprenant.

Mais très souvent, une partie de l’ajustement arrive jusqu’à l’organisme de formation.

Et celui-ci doit alors choisir.

  • Réduire ses prix ?
  • Réduire la durée ?
  • Automatiser davantage ?
  • Diminuer le temps consacré au suivi ?
  • Réduire sa marge ?
  • Ou refuser certains marchés ?

Aucune de ces solutions n’est neutre.

Et lorsqu’on demande simultanément davantage de personnalisation, davantage de qualité, davantage de preuves et un prix plus faible, la marge de manœuvre devient extrêmement étroite.

 

La personnalisation n’est pas gratuite

C’est peut-être le débat que la formation professionnelle devra enfin avoir.

Pendant longtemps, on a parlé de l’individualisation essentiellement comme d’un progrès pédagogique.

C’en est un.

Mais il faut maintenant parler de son modèle économique.

  • Un diagnostic individuel prend du temps.
  • Un entretien individuel prend du temps.
  • Une correction personnalisée prend du temps.
  • Une adaptation de parcours prend du temps.
  • Un suivi individualisé prend du temps.
  • Une remédiation prend du temps.

Et tout ce temps doit être financé quelque part.

On ne peut pas demander durablement :

plus d’individualisation + plus de suivi + plus de qualité + plus de contrôle

tout en ajoutant :

moins de financement.

À un moment donné, l’équation ne fonctionne plus.

 

Le numérique peut-il sauver le modèle ?

En partie seulement.

Les organismes de formation ont beaucoup investi dans les plateformes LMS, les classes virtuelles, les contenus numériques, les quiz automatisés et les outils de suivi.

L’intelligence artificielle ouvre désormais une nouvelle étape.

Elle peut aider à personnaliser certains exercices, produire des contenus complémentaires, analyser des réponses ou assister le formateur.

Cela peut améliorer considérablement la productivité pédagogique.

Mais attention à une illusion : la technologie n’annule pas le coût de l’individualisation.

Une plateforme doit être achetée, configurée, administrée et alimentée.

  • Les contenus doivent être créés.
  • Les parcours doivent être conçus.
  • Les données doivent être suivies.

Et surtout, dans de nombreuses formations, l’apprenant attend encore une présence humaine.

Le numérique permet donc de déplacer et d’optimiser certains coûts.

Il ne transforme pas une formation individualisée en prestation gratuite.

 

Le risque : fabriquer une formation à deux vitesses

Si cette contradiction perdure, un autre phénomène pourrait apparaître.

D’un côté, des formations fortement financées ou directement achetées par des entreprises capables de payer une véritable personnalisation.

De l’autre, des formations financées au plus juste dans lesquelles l’individualisation deviendrait surtout déclarative.

Sur le papier : parcours personnalisé.

Dans la réalité : contenus largement standardisés et accompagnement humain réduit au minimum compatible avec le financement disponible.

Ce serait probablement le pire résultat possible.

Car nous conserverions toutes les exigences administratives de l’individualisation sans disposer des moyens nécessaires pour en assurer réellement la qualité.

 

Les OF doivent-ils refuser cette évolution ?

Probablement pas.

Le retour généralisé aux salles de douze personnes suivant exactement le même programme au même rythme n’est ni réaliste ni forcément souhaitable.

  • Les apprenants ont changé.
  • Les entreprises ont changé.
  • Les métiers évoluent plus rapidement.
  • Les technologies permettent effectivement de construire des parcours plus intelligents.

Mais les organismes de formation doivent peut-être arrêter d’accepter l’idée selon laquelle toute personnalisation serait incluse gratuitement dans le prix de la formation.

C’est probablement là que leur modèle économique doit évoluer.

 

Faire payer ce qui crée réellement de la valeur

  • Un organisme de formation pourrait demain distinguer beaucoup plus clairement plusieurs niveaux de prestation.
  • Un socle pédagogique mutualisé peut être proposé à un coût relativement faible.
  • Un accompagnement renforcé peut être facturé davantage.
  • Un tutorat individuel constitue une prestation supplémentaire.
  • Une analyse approfondie des compétences ou une adaptation complète du parcours également.

Autrement dit, il faudrait peut-être appliquer à la formation une règle économique parfaitement banale dans presque tous les autres secteurs :

plus le service est personnalisé, plus son coût augmente.

Cela paraît évident.

Et pourtant, la formation professionnelle fonctionne encore trop souvent comme si cette règle ne s’appliquait pas à elle.

 

Le vrai débat avec les OPCO

La discussion entre organismes de formation et OPCO ne devrait donc pas seulement porter sur les plafonds de prise en charge.

Elle devrait porter sur ce que ces plafonds permettent réellement d’acheter.

À 15 €, 25 €, 40 € ou 60 € de l’heure, quelle prestation attend-on exactement ?

  • Un contenu numérique ?
  • Une formation collective ?
  • Une classe virtuelle ?
  • Un accompagnement individualisé ?
  • Du tutorat ?
  • Une ingénierie sur mesure ?
  • Un suivi après la formation ?

Ces prestations n’ont ni le même coût ni la même valeur.

Tant que le système ne fera pas suffisamment cette distinction, les incompréhensions continueront.

  • L’OPCO pensera financer correctement une action.
  • L’entreprise pensera avoir acheté un parcours individualisé.
  • L’apprenant attendra un accompagnement personnel.
  • Et l’organisme de formation découvrira qu’il doit fournir trois prestations pour le prix d’une.

 

Pauvres organismes de formation ?

Pas nécessairement.

Mais il faut arrêter de leur demander l’impossible.

Les OF devront continuer à évoluer.

Ils devront automatiser ce qui peut l’être, mutualiser les contenus, utiliser intelligemment l’intelligence artificielle, mieux segmenter leurs prestations et probablement vendre davantage directement aux entreprises.

Ils devront aussi apprendre à dire :

« À ce prix-là, voici ce que nous pouvons réellement faire. Pour un accompagnement plus individualisé, voici ce que cela coûte. »

  • Ce n’est pas renoncer à la qualité.
  • C’est précisément l’inverse.
  • C’est reconnaître que la qualité pédagogique a un coût.

Une équation que les pouvoirs publics devront finir par résoudre

La formation professionnelle française semble aujourd’hui poursuivre deux objectifs simultanément.

Chacun de ces objectifs peut être défendu.

Mais leur combinaison a des limites.

On ne peut pas indéfiniment demander aux organismes de formation de transformer une prestation collective en accompagnement individualisé tout en réduisant le financement disponible.

À moins de considérer que les organismes de formation absorberont éternellement la différence.

Ils ne le feront pas.

  • Certains changeront de modèle.
  • Certains se détourneront des financements publics et mutualisés.
  • Certains réduiront leur offre.
    • Et certains disparaîtront.

La question n’est donc peut-être plus :

« Comment financer moins cher la formation professionnelle ? »

Mais plutôt :

« Quel niveau de formation sommes-nous réellement prêts à financer ? »

Car si nous voulons une formation réellement personnalisée, accompagnée et de qualité, il faudra tôt ou tard accepter cette évidence :

un formateur peut accompagner douze personnes. Mais on ne peut pas financer douze accompagnements individuels au prix d’une seule formation collective.

Si cet article vous a plu, vous pouvez suivre les travaux des experts compétences en rejoignant le blog de la formation et vous inscrire à la Newsletter. Les experts compétences accompagnent tous les projets à forte composante numérique autour du Marketing, du Management et de la Formation. Ceci pour des organismes de formation comme pour les entreprises. Pour les contacter, laissez leur un message

Le blog de la formation propose des rubriques comme :

MOTS CLÉS 

OPCO, organisme de formation, financement formation professionnelle, individualisation formation, parcours personnalisé, plan de développement des compétences, France compétences, financement OPCO, organisme de formation 2026, baisse financement formation, formation professionnelle 2026, modèle économique OF, accompagnement individualisé, digital learning, intelligence artificielle formation.

SOURCES

  • IGAS, rapport sur les opérateurs de compétences et leur situation financière, 2025.
  • Projet de loi de finances pour 2026, annexe relative à la formation professionnelle.
  • France compétences, financement et répartition des contributions à la formation professionnelle et à l’apprentissage.
  • OPCO EP, critères de financement 2026.
  • Sénat, questions écrites relatives aux niveaux de prise en charge de l’apprentissage et aux dotations 2026.
  •  

Mini FAQ : L’équation impossible ! plus d’individualisation avec moins d’argent

Pourquoi les financements OPCO sont-ils plus contraints ?
Les OPCO interviennent dans un système dont les ressources sont réparties entre de nombreux dispositifs. Les enveloppes et priorités de financement varient selon les branches et les dispositifs, et certaines sont aujourd’hui explicitement contraintes.

L’individualisation est-elle une mauvaise évolution ?
Non. Elle peut considérablement améliorer l’efficacité d’une formation. Le problème n’est pas son principe, mais l’absence d’un modèle économique cohérent avec le niveau d’accompagnement demandé.

Le digital permet-il de réduire les coûts ?
Oui, notamment en mutualisant des contenus, en automatisant certaines évaluations et en facilitant le suivi. Mais il nécessite lui-même des investissements et ne remplace pas systématiquement l’accompagnement humain.

Que peuvent faire les organismes de formation ?
Mieux distinguer le contenu pédagogique mutualisé de l’accompagnement individuel, automatiser les tâches sans valeur ajoutée, développer des offres modulaires et surtout rendre visible le coût réel de la personnalisation.

Les OPCO sont-ils responsables de cette situation ?
Pas seuls. Les OPCO appliquent des règles, des enveloppes et des priorités qui dépendent d’un système plus large associant notamment les partenaires sociaux, France compétences et l’État. Le problème est donc davantage celui du modèle global de financement que celui d’un acteur isolé.

youtubeinstagram
Facebooktwitterlinkedinmail

Adaptive learning et Intelligence Artificielle

L’adaptive learning est impossible à proposer ? On vous explique comment la démocratisation de l’Intelligence Artificielle va tout changer !
Lire l’article complet sur : sydologie.com   #Adaptive Learning, #Blended Learning, #E-Learning, #Intelligence Artificielle en Éducation, #Personnalisation de l’Apprentissage, #Technologie Éducative, #Stratégies Pédagogiques.   Dans un monde en constante évolution, l’éducation ne fait pas exception. L’avènement de l’intelligence artificielle (IA) a révolutionné les méthodes d’enseignement, donnant naissance à des concepts novateurs tels que l’adaptive learning, le blended learning et l’e-learning. Ces approches, qui allient technologie et pédagogie, transforment la manière dont nous apprenons et enseignons. Cet article explore l’impact de l’IA sur ces méthodes éducatives et leur contribution à un apprentissage plus efficace et personnalisé.   Adaptive Learning et IA : Une Révolution dans la Personnalisation de l’Apprentissage 
  • Définition de l’adaptive learning
  • Rôle de l’IA dans l’adaptive learning
  • Avantages pour les apprenants et les enseignants
  • Exemples pratiques et études de cas
  Blended Learning : La Fusion de l’Enseignement Traditionnel et Numérique 
  • Qu’est-ce que le blended learning ?
  • Comment l’IA enrichit le blended learning
  • Bénéfices du blended learning pour divers styles d’apprentissage
  • Cas d’utilisation et témoignages
E-Learning Renforcé par l’IA : Accès et Efficacité Accrus 
  • Aperçu de l’e-learning et de son évolution
  • Impact de l’IA sur l’e-learning
  • Analyse des avantages de l’e-learning IA-driven pour les institutions et les apprenants Exemples de plateformes et de cours
  Intégration de l’IA dans les Stratégies Pédagogiques : Défis et Opportunités 
  • Défis techniques et éthiques de l’intégration de l’IA
  • Comment surmonter ces défis
  • Perspectives futures de l’IA dans l’éducation
  Conclusion  L’adaptive learning, le blended learning et l’e-learning, propulsés par l’intelligence artificielle, représentent l’avenir de l’éducation. Ces méthodes offrent une personnalisation sans précédent, répondant aux besoins spécifiques de chaque apprenant. Alors que nous continuons à explorer les possibilités infinies de l’IA dans l’éducation, il devient évident que ces technologies ne sont pas seulement des outils, mais des partenaires essentiels dans le voyage d’apprentissage.  

Si vous voulez suivre les travaux des experts compétences vous pouvez rejoindre le blog de la formation et vous inscrire à la Newsletter

youtubeinstagram
Facebooktwitterlinkedinmail

Être proche de ses apprenants à distance

Comment créer des liens dans une formation à distance ?

SOS entreprises au bord de la crise de nerfs

Les différentes modalités de formation à distance (Blended Learning, E-learning) posent bien souvent aux formateur/trices la question du lien. Comment créer et maintenir le lien avec des apprenant-es que l’on rencontre uniquement ou majoritairement par écrans interposés ? Comment rendre cette expérience formative « humaine » ?

J’entends très régulièrement ces remarques de la part de formateur/trices :

«  les liens ne sont pas pareils à distance »,

«  rien ne remplace une rencontre en vrai ».

Effectivement, les expériences sont différentes et ne sauraient se valoir. Pour ma part, il me semble même utopiste de vouloir à tout prix rendre ces rencontres similaires. Cette quête ne peut mener qu’à la déception ou au sentiment d’échec personnel. Il peut également nous amener à reproduire, sans réfléchir, des activités pour créer le lien, renforcer la dynamique de groupe, sans prendre en compte les spécificités de l’environnement d’apprentissage numérique dans sa planification. La démarche inverse, tout aussi problématique, serait d’abandonner toute démarche pour favoriser les liens, sous prétexte qu’ils sont impossibles ou trop différents à distance.

Pour créer le lien à distance, il est tout d’abord impératif de mieux comprendre les particularités de cette modalité de formation pour ajuster notre planification et nos méthodes d’animation.

Spécificité des rencontres à distance

 

LIRE LA SUITE

youtubeinstagram
Facebooktwitterlinkedinmail